Le sous-sol de la République démocratique du Congo est à nouveau le théâtre d’une rivalité planétaire féroce. À Manono, la fumée blanche tant attendue pour marquer le début de l’extraction du lithium à la fin du mois de juin ne s’est toujours pas élevée. Ce contretemps technique, enveloppé dans le mutisme des autorités congolaises et du géant chinois Zijin Mining Group, ne doit pourtant pas masquer une réalité brûlante : le pays s’impose définitivement comme le pivot incontournable de la transition énergétique mondiale. Manono ne dort pas ; Manono aiguise les appétits. Ce gisement ne représente rien de moins que la plus grande ressource de lithium de la planète en termes de contenu en équivalent carbonate de lithium (LCE). Au-delà de sa taille gigantesque, sa teneur exceptionnelle surclasse de loin la qualité des réserves du Zimbabwe, l’actuel champion africain qui pèse pour 10% de la production mondiale. Pour les industries de la pharmacie et surtout des batteries électriques, le site congolais est un eldorado absolu. Face à ce trésor national, la géopolitique dicte sa loi. L’époque où la Chine opérait en un tête-à-tête exclusif avec Kinshasa est désormais révolue. Si Zijin Mining Group conserve une longueur d’avance pour lancer la production industrielle à court terme, Washington a officiellement abattu ses cartes. Par l’intermédiaire de la société KoBold, les capitaux américains se positionnent de manière agressive sur le gisement de Manono-Sud. La bataille pour le contrôle des minerais stratégiques du XXIe siècle a commencé. Cette guerre d’influence redessine déjà la carte des infrastructures d’Afrique centrale à travers une bataille de corridors d’exportation. Côté chinois, la priorité est donnée à l’axe oriental : la réhabilitation de la route vers Kalemie et l’émergence d’un nouveau port lacustre à Kabimba visent à acheminer le lithium brut vers la côte tanzanienne, direction les usines de raffinage de l’Empire du Milieu. À l’opposé, le projet américain parie sur le temps long en misant sur le corridor logistique et ferroviaire de Lobito. Ce couloir stratégique ambitionne d’orienter les richesses congolaises directement vers l’océan Atlantique et l’Angola, pour sécuriser l’approvisionnement du marché nord-américain. Pour les États-Unis, dépourvus de capacités de raffinage domestiques, l’enjeu est vital : constituer des stocks de sécurités massives sur leur propre sol pour briser leur dépendance envers Pékin, une doctrine de souveraineté économique qui s’applique déjà au cobalt congolais. Dès lors, une question cruciale demeure pour la RDC : le pays se contentera-t-il d’être un simple réservoir de matières premières exportées brutes, ou saura-t-il imposer l’installation d’usines de raffinage locales, à l’instar des projets annoncés au Ghana ou au Zimbabwe ? Pour Kinshasa, le défi n’est plus seulement d’extraire, mais de transformer cette rivalité sino-américaine en un levier historique d’industrialisation et de réelle souveraineté économique.
La Pros.