Au cours de la séance plénière du vendredi 3 juillet 2026, l’Assemblée Nationale de la République Démocratique du Congo s’est penché sur le projet de loi portant statut des anciens combattants. Porté par le Ministre délégué aux Anciens Combattants, Eliezer Ntambwe, ce texte vise à garantir la prise en charge sanitaire, l’accompagnement social et la reconnaissance des droits acquis pour ces militaires ayant servi sous le drapeau. Et lors du débat sur ce projet, le Rapporteur de la Chambre basse du Parlement, Jacques Djoli, a plaidé pour une reconnaissance des anciens militaires et anciens combattants. Pour lui, pour mieux motiver les militaires et soldats qui se battent actuellement sous le drapeau, il faut correctement prendre en charge les anciens combattants ayant consenti d’énormes sacrifices pour la défense du pays.
« Je félicite le Ministre délégué aux Anciens Combattants, qui a porté ce projet de loi et j’espère que ce ministère cessera d’être un ministère délégué pour devenir un ministère à part entière, comme aux Etats-Unis, où l’on a compris que, pour gagner la guerre d’aujourd’hui, il faut honorer les combattants d’hier. Parce que ceux qui se battent présentement sur le champ de bataille doivent être rassurés qu’après la bataille, ils ne seront pas abandonnés dans des camps infestes ou ceux qui auront été blessés ne vont pas être laissés en train de passer dans les bars, pour aller mendier auprès des citoyens, alors qu’ils ont perdu, qui une jambe, qui un bras, parce qu’il est allé se battre pour nous qui dormons. Donc, il est important que la situation des anciens militaires et anciens combattants soit prise en charge par un ministère, qui devra avoir en charge toutes ces questions de leur gestion administrative, de leurs soins, de leur prise en charge post-traumatique ainsi que de la situation de leurs enfants et de leurs veuves », a-t-il plaidé.
Tout en se félicitant du choix du concept générique d’anciens combattants pour désigner aussi bien les militaires ayant terminé leur carrière que ceux qui ont pris part à des opérations militaires mais aussi les démobilisés, l’élu de Boende, dans la province de la Tshuapa, désapprouve la catégorisation des anciens militaires et anciens combattants comme étant des personnes vulnérables.
« Mais il se posera cette question de fondement constitutionnel. Il faut qu’on résolve cette question, parce qu’on ne doit pas considérer les anciens combattants comme des personnes vulnérables, parce que ces militaires n’ont pas besoin de la compassion mais de la reconnaissance et du respect. D’autant plus que les personnes vulnérables sont des personnes vivant avec handicap, ce sont des personnes qui ont des déficiences, ce sont des personnes sans défense.
Les officiers généraux qui ont combattu, s’ils sont devenus des personnes vulnérables, c’est nous qui les avons rendus comme tel, c’est-à-dire, que nous ne les prenons pas en charge. Nous ne pouvons pas prendre ce statut négatif pour en faire un fondement constitutionnel, pour consacrer alors cette vulnérabilité, cette précarité. Je crois qu’à la suite de la loi sur le statut des militaires actifs, nous devons considérer le statut des militaires passifs. Donc, on ne peut pas considérer ceux qui se sont battus pour nous qui dormons comme étant des personnes vulnérables. Au contraire, ce sont des héros qu’il faut respecter« , a-t-il martelé.
Ancien Officier des forces armées, formé notamment au Centre d’entraînement Commando de Kotakoli, le Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli a toujours fait de la défense des intérêts militaires sont cheval de bataille.
C’est pourquoi, il milite pour que la nation congolaise soit reconnaissante des sacrifices consentis par les anciens militaires et anciens, pour protéger la RDC et sa population.
« Ce qui est important, c’est la reconnaissance de ces sacrifices suprêmes de ces militaires et combattants, et ensuite la reconnaissance d’autres droits (que j’appellerai subordonnés), comme le droit au logement. Il n’est donc pas normal que ceux qui se sont battus pour les belges aient tout un quartier à Kinshasa, dans les avenues Assossa et Saio et ailleurs, et ceux qui se battent pour Minembwe, pour Uvira, pour Kolwezi, hier, soient laissés sans souvenir.
Donc, c’est un problème de statut, de la reconnaissance de leurs sacrifices », s’est-il indigné, tout en insistant également sur la préservation de la mémoire des soldats congolais tombés sur le champ d’honneur pour la nation, qui, selon lui, ne devraient jeter dans les oubliettes.
« Moi, je crois qu’il faut aussi parler des anciens combattants à titre posthume, même si leurs femmes peuvent bénéficier de certains avantages. Qui connait encore ici le sacrifice de Tshatshi, à part le camp militaire portant son nom ?
Qui se rappelle de ce que Ikuku a fait, lors de la 2ème guerre du Katanga ?
Donc, tous ces généraux, tous ces officiers, tous ces militaires, inconnus, sont jetés dans les oubliettes. J’espère que le site que le Général Kabanda a donné pour le musée et la mémoire de l’armée, ne va pas être dédié à autre chose et qu’il faut arriver à construire ce musée dont nous attendons tous », a-t-il suggéré.
Enfin, le Rapporteur de la Chambre basse du Parlement a également proposé le remplacement de la date du 11 novembre comme journée nationale des anciens combattants par une date liée à l’histoire militaire de la RDC.
« Sans aller dans les détails, je voudrais aborder la question posée par la journée nationale des anciens combattants. Vous prenez comme référence l’armistice de 1918 et encore du 11 novembre 1918. Mais tous ces anciens combattants de 1918 sont morts (le dernier, c’est le Caporal Kanyuka, qui est mort à 100 ans). Qu’est-ce que ça nous rappelle ? Le 11 novembre, c’est en France. Nous avons des journées, par exemple, le 17 novembre, cette journée où on a créé notre armée nationale ou une toute autre journée mais, je ne vois pas pourquoi on va aller prendre la journée du 11 novembre. C’est bon pour la France, dans l’histoire de la libération française, mais n’a aucun lien avec notre mémoire », a dit avec force, l’Honorable Jacques Djoli, qui est également un éminent Expert des questions de défense et de sécurité.
JR Mokolo
