La lutte contre le paludisme ne peut plus dépendre essentiellement de l’appui des partenaires extérieurs. C’est le message fort qui s’est dégagé de la session semestrielle de la Coalition des parlementaires pour l’élimination du paludisme en Afrique (COPEMA), tenue ce mercredi 117 juin à Kinshasa, avec l’appui d’Impact Santé Afrique (ISA) et du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP).
Autour de la table, parlementaires, experts de santé publique, représentants du gouvernement, organisations de la société civile et partenaires techniques ont dressé un constat préoccupant. Malgré les efforts consentis ces dernières années, le paludisme continue de faire des ravages en République démocratique du Congo.
Les chiffres présentés au cours des échanges donnent la mesure de l’ampleur du problème. Plus de 29 millions de cas ont été enregistrés en 2024 à travers le pays, tandis que près de 31.000 personnes ont perdu la vie à cause de cette maladie. Entre 2021 et 2024, le nombre de décès a connu une hausse de plus de 42 %, une évolution qui inquiète les acteurs engagés dans cette lutte.
Pour les participants, ces statistiques ne doivent pas être regardées comme de simples données administratives. Derrière chaque chiffre se cachent des familles endeuillées, des enfants déscolarisés, des travailleurs empêchés de produire et des communautés entières fragilisées par une maladie qui demeure l’une des premières causes de consultation et de mortalité en RDC.
Président de la COPEMA, le député national Dieudonné Mposhi a rappelé que le Parlement est appelé à jouer un rôle central dans cette bataille. Selon lui, les élus doivent agir sur trois fronts : le contrôle parlementaire, la promotion de l’approche multisectorielle et l’adoption de mesures favorables à un financement durable de la lutte contre le paludisme.
« Nous devons suivre la mise en œuvre du Plan stratégique national 2026-2030 et demander des comptes à tous les intervenants. Chaque secteur concerné doit pouvoir expliquer ce qu’il fait concrètement pour contribuer à l’élimination du paludisme », a-t-il déclaré.
Le président de la COPEMA a également insisté sur la nécessité de sortir la lutte contre le paludisme du seul cadre sanitaire. À l’en croire, plusieurs démarches ont déjà été engagées auprès des autorités compétentes afin d’obtenir une ligne budgétaire spécifique consacrée à cette maladie, estimant qu’il sera difficile d’atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030 sans un engagement financier plus important de l’État.
Dieudonné Mposhi a notamment regretté que, lors des précédents exercices budgétaires, les parlementaires aient souvent été confrontés à l’absence de crédits suffisants en faveur du programme de lutte contre le paludisme. Il a salué l’anticipation observée cette année grâce à l’implication des partenaires et des experts qui ont permis d’engager le plaidoyer bien avant l’élaboration du budget.
Même son de cloche du côté de Jean-Simon MputiKaku, vice-président de la Commission socioculturelle de l’Assemblée nationale. Pour cet élu, la lutte contre le paludisme doit devenir une cause nationale mobilisant l’ensemble des institutions publiques.
« On ne peut pas demander uniquement au ministère de la Santé de porter cette charge. Les ministères du Budget, des Finances, de l’Éducation, des Infrastructures ou encore de l’Environnement ont également leur part de responsabilité », a-t-il soutenu.
Pour lui, le Parlement dispose d’importants leviers d’action à travers ses missions législatives, budgétaires et de contrôle. Il a ainsi exhorté les députés à défendre davantage les crédits destinés à la lutte contre le paludisme lors de l’examen des lois de finances et à veiller à la bonne exécution des engagements pris par le gouvernement.
À l’issue des travaux, les élus membres de la COPEMA ont réaffirmé leur volonté de renforcer le plaidoyer en faveur de la mobilisation des ressources domestiques afin de réduire progressivement la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs. Plusieurs recommandations ont été formulées dans ce sens, notamment l’amélioration de la redevabilité budgétaire, le renforcement du contrôle parlementaire et l’implication effective de tous les secteurs concernés.
Pour eux, investir davantage dans la lutte contre le paludisme ne relève pas seulement d’un impératif sanitaire, mais bien également d’un choix stratégique pour protéger le capital humain, améliorer la productivité économique, favoriser la réussite scolaire des enfants et renforcer la résilience du système de santé congolais, dans un pays qui supporte à lui seul près de 12,5 % du fardeau mondial du paludisme.
Fidel Songo
