« Ordonnance n°… du … portant nomination … » Cette formule magique, les Congolaises et Congolais ont coutume de l’écouter à travers la voix angélique de Tina Salama, porte-parole du Président de la République, sur la Radiotélévision nationale congolaise. Tout le monde attend impatiemment la nomination du nouveau Premier ministre. Suspens ! Très bientôt, le coin du voile sera levé. En attendant cette lecture de l’Ordonnance présidentielle, Tina Salama aborde les vrais enjeux de ce mois de mars dédié à la femme congolaise. Ci-dessous, découvrez l’intégralité de l’interview exclusive accordée par cette journaliste chevronnée, la meilleure diction du paysage médiatique qui a fait ses preuves à la Radio Okapi et qui souffle à l’oreille de Félix Tshisekedi. C’est la méritocratie !
INTERVIEW
James Mpunga Yende : Le mois de mars dédié à la femme congolaise s’achève. Quel commentaire faites-vous de ce thème retenu au niveau national : « Accroître les ressources nécessaires en faveur des femmes et des filles dans la paix pour un Congo paritaire » ?
Tina Salama : Je suis fermement convaincue que l’augmentation des ressources en faveur des femmes et des filles est indispensable pour atteindre une paix durable et l’égalité des sexes dans notre pays. Investir dans l’éducation, la santé et l’autonomie économique des femmes est non seulement un devoir moral, mais aussi un choix stratégique qui peut mener à une société plus juste et prospère. Le président Tshisekedi l’a bien compris, c’est pourquoi il a fait de la promotion de l’entrepreneuriat, en particulier celui des jeunes filles et des femmes, le pilier principal de son mandat.
Aujourd’hui, la RDC a investi massivement dans les secteurs de l’entrepreneuriat, de l’éducation et de la santé qui ciblent spécifiquement les femmes. En soutenant les initiatives qui encouragent l’inclusion des femmes dans les processus de paix et de prise de décision, nous pouvons envisager un Congo où l’égalité des sexes n’est pas un idéal lointain, mais une réalité concrète. Cependant, cela nécessite un engagement collectif, où les gouvernements, les partenaires techniques et la société civile travaillent ensemble pour créer un environnement où chaque femme et chaque fille peuvent réaliser leur plein potentiel sans discrimination ni violence.
JMY : Les femmes congolaises étaient en tenue noire le 8 mars dernier en signe de deuil. N’était-ce pas une posture de faiblesse vis-à-vis des Rwandaises dont le pays agresse la RDC ?
TS : Les femmes congolaises ont pris la décision de porter du noir le 8 mars pour protester et montrer leur solidarité envers les victimes des guerres d’agression imposées par le Rwanda à leur pays. C’est également un moyen de dénoncer l’injustice et l’indifférence face à cette violence qui sévit depuis près de 30 ans. Les rapports d’experts des Nations Unies sont unanimes : le Rwanda agresse notre pays. Malgré cela, la réaction de la communauté internationale est mitigée, condamnant l’agresseur tout en le soutenant financièrement, subventionnant, soufflant le chaud et le froid… Un deux poids deux mesures flagrant, surtout comparé à l’unité affichée autour de l’Ukraine, où même les athlètes russes sont sanctionnés par des mouvements censés être apolitiques.
Cette décision de porter du noir n’est en aucun cas un signe de faiblesse. C’est un message fort qui souligne la nécessité d’une action collective pour la paix en RDC.
JMY : En quoi le Président Félix Tshisekedi est-il réellement « le champion de la masculinité positive » ?
TS : Le Président Félix Tshisekedi est reconnu comme étant « le champion de la masculinité positive » en raison de son engagement actif dans la promotion de l’égalité des genres et la lutte contre les violences sexuelles basées sur le genre.
Dès son arrivée à la tête du pays, le Président Tshisekedi a fait de l’élimination des violences à l’égard des femmes et des filles, ainsi que de la question de la parité, l’une de ses priorités politiques.
Sous sa présidence, la RD Congo a mis en place plusieurs initiatives visant à protéger et valoriser les femmes et les jeunes filles.
En ce qui concerne la parité, le Président Felix Tshisekedi a considérablement augmenté la participation des femmes au sein des institutions nationales. Des progrès considérables ont été réalisés entre 2019 et 2024 dans ce domaine. Aujourd’hui, la RDC compte une vice-Première ministre et une ministre de la Justice, des ministères qui étaient autrefois considérés comme « ministères à caractère masculin ».
En ce qui concerne la lutte contre les violences basées sur le genre, le Président Tshisekedi a créé le Fonds National des Réparations des Victimes de Violences Sexuelles liées aux conflits et d’autres crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV). Il s’agit de la première institution nationale en Afrique chargée de traiter les questions de réparation des victimes de violences sexuelles basées sur le genre en RDC.
De plus, lors de la première Conférence des hommes sur la masculinité positive à Kinshasa, le Président Tshisekedi a appelé les leaders africains à entreprendre des réformes courageuses et à prendre conscience de l’importance d’éradiquer la violence à l’égard des femmes et des filles. Cela démontre sa détermination à changer les paradigmes sociaux et à mobiliser les hommes dans la lutte pour l’égalité et la justice, faisant de lui un exemple de masculinité positive.
JMY : Dans l’arène politique congolaise, il se chuchote la désignation d’une femme à la tête du gouvernement central. Ce qui serait une première. Si ça devient réalité, saura-t-elle faire face aux défis immenses dont la guerre à l’Est du Congo ?
TS : Une femme Première ministre en RDC, cela me remplirait de bonheur ! Cependant, cette décision relève entièrement du pouvoir discrétionnaire du Chef de l’État.
Néanmoins, cette nomination serait un événement historique et un grand pas vers l’égalité des sexes dans un domaine traditionnellement dominé par les hommes. Cela enverrait un signal fort quant à l’engagement de la RD Congo, dirigée par le président Tshisekedi, en faveur de l’égalité des sexes. De plus, cela pourrait inspirer une nouvelle génération de femmes leaders.
En ce qui concerne les défis, notamment la guerre à l’Est du Congo, la capacité d’une dirigeante à y faire face dépendrait moins de son genre que de ses compétences managériales, de son expérience et de son leadership.
Le conflit à l’Est de notre pays est complexe. Nous avons un voisin, le Rwanda, qui arme et finance des groupes terroristes sur notre sol afin de s’emparer de nos ressources minières. D’un autre côté, certains compatriotes, attirés par l’appât du gain, rejoignent des groupes terroristes étrangers.
La réussite d’une telle dirigeante dépendrait de sa capacité à mobiliser et à unifier les différents groupes d’intérêts au sein du pays, tels que les acteurs politiques, les confessions religieuses ou la société civile, ainsi que du soutien qu’elle recevrait de la population. Elle devrait également poursuivre une approche diplomatique proactive pour convaincre la communauté internationale de sanctionner le dirigeant rwandais, mais surtout pour soutenir la RDC dans ses efforts de paix. Une RDC stable et prospère serait un atout pour l’Afrique et le monde entier.
Si elle parvient à naviguer avec succès dans ces eaux complexes, elle pourrait non seulement relever les défis actuels, mais aussi ouvrir la voie à un avenir plus pacifique et inclusif pour le Congo.
JMY : Enfin, voudriez-vous parler aux nombreux lecteurs de Tina Salama dans la peau de la porte-parole du Chef de l’État ?
C’est avec une grande joie que je m’adresse à vous aujourd’hui en tant que porte-parole du Chef de l’État. Notre nation se trouve à un tournant crucial et, sous la direction du Président Félix Tshisekedi, nous sommes engagés dans un voyage de transformation.
Le Président Tshisekedi est déterminé à renforcer la démocratie, à promouvoir la paix et la sécurité, ainsi qu’à créer des opportunités économiques pour tous.
Il met tout en œuvre pour trouver des solutions durables afin de restaurer la paix et la stabilité dans cette région, refusant catégoriquement toute négociation avec les groupes armés soutenus par le Rwanda. Aujourd’hui, nous sommes tous conscients que les erreurs du passé, les brassages ici et les mixages là-bas ailleurs des terroristes dans nos forces armées, n’ont pas apporté de solutions durables. Le Président s’investit sans relâche dans la résolution des causes profondes, en travaillant en étroite collaboration avec les partenaires régionaux et internationaux, afin d’assurer une paix durable en RDC.
Les questions de parité et des violences sexuelles basées sur le genre demeurent au cœur de son programme. Le Président croit fermement en l’importance de l’autonomisation économique des femmes et des filles, non seulement en tant que droit fondamental, mais aussi en tant que catalyseur de changement social et économique.
Je vous remercie Monsieur James.
Propos recueillis par James Mpunga Yende
