(Dieudonné Nkishi à l’occasion du lancement du Front Anti-Dialogue, invité sur la Radio Okapi le 18 août 2025)
Alors que plusieurs acteurs politiques, nettement ceux de l’opposition ainsi que des forces vives de cette obédience ont, depuis plusieurs mois, réclamé la tenue d’un dialogue inter-congolais pour « récréer la cohésion nationale » entre congolais et favoriser ainsi la paix durable dans la partie Est du pays, zone en proie aux conflits armés, le Front Anti-Dialogue, par son Coordonnateur National et président du parti politique Congo Positif, Dieudonné Nkishi, condamne, quant à lui, la prise de position de Vital Kamerhe, Président de l’Assemblée Nationale. «Il nous est difficile de comprendre qu’en votre haute qualité de Président de l’Assemblée Nationale, vous preniez une posture qui semble apporter de l’eau au moulin de ceux qui réclament des dialogues alors que le mandat que le peuple souverain a accordé à ses Elus – dont Vous-même – est encore en cours », a déclaré son Coordonnateur national dans une lettre ouverte lui adressée. Et de conclure que « la tenue d’un dialogue alors qu’il y a un processus électoral à lancer, est inopportune dans le contexte actuel de notre pays ». Ci-dessous, l’intégralité de sa lettre adressée au Président de l’Assemblée Nationale.
OBJET : TENUE DU DIALOGUE NATIONAL EN RDC
Le Front Anti-Dialogue en République Démocratique du Congo a suivi avec attention votre prise de position en rapport avec la tenue du Dialogue National et vient très respectueusement par la présente, vous proposer sa réflexion sur ce sujet qui divise l’opinion nationale.
En effet, dans l’intervention dont la teneur a été rapportée par divers médias, votre haute Autorité a déclaré ceci : « Ce que nous voulons, c’est le dialogue entre États, le dialogue au niveau national pour recréer aussi la cohésion nationale entre Congolais parce que le Président, entouré de plusieurs forces politiques et sociales, est plus fort qu’avec la majorité à l’Assemblée nationale. », @VitalKamerhe1 en conférence de presse commune ce mardi avec @prevotmaxime. Extrait tiré du compte X du Journaliste Stanis Bujakera Tshamala.
Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
Loin de nous l’idée de toucher à votre liberté d’opinion et d’expression, votre prise de parole et même votre prise de position nous ont poussé à nous poser des questions que nous avons estimées nécessaires à partager avec Votre Haute Autorité.
Vous dites qu’il faut dialoguer «pour recréer aussi la cohésion nationale entre Congolais parce que le Président, entouré de plusieurs forces politiques et sociales, est plus fort qu’avec la majorité à l’Assemblée nationale ».
Voici ainsi les questions que suscite votre prise de position, Honorable Président de l’Assemblée Nationale :
– Quelles sont ces forces qui manquent au Président de la République?
– Doit-on comprendre qu’il faut que toute l’Opposition se rallie au Président de la République qui a le soutien de l’Union Sacrée pour qu’il soit plus fort ?
– L’Union Sacrée avec plus de 400 partis politiques pose quel problème pour que vous pensiez qu’il faut « d’autres forces politiques et sociales » pour que le Président soit fort ?
– A quel niveau situez-vous le Peuple souverain (que vous ignorez dans votre déclaration), qui a voté le Président de la République comme si les « forces politiques et sociales » dont vous parlez étaient plus importantes que le Peuple ?
– Parce que vous appelez au Dialogue national « pour recréer la cohésion nationale », quelle garantie donneriez-vous au peuple congolais qu’en tenant un énième dialogue, les problèmes congolais trouveront solution ?
– Pourquoi ne proposez-vous pas un référendum pour que le peuple souverain se prononce pour ou contre le dialogue ?
Parlant du Dialogue proprement dit,
Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
– Qui convoquerait ce dialogue ?
Car, s’il arrivait que le Président de la République le fasse, il trahirait le mandat légitime obtenu du Peuple souverain (source de tout pouvoir) en vertu de l’article 5 de la Constitution ;
– Qui réclame ce Dialogue ?
Si c’est l’Opposition qui doit rejoindre le Président de la République, la conseillez-vous d’abandonner son statut et ses droits lui reconnus par la Loi n° 07/008 du 04 décembre 2007 portant statut de l’Opposition politique pour soutenir le Président de la République qui doit devenir fort (partage des postes) ? Si c’est l’opposition armée, nous semble-t-il que les négociations sont en cours à DOHA, Qatar ;
– À quel endroit de l’architecture institutionnelle placerez-vous les résolutions issues du « dialogue national » sans violer la Constitution?
Souvenez-vous Honorable Président de l’Assemblée Nationale que, par le passé, la Constitution avait été violée de manière ostentatoire en son article 5 (la souveraineté du peuple que la CENCO et l’Union Africaine s’étaient attribuées) et l’article 78 qui stipule : « le Président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci ».
A deux reprises, cette disposition constitutionnelle avait été violée dès lors que les deux Premiers Ministres issus des dialogues ont été nommés à ce poste en lieu et place d’un Premier Ministre issu de la Majorité Parlementaire. Vous savez pertinemment que c’est bien ce qui pourrait se reproduire si jamais ce Dialogue était convoqué.
– Ou alors votre prise de position en faveur d’un dialogue national peut être considérée comme une renonciation tacite à l’ordre constitutionnel pour rechercher un ordre extraconstitutionnel, anti-démocratique, par un « Dialogue National » ?
Honorable Président de l’Assemblée Nationale,
L’article 63 de la Constitution fait de la défense de la patrie une obligation pour tous les citoyens.
En cette période où notre pays fait face à l’agression étrangère, nul ne peut se soustraire de l’obligation de défendre la Mère Patrie. Par conséquent, nul ne peut conditionner sa contribution à la défense de la Patrie par la tenue préalable d’un Dialogue. En effet, de quelque bord politique ou social que ce soit, nous avons tous l’obligation de défendre notre Pays. De ce point de vue, il nous est difficile de comprendre qu’en votre haute qualité de Président de l’Assemblée Nationale, vous preniez une posture qui semble apporter de l’eau au moulin de ceux qui réclament des dialogues alors que le mandat que le peuple souverain a accordé à ses Elus – dont Vous-même – est encore en cours.
Honorable Président de l’Assemblée Nationale, à près de deux ans de la fin du deuxième mandat du Président de la République et des autres élus, la Commission Électorale Nationale Indépendante – CENI – attend de votre prestigieuse Chambre, la désignation des membres de son Bureau en vue du lancement du processus électoral de 2028. Nous Vous prions d’accélérer ce dossier en vue de l’organisation des prochaines élections dans les délais et de décourager toute idée de partage du pouvoir au détriment du Peuple alors même que 2028 approche à grands pas.
De ce qui précède, Honorable Président de l’Assemblée Nationale, nous en venons à conclure que la tenue d’un dialogue alors qu’il y a un processus électoral à lancer, est inopportune dans le contexte actuel de notre pays.
Daignez agréer, Honorable Président de l’Assemblée Nationale, l’expression de nos sentiments de très profonds respects.
