Dans une lettre ouverte datée du 31 mai 2025, Joseph Mukungubila Mutombo alerte l’opinion nationale et internationale sur les risques de nouvelles tensions sécuritaires dans l’Est du pays. Ciblant l’ancien Président Joseph Kabila, dont il critique le retour sur la scène politique à Goma, Mukungubila dénonce ce qu’il qualifie de tentative de reconquête du pouvoir par la force. Il en appelle à la souveraineté du peuple congolais et réaffirme une vision spirituelle du destin national.
Un retour perçu comme une menace
Dès les premières lignes de sa lettre, Joseph Mukungubila exprime sa vive inquiétude face à la présence de Joseph Kabila à Goma, dans une zone sensible du territoire national, en proie à des tensions récurrentes. Il y voit une manœuvre politique à haute portée symbolique et sécuritaire, qu’il interprète comme « une volonté de reprendre le pouvoir par la force ».
Pour Mukungubila, ce retour intervient dans un contexte marqué par l’instabilité persistante dans l’Est, et alimente des soupçons sur une possible instrumentalisation de la situation sécuritaire à des fins politiques. Il appelle la communauté internationale à observer avec lucidité cette évolution qu’il juge préoccupante.
Une posture spirituelle au service de la Nation
Dans son message, Joseph Mukungubila inscrit son analyse dans une dimension spirituelle, qu’il considère indissociable du destin du Congo. Il rappelle un épisode antérieur, où selon lui, une prière fervente adressée à Dieu aurait conduit à un renversement inattendu de la situation militaire à Goma. Ce souvenir, qu’il érige en preuve d’une mission divine, vient renforcer son discours : le Congo, affirme-t-il, « n’est pas un bien sans maître ».
Il affirme que le pays possède une vocation particulière dans le plan de Dieu, évoquant des références prophétiques liées à la synagogue de Capernaüm, où la carte de la RDC aurait été révélée sur des pavés. À ses yeux, cette singularité spirituelle fait du Congo un territoire de prédilection, destiné à jouer un rôle majeur dans le salut des nations.
Une dénonciation des dérives passées
Tout au long de sa lettre, Mukungubila revient sur les années de gouvernance de Joseph Kabila. Il l’accuse d’avoir gouverné avec brutalité, en recourant à l’intimidation et à la violence, non seulement contre ses opposants, mais aussi contre ses propres collaborateurs. Il affirme avoir été victime de répression pour ses prises de position, notamment lors de l’attaque de sa résidence en 2013, à Lubumbashi, qui aurait causé la mort de plusieurs dizaines de ses fidèles.
Il dénonce une gestion du pouvoir fondée sur la peur, la centralisation des ressources, et l’exclusion des autochtones de la jouissance des richesses nationales. À ce titre, il invite les Congolais à tirer les leçons du passé et à ne pas céder à l’intimidation.
Le Congo, un héritage à défendre
Mukungubila s’adresse aux Congolais comme à des « héritiers légitimes d’un pays béni ». Il appelle à la responsabilité collective et au refus de toute forme d’instrumentalisation extérieure. Selon lui, le peuple congolais doit demeurer le gardien vigilant de sa souveraineté et de ses ressources.
Dans un ton d’appel patriotique, il exhorte la jeunesse, les militaires et les élites du pays à ne pas se détourner de leurs devoirs envers la patrie. « Ce pays vous a été légué par vos ancêtres », écrit-il, insistant sur le devoir de mémoire et de résistance face aux tentatives de déstabilisation.
Un message à l’opposition et à la communauté internationale
En s’adressant aussi bien aux acteurs politiques qu’aux partenaires étrangers, Mukungubila met en garde contre toute complaisance à l’égard d’un retour aux pratiques du passé. Il critique l’attitude de certains leaders de l’opposition qu’il juge silencieux, voire complices, face à ce qu’il perçoit comme une menace contre la stabilité du pays.
Enfin, il interpelle la communauté internationale, l’exhortant à prendre ses responsabilités pour prévenir une nouvelle escalade de violence en République Démocratique du Congo.
Une voix singulière, dans un paysage politique en mutation
Joseph Mukungubila ne fait pas l’unanimité. Son style, mêlant dénonciation politique et symbolisme religieux, reste controversé. Toutefois, ses prises de parole récurrentes rappellent à quel point la mémoire des violences passées continue d’habiter l’imaginaire collectif congolais. En pointant du doigt l’ancien Chef de l’Etat, il rouvre un débat sensible : celui du rapport entre autorité, légitimité et souveraineté dans une République en quête de stabilité durable.
La Pros.
