Condamné le 20 mai 2025 par la Cour Constitutionnelle à 10 ans des travaux forcés et à 5 ans d’inéligibilité pour détournement des deniers publics, l’opposant congolais Augustin Matata Ponyo est officiellement en exil, selon son parti, Leadership et Gouvernance pour le Développement (LGD). L’annonce a été faite par son Secrétaire général Franklin Tshamala lors d’un point de presse organisé samedi 2 août dernier à Kinshasa.
Ancien Premier Ministre et Député national, Matata Ponyo n’est resté « ni joignable par téléphone, ni visible à son domicile, ni localisé dans les établissements carcéraux de Kinshasa », a déclaré son parti politique.
Selon Franklin Tshamala, Matata Ponyo a quitté le pays. Ce dernier a repris contact avec son parti politique. Il affirme avoir été contraint à l’exil par le pouvoir en place en violation de l’article 30, alinéa 2 de la Constitution.
« Je l’ai eu personnellement au téléphone. Il nous a fait savoir qu’il n’avait pas eu d’autre choix », a-t-il déclaré succinctement tout en promettant d’annoncer prochainement l’endroit où il se trouverait avec la même rage de continuer le combat, aux côtés de ceux qui sont en exil comme lui. Sans donner les moindres détails, le nombre d’exilés politiques congolais augmente, notamment en Europe, a-t-il dit en substance. Parmi eux, Moïse Katumbi que l’exilé Matata avait soutenu à la dernière présidentielle.
Outre l’exil forcé de son autorité morale, le LGD condamne également la confiscation, par la Direction Générale des Migrations, du passeport de la fille d’Augustin Matata, alors qu’elle devait se rendre aux Etats-Unis ainsi que l’interdiction pour son épouse de sortir des frontières nationales.
Le LGD assure que Matata Ponyo a été condamné parce qu’il aurait refusé de rejoindre l’Union sacrée, la plateforme politique de Félix Tshisekedi.
«Une justice tribalisée », selon le LGD
«Toutes les dispositions ont été prises pour le condamner », dit le parti. Il parle d’un procès « comme un théâtre de tragi-comédie » et accuse le pouvoir d’avoir exempté certaines personnes de poursuites judiciaires, en échange de leur témoignage contre Matata Ponyo. Le LGD dénonce aussi « la tribalisation de la justice, sa soumission au pouvoir exécutif et la corruption ».
De leur côté, certains cadres de la majorité présidentielle rejettent ces accusations. Ils accusent Matata Ponyo de fuir la justice de son pays.
Son Secrétaire général se dit soulagé d’avoir échangé avec son leader au téléphone. « Il a appelé avec un numéro masqué, je l’ai eu et ça m’a soulagé parce que ça faisait deux mois qu’il n’était plus joignable », a-t-il dit.
Il sied de noter que Matata Ponyo a été condamné le 20 mai dernier par la Cour Constitutionnelle à 10 ans des travaux forcés et à 5 ans d’inéligibilité, après avoir été reconnu coupable de détournement non seulement de 156.849.413 USD avec l’ancien gouverneur de la BCC, destinés au parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, mais aussi de 89 millions USD avec le prévenu sud-africain Globler.
César Nkangulu
