(Jean-Marie Mutamba Makombo, Professeur Emérite/Université de Kinshasa)
*La Justice s’intéresse à la manière juste de distribuer les richesses, les pouvoirs, les privilèges et les charges au sein d’une société. Ce ne devrait pas être un tabou que de publier les rémunérations du Président de la République à l’huissier. On anéantirait ainsi les rumeurs qui fulminent dans les réseaux sociaux : « Biso toyaki nde kotika bango na mokili ! ». Les Députés et les Sénateurs perçoivent-ils mensuellement 22.000$ – 33.000$ ? Mais, au fait, qui fixe les salaires en R.D.C. ? Si le budget du pays est bien discuté et arrêté au Parlement, il ne faut pas attendre des parlementaires qu’ils alignent la tension salariale de 1 à 10 tant réclamée pour l’Administration par l’opinion publique.
Le débat fut lancé dès la première législature de la Première République en 1960. Le premier congrès de l’Union Générale des Etudiants Congolais (UGEC) demanda en mai 1961 que le salaire mensuel d’un ministre ne dépasse pas 7 fois le revenu annuel moyen par tête d’habitant.
Après trente et un an mois d’indépendance, les représentants des trois plus grands syndicats congolais interpelèrent dans une lettre ouverte le Premier Ministre qui était lui-même un ancien syndicaliste : « Au lieu de donner l’exemple de l’austérité susceptible de favoriser l’assainissement des finances publiques, base de tout redressement économique, les parlementaires s’octroient des traitements de l’ordre de 70.000 FC par mois, les ministres-parlementaires 130.000 FC , dans un pays jeune où l’économie est littéralement malade et où le pouvoir d’achat des masses laborieuses diminue de jour en jour».
Un an après la prise du Pouvoir d’Etat par le Général Mobutu, Mgr Malula, Archevêque de Kinshasa, formula le 23 novembre 1966 le vœu du « départ pour un Congo rénové dans la charité et dans la justice distributive, générateur de la paix ».
Le 1er novembre 1980, la lettre ouverte écrite au Président-Fondateur du Mouvement Populaire de la Révolution, Président de la République, par un groupe de parlementaires, a démontré qu’il n’y avait pas eu une répartition équitable de revenu national après quinze ans de pouvoir sans partage du Maréchal Mobutu.
Quarante jours avant l’anniversaire de ses soixante-quatre ans, la République Démocratique du Congo attend toujours la Justice distributive qu’annonce « le Peuple d’abord ! ».
