Le débat sur la réforme de la Constitution continue à faire la Une de l’actualité en République démocratique du Congo. Si l’opposition politique, dans son ensemble, est opposée au changement de la loi fondamentale, la Mouvance présidentielle soutient plutôt un changement total de la Constitution du 18 février 2006, pour résoudre notamment certains blocages dans le fonctionnement des institutions et adapter le texte constitutionnel aux réalités actuelles de la société congolaise.
C’est le point de vue défendu par l’honorable Jean-Baudouin Mayo Mambeke, qui estime que, deux décennies après son entrée en vigueur, l’actuelle Constitution de la RDC doit être révisée. L’élu de Kinshasa/Mont-Amba envisage même le déverrouillage de l’article 220, au nom du droit de la souveraineté du peuple congolais et de son droit à disposer de lui-même.
« 20 ans après son entrée en vigueur, la constitution du 18 février 2026 mérite une évaluation par rapport aux objectifs qu’elle s’était fixée pour éventuellement rectifier les tirs. C’est un exercice normal. Mais là où le bat blesse, c’est qu’elle a elle-même verrouillé certaines de ses dispositions qui à l’épreuve du temps, peuvent se révéler comme hypothèques ou un frein à l’essor de notre pays. Dans cette hypothèse, le peuple congolais est obligé à se laisser aller à la dérive ? »
La réponse est bien sûr non. La souveraineté reconnue à chaque peuple ainsi que son droit à disposer de lui-même ne peuvent pas le bloquer », a-t-il écrit sur son compte X, tout en rappelant le droit reconnu au peuple congolais, souverain primaire, de changer les règles régissant la société, notamment par référendum.
« Le peuple souverain peut à tout moment changer ses règles de vie ensemble soit directement par référendum soit indirectement par ses représentants. Un peuple ne peut être prisonnier de ses propres règles dès lors qu’il est convaincu de leur anachronisme ou de leur impertinence. Cet exercice ne peut pas être subordonné, par exemple, à la question du mandat de l’actuel locataire du
Palais de la Nation. C’est un débat objectif et impersonnel qui peut surgir ad notum, pourvu que le peuple souverain en ressente le besoin et l’intérêt », a martelé ce haut cadre de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), qui a épinglé un certain nombre de problèmes que pose la Constitution actuelle dans la marche du pays et qui nécessitent le changement constitutionnel. Il propose entre autres l’abandon du régime semi-présidentiel au profit du régime présidentiel.
« Pour ma part, la Constitution actuelle pose des sérieux problèmes quant à la bonne marche de notre pays.
Le régime semi-parlementaire de notre pays rend celui-ci tributaire du dictat des chefs des partis et regroupements politiques. La formation du gouvernement prend beaucoup temps à cause notamment du chantage des << autorités morales << qui bloquent parce qu’ils ne sont pas positionnés où ils le voudraient ou que tel membre de leurs familles respectives n’est pas repris. Ceci favorise l’accès des incompétents aux fonctions élevées de l’Etat bloquant ainsi le président. II nous faut clairement passer au régime présidentiel où le président de la République élu au suffrage universel direct d’une élection à deux tours, assume pleinement ses responsabilités en ayant pour seuls repères la compétence et la représentativité nationale.
En plus que cela correspond bien à la conception africaine du chef. Le parlement votera les lois et contrôlera l’exécutif, le Président, chef de l’exécutif gouvernera pleinement », a soutenu, l’Honorable Jean-Baudouin Mambeke, qui pointe également les difficultés de la mise en œuvre de la décentralisation, prévue par la Constitution du 18 février 2006.
« Autre point est la décentralisation voire le régionalisme constitutionnel mis en place par l’actuelle constitution dont l’architecture n’est pas totalement installée depuis 20 ans et dont les mécanismes peinent à fonctionner normalement.
Les conseils communaux, élus lors du dernier cycle électoral, ne fonctionnent pas comme il se doit. Les assemblées provinciales, budgétivores, ne votent que les motions de censure contre les gouverneurs, la retenue à la source des recettes à caractère national de l’article 175 jamais appliquée, la rétrocession mise en place en faveur des provinces étant aléatoire, la caisse nationale de péréquation non alimentée… cette énumération non exhaustive montre à suffisance que le chemin est bouché et a conduit dans un cul de sac.
Je peux continuer à montrer les difficultés devant lesquelles nous place l’actuelle constitution. De toute vraisemblance, notre pays n’a pas de moyens financiers suffisants pour supporter une telle charpente institutionnelle. Il faut la redimensionner par rapport à la capacité réelle du pays », a-t-il recommandé. Enfin, l’ancien Vice-Premier Ministre en charge du Budget invite ses compatriotes congolais à mener un vrai débat autour de la problématique des réformes constitutionnelles, afin d’éclairer la religion du peuple, qui doit décider en dernier ressort.
« Devons-nous en rester là, devant ces évidences, parce que le régime politique et la décentralisation sont verrouillés par l’article 220 ?
Ma réponse est non, car on ne peut restreindre la souveraineté d’un peuple.
J’en appelle au vrai débat pour éclairer le peuple qui doit trancher en dernier ressort au nom de sa souveraineté », a-t-il conclu, l’Honorable Jean-Baudouin Mayo, une des personnalités en vue en République démocratique du Congo.
JR Mokolo
