Après plusieurs jours de pression exercée par l’administration américaine, le groupe rebelle soutenu par Kigali a annoncé dans la nuit du 15 au 16 décembre son intention de se retirer de la ville d’Uvira, conquise la semaine dernière. L’AFC/M23 pose toutefois ses conditions.
Moins d’une semaine après avoir pris le contrôle d’Uvira, l’AFC/M23 a annoncé dans la nuit du lundi à mardi qu’elle s’apprêtait à retirer ses troupes de cette ville stratégique du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC. Dans son communiqué daté du 15 décembre, Corneille Nangaa, le coordonnateur du mouvement rebelle, présente ce geste comme une « mesure unilatérale de renforcement de la confiance », destinée à soutenir les négociations de paix de Doha. Ces dernières sont au point mort depuis la signature d’un accord-cadre entre l’AFC/M23 et Kinshasa, le 15 novembre.
Malgré les « provocations et abus persistants » qu’elle impute à l’armée congolaise et à ses alliés (parmi lesquels les milices wazalendo), l’AFC/M23 dit vouloir offrir au dialogue « les meilleures chances de succès » pour parvenir à « des solutions durables ». Les rebelles affirment aussi répondre à une demande de la médiation américaine, et ce, alors qu’ils ont maintes fois affirmé ne pas être concernés par les conclusions d’un processus auquel ils n’ont pas été directement associés.
Démilitarisation et déploiement d’une force neutre
Le retrait des rebelles s’accompagne toutefois de conditions, dont la démilitarisation de la ville et le déploiement d’une force neutre pour superviser le cessez-le-feu. Plusieurs questions demeurent en suspens, notamment concernant la forme que pourrait prendre ce dispositif. L’AFC/M23 ne précise pas non plus dans son communiqué la zone exacte où elle compterait repositionner ses troupes après leur éventuel retrait. Les rebelles ont par ailleurs continué à progresser le long du lac Tanganyika au cours des derniers jours. Le 14 décembre, ils se sont emparés de la cité de Makobola, située à 35 km au sud d’Uvira, sur l’axe qui mène à Kalemie, aux portes du Katanga.
La prise d’Uvira, ville frontalière de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, est intervenue au terme d’une offensive éclair ayant provoqué le déplacement de plus de 200 000 personnes, ont indiqué les Nations unies. Selon plusieurs sources, l’un des objectifs majeurs de cette offensive rebelle était de forcer les troupes burundaises à se retirer de l’est de la RDC.
Avant la chute d’Uvira, le Burundi comptait environ 18 000 soldats sur le sol congolais, déployés au titre d’un accord bilatéral avec la RDC. Certains d’entre eux se sont repliés au Burundi après l’offensive. L’AFC/M23 cherche à éviter un redéploiement de l’armée congolaise, des Wazalendo mais aussi de ces troupes burundaises dans cette zone après plusieurs jours d’intenses combats dans la plaine de la Ruzizi.
Les États-Unis font pression sur le Rwanda
L’annonce des rebelles intervient après plusieurs jours de pression diplomatique américaine sur le Rwanda, accusé de soutenir l’offensive rebelle et de mettre en péril l’accord de paix signé à Washington le 4 décembre. Le 12 décembre, Mike Waltz, l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, a affirmé devant le Conseil de sécurité que le Rwanda menait la région vers la guerre. Dans la foulée, le secrétaire d’État, Marco Rubio, a certifié que les États-Unis prendraient « des mesures pour s’assurer que les promesses faites au président Trump soient tenues.»
Le retrait d’Uvira, annoncé unilatéralement par les rebelles, se concrétisera-t-il ? Selon un responsable de l’AFC/M23, Kinshasa aurait accepté de suspendre ses frappes aériennes sur les positions de la rébellion dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu et de reprendre les négociations à Doha. Contactées, les autorités congolaises n’ont pas répondu à nos sollicitations.
Jeune Afrique
