Dans le cadre de la participation citoyenne au processus d’élaboration budgétaire, telle que consacrée par le Décret n°22/37 du 29 décembre 2022, la Société Civile de la RDC, par le truchement du Réseau Gouvernance Économique et Démocratie (REGED), a procédé hier, lundi 29 décembre 2025, à la publication solennelle de son rapport d’analyse du Projet de Loi de Finances 2026. C’était à l’occasion d’une conférence de presse tenue à Sultani Hôtel, dans la commune de la Gombe. Au cours de cette activité d’envergure, REGED, appuyé par le Projet ENCORE, a, par la voix de son Directeur exécutif, Bishop Abraham Djamba Samba Wa Shako, attiré l’attention de l’Exécutif central, dirigé par Judith Suminwa Tuluka, Première Ministre, sur la nécessité impérieuse de mener des actions qui concourent à l’amélioration effective de la gouvernance des finances publiques en République démocratique du Congo.
Dans son analyse sur le Projet de Loi de Finances 2026, REGED note des avancées concrètes, mais surtout met en lumière une panoplie de failles nécessitant un réajustement stratégique, notamment en termes de répartition des financements de certains secteurs clés du pays ou encore du cadrage macroéconomique. Selon cet organe de la Société Civile, le PLF 2025 concentre une forte dépendance extérieure et demeure insuffisamment orienté vers la transformation structurelle, la justice sociale et la souveraineté économique.
Vivement des améliorations
En termes de répartition des moyens de mise en œuvre du Programme d’Actions du Gouvernement, pour l’année 2026, REGED a fustigé un faible financement des secteurs tels que l’Éducation Nationale, la Santé Publique et l’Agriculture, plaidant pour des mesures rectificatives courageuses censées s’étendre sur les Infrastructures pour accélérer la connectivité nationale, y compris sur la Sécurité, en vue de renforcer la mission de la PNC.
Pour le secteur de l’Éducation, pour ainsi le souligner, REGED appelle les dirigeants attitrés à porter à 20% le budget alloué à ce secteur et à augmenter l’investissement sur ressources propres, conformément aux engagements pris à Incheon en Corée. Pour la Santé, le tocsin de la Société civile va dans le sens d’exhorter le Gouvernement à porter le budget à 15%, comme pour respecter les conclusions du Sommet d’Abuja. S’agissant de l’Agriculture, REGED exige une allocation de 10% du budget, pour aligner la RDC sur les engagements de Maputo.
Capitaliser le secteur de l’Eau et de l’Énergie
‘’La non-validation de la Politique Nationale de l’Énergie freine l’harmonisation du cadre stratégique du secteur avec les priorités de développement durable et compromet la progression vers l’objectif d’accès universel à l’électricité. La réduction de 1.142.341.188 FC (393.870 $UD) des crédits alloués au secteur de l’électricité dans le cadre du PDL 145 Territoires, lesquels passent de 22.116.501.027 FC (7.625.591 $US) en 2025 à 20.974.159.839 FC (7.231.721 $US) en 2026, soit un taux de régression de 5,2 %, met en évidence une inadéquation manifeste entre l’importance stratégique de ce programme et les allocations y relatives’’, a explicité, dans son exposé, le Directeur exécutif de REGED.
La Pros.
NOTE DE SYNTHESE–CONFERENCE DE PRESSE
Analyse du Projet de Loi de Finances 2026
Réseau Gouvernance Économique et Démocratie–REGED
Kinshasa, 29 décembre 2025
- INTRODUCTION
Depuis 2008, la Société Civile congolaise participe activement à l’analyse du processus budgétaire national, conformément aux réformes de gouvernance des finances publiques engagées par l’État.
Le Décret n°22/37 du 29 décembre 2022, notamment ses articles 163 à 165, consacre la participation citoyenne à toutes les étapes du cycle budgétaire : élaboration, adoption, exécution et contrôle.
Dans ce cadre, les Organisations de la Société Civile, réunies au sein du REGED et du COREF, ont conduit une analyse approfondie du Projet de Loi de Finances 2026 (PLF 2026), avec l’appui du projet ENCORE – Banque mondiale.
Cette démarche vise à :
- renforcer la transparence budgétaire ;
- améliorer la qualité de la dépense publique ;
- faire entendre les priorités citoyennes dans le débat budgétaire.
- OBJECTIFS DE L’ANALYSE
Objectif général
Contribuer à une meilleure gouvernance des finances publiques à travers une analyse indépendante du PLF 2026.
Objectifs spécifiques
- Examiner la cohérence du PLF 2026 avec le PNSD 2024-2028 et le CBMT 2026-2028 ;
- Identifier les insuffisances et incohérences budgétaires ;
- Formuler des recommandations techniques à l’Assemblée nationale et au Gouvernement ;
- Promouvoir une budgétisation plus équitable, efficace et transparente.
- MÉTHODOLOGIE
L’analyse s’est appuyée sur :
- 11 activités techniques (analyse documentaire, ateliers, suivi parlementaire, concertations) ;
- L’examen du PLF 2026, du CBMT 2026-2028, du PAG 202’-2028 et des lois connexes ;
- Les échanges avec les institutions, experts et OSC sectorielles ;
- L’intégration des observations issues des travaux de l’Assemblée nationale et du Sénat.
- AVANCÉES MAJEURES OBTENUES AU PARLEMENT
✅ 1. Amélioration du financement du Genre
La Société Civile salue :
- La hausse de 94,35 % de la ligne Interventions économiques, sociales, scientifiques et culturelles, passe de de 688 907 511 CDF (279 244,56 USD) dans le PLF 2026 initial à 1 338 907 511 CDF (542 718,2 UD) dans le PLF 2026 adopté à l’Assemblée nationale;
- L’augmentation de 271,63 % des subventions aux structures du Ministère du Genre, Famille et Enfant qui passe de 471 949 891 CDF (191 302,08 USD) dans le PLF 2026 initial à 1 281 949 891 CDF (519 630,77 USD) dans le PLF 2026 adopté à l’Assemblée nationale;
➡️ Il s’agit de l’un des secteurs où la prise en compte des recommandations citoyennes est la plus visible.
✅ 2. Amélioration partielle de la mobilisation des recettes
Le Parlement a :
- renforcé la fiabilisation des recettes non fiscales ;
- soutenu la digitalisation de la collecte ;
- encouragé une meilleure traçabilité (DGRAD, recettes minières, etc.).
➡️ Ces avancées vont dans le sens des recommandations formulées par la société civile.
✅ 3. Prise en compte partielle des secteurs sociaux
Des ajustements ont été opérés sur :
- la santé (CSU, instituts spécialisés),
- le genre,
- certaines lignes de l’éducation et de l’agriculture.
➡️ Toutefois, ces ajustements restent en-deçà des normes internationales.
- CONSTATS MAJEURS – ASPECTS GLOBAUX
4.1. Cadrage macroéconomique
- Croissance projetée faible (5,3 %), sans moteur structurel clair ;
- Inflation maîtrisée sur le papier mais pouvoir d’achat en baisse ;
- Révision positive du taux de change par le Parlement (2 467 FC/USD) ;
- Pression fiscale faible (12,3 %) contre une moyenne africaine de 17 %.
4.2. Recettes et dépenses publiques
- a) Recettes
- Forte dépendance aux financements extérieurs (≈ 29 %), ce qui représente 11 366 412 880 866 CDF (4 607 382 603 USD ) par rapport budget général de l’ordre de 48 969 279 573 100 CDF (19 849 728 242 USD)
- Faible mobilisation des recettes internes de l’ordre de 34 578 939 070 145 CDF (14 016 594 678 USD) qui ont augmenté de 13% par rapport aux prévisions de la Loi rectificative 2025 de l’ordre 30 589 585 133 037 CDF (10 619 540 057 USD);
- Sous-exploitation des recettes minières, environnementales et migratoires ;
- Prévisions irréalistes sur certaines lignes notamment sur la ligne « permis de conduire. Les prévisions sont de l’ordre de 121 milliards CDF qui nécessiteraient 2,1 à 2,5 millions de permis en un an!!!! impossible ;
- Faible digitalisation et faiblesse du contrôle fiscal.
- b) Dépenses
- Priorité excessive aux dépenses de fonctionnement 17 679 965 096 699 FC , 33% du Budget général;
- Dépendance aux financements extérieurs pour les investissements (jusqu’à 79 %) ;
- Faible traçabilité de certaines lignes (« autres services », fonds spéciaux) ;
- Faible allocation aux secteurs sociaux prioritaires.
- ANALYSE SECTORIELLE SYNTHÉTIQUE
Santé
- Budget du secteur de l’ordre 5.488.424.205.957 CDF qui vaut 1 892 364 309,1$ et représentent 10,23% du budget général, loin du seuil d’Abuja (15 %) ;
- Forte dépendance extérieure ;
- Insuffisance d’investissements structurants.
Éducation
- La Régression de 5,31% par rapport à 2025 de la part du budget alloué au secteur de l’Éducation. Il passe de 17,72% soit 8 042 360 209 165 FC (2 722 532 230,5 USD) en 2025 à 12,41% soit 6 657 339 078 839 FC (2 295 634 165 USD) pour 2026;
- Budget très en dessous de la norme ODD (20 %) ;
- Rémunération des enseignants insuffisante ;
- Faible planification des infrastructures scolaires.
Agriculture & Développement rural
- Le non-respect de l’engagement de Maputo, qui recommande d’allouer au moins 10 % du budget national à l’agriculture, est manifeste dans le PLF 2026 où les prévisions des dépenses d’investissement du secteur ne représentent que 1,97 % du Budget général, soit 1 058 753 796 088 FC, révélant un sous-financement structurel incompatible avec les priorités nationales et régionales ;
- Forte dépendance extérieure ;
- Faible soutien aux investissements productifs.
Eau & Énergie
- La non-validation de la Politique Nationale de l’Énergie freine l’harmonisation du cadre stratégique du secteur avec les priorités de développement durable et compromet la progression vers l’objectif d’accès universel à l’électricité.
- La réduction de 142.341.188 FC (393.870 $UD) des crédits alloués au secteur de l’électricité dans le cadre du PDL 145 Territoires, lesquels passent de 22.116.501.027 FC (7.625.591 $US) en 2025 à 20.974.159.839 FC (7.231.721 $US) en 2026, soit un taux de régression de 5,2 %, met en évidence une inadéquation manifeste entre l’importance stratégique de ce programme et les allocations y relatives.
- Le non-atteinte de l’objectif budgétaire du Fonds Mwinda[1] pour l’exercice 2026, fixé à 000.000 USD, demeure manifeste malgré l’augmentation exceptionnelle des crédits inscrits dans la rubrique Interventions économiques, sociales, culturelles et scientifiques, lesquels passent de 236.602.715 FC (81.579 USD) à 6.272.093.122 FC (2.162.567 USD), soit un taux d’accroissement de 2.550,9 %.
- L’abandon du sous-secteur de l’eau, dont les prévisions de dépenses restent insignifiantes. En effet, les crédits inscrits dans le Projet de Loi de Finances 2026 s’élèvent à 130.685.657 FC (734.643 USD), soit 0,1 % des prévisions du Ministère, et sont essentiellement affectés à la contrepartie rattachée à certains projets notamment le Projet d’Accès, de Gouvernance et de Réforme des secteurs de l’Électricité et de l’Eau (AGREE), Programme d’Accès aux Services d’Eau et d’Assainissement (PASEA).;
- Non-prise en compte du Pacte énergétique national.
Infrastructures
- L’absence de précisions essentielles — localisation exacte, linéaire, nature et contenu des travaux — dans la présentation des libellés de plusieurs projets du PLF 2026 empêche tout suivi rigoureux par le Parlement comme par les citoyens. Cette carence place le budget en dessous des standards internationaux de transparence définis par PEFA, le FMI et l’OCDE.
- L’augmentation de 86,5 % des prévisions des dépenses d’investissements qui passe de 2 808 791 266 872 FC en 2025 à 5 617 531 950 411 FC en 2026. Ces prévisions qui représentent 9,8 % du Budget général 2026 place la RDC dans la norme internationale BAD/CEA (8–10 %) et l’aligne également aux objectifs des ODD 9 et 11;
- Absence de contreparties pour plusieurs projets ;
- Dépendance excessive aux financements extérieurs ;
- Risques de blocage des projets structurants.
Mines & Hydrocarbures
- La redevance minière a été réajustée passant de 2 320 102 791 712 FC dans la PLF 2026 à 1 942 145 818 771 FC dans le PLF 2026 adopté au Parlement soit une baisse de 16,5% par rapport aux prévisions de la LFR 2025.
- Absence de mécanismes fiables de traçabilité (perditions massives).
- Plusieurs actes générateurs non activés → pertes fiscales.
- Sous-financement du Service Géologique National (besoin : 119 milliards, allocation : 3 milliards).
- Aucune allocation pour la stratégie nationale sur les minerais critiques et la transition énergétique.
- Faible financement du Service Géologique ;
- Absence de stratégie sur les minerais critiques.
Sécurité
- Sous-financement de la Police Nationale ;
- Non-prise en compte de certaines réformes prévues ;
- Insuffisance des moyens pour la gouvernance sécuritaire locale.
Genre
- Absence de budgétisation sensible au genre ;
- Absence d’indicateurs désagrégés sexe/âge.
- PRINCIPALES RECOMMANDATIONS
Gouvernance budgétaire
- Renforcer la crédibilité du cadrage macroéconomique ;
- Réduire les exonérations fiscales non justifiées ;
- Améliorer la transparence des recettes et dépenses.
Éducation
- Porter l’éducation à 20 % du budget (Engagement Icheon et ODD 4) ;
- Renforcer la souveraineté du pays en augmentant l’investissement sur ressource propre.
Santé
- Porter le budget santé à 15 % (engagement d’Abuja);
- Renforcer la souveraineté du pays en augmentant l’investissement sur ressource propre.
Agriculture
- Porter le budget de l’Agriculture à 10 % (engagement de Maputo)
- Renforcer la souveraineté du pays en augmentant l’investissement sur ressource propre.
Infrastructures
- Budgétiser correctement les contreparties ;
- Clarifier les projets (localisation, coûts, impact) ;
- Réduire la dépendance aux bailleurs.
Mines & Hydrocarbures
- Revaloriser la redevance minière ;
- Activer les actes générateurs non exploités ;
- Financer le Service Géologique National.
Genre
- Introduire des lignes budgétaires sensibles au genre ;
- Rendre obligatoires les indicateurs sexo-désagrégés ;
Sécurité
- Budgétiser les réformes prévues dans la loi ;
- Renforcer la Police nationale ;
- Assurer le financement des comités locaux de sécurité.
- CONCLUSION
La Société Civile salue les efforts du Gouvernement et du Parlement pour améliorer la gouvernance budgétaire. Cependant, le PLF 2026 demeure insuffisamment orienté vers la transformation structurelle, la justice sociale et la souveraineté économique.
Elle appelle :
- à une meilleure allocation des ressources ;
- à une priorisation des secteurs sociaux ;
- à une budgétisation plus transparente, équitable et orientée résultats.
Fait à Kinshasa, le 29 décembre 2025
Bishop Abraham DJAMBA SAMBA WA SHAKO
Directeur Exécutif – REGED
Team Leader National Gouvernance Économique