(Par Ghislain Bamuangayi K.)
Nous assistons à beaucoup d’émotion et du charnel face à un problème existentiel pour notre société congolaise.
Avant de mettre en route pour aller à la chasse de la bête sauvage qui ravage et terrorise la population du village, il faut s’assurer sur le type d’arme à utiliser et son efficacité. Le chasseur court le risque de se rendre compte de l’inutilité de son fusil à 5 mètres de la bête, qu’on ne sait tuer à mains nue.
Nous avons des ennemis qui réfléchissent et jouent de l’intelligence, dans des laboratoires sophistiqués dans les pays occidentaux qui ont besoin d’un Congo faible et instable pour l’exploiter. Mais, nous pensons mener un combat d’émotion aux réactions primaires du coup contre coup sans la réelle mesure des proportions et du contexte global.
Remettons les pieds sur terre
Sans entrer dans ce débat de pour ou contre la peine de mort, je relève seulement que :
- La justice a été diagnostiquée par celui qui est le plus habilité du pays, au sommet de l’Etat, reconnaissant qu’elle est malade. Dans cette condition, la sanction infligée, n’importe laquelle, et même l’acquittement, n’a aucune garantie d’équité et de légalité.
- La campagne de la levée du moratoire, une mesure par ailleurs illegal pour avoir suspendu l’exécution des décisions judiciaires et modifié de fait des lois, apparaît comme un aveu d’impuissance de l’ administration publique de faire peur aux délinquants et prévenir la délinquance par une justice juste et par un système carcéral performant remplissant bien ses missions de rééducation, de sanction réelle et de correction des fautes.
- On peut s’échapper de la prison congolaise ou en sortir quand on veut, et même y entrer pour bien se cacher. Le condamné à mort, qui voit sa mort en face dans deux jours, choisira de prendre la poudre d’escampette pour se trouver une bonne cachette ailleurs et revenir dans la société sous une autre identité. Ça se fait déjà, par manque de prisons de bonne et haute sécurité effective.
- La vie est la valeur suprême et sacrée qu’on a pris l’habitude de laisser au gré de l’arbitraire et des irresponsables, qui pensent , dans une justice malade, politiser n’importe quoi ou se servir de celle-ci pour régler les comptes. Dans ce cas, c’est le juge et l’administration publique qui commettent impunément des assassinats.
- D’autres moyens à la disposition du gouvernement pour identifier le plus grand nombre possible de traîtres, de voleurs et d’espions et les envoyer en justice, sont sous exploités. C’est par exemple un recensement scientifique sérieux du personnel de l’ensemble des institutions publiques et de tous services de l’Etat, ce, jusqu’à la quatrième génération. C’est aussi le contrôle du parcours et des diplômes des militaires et policiers, qui a commencé un moment avec le Vice Premier Ministre Jean Pierre Bemba et dont on n’ignore les résultats ou la suite. C’est surtout un contrôle de la source de richesse spontanée en partant de leurs indices apparents et ostentatoires chez des policiers, militaires et politiciens. Il faut frapper à la bourse de tous ceux qui ont pris la stratégie de pérenniser le système de prédation par le pouvoir de l’argent et de l’ethnie ou de la tribu, y compris par la réduction des avantages exorbitants du personnel politique.
- Une sélection discriminatoire des traîtres, des voleurs et des espions créera un sentiment général d’injustice et de faiblesse de l’Etat, qui s’attaque aux uns et incapable de le faire pour d’autres. Personne ne doit être plus fort que l’Etat.
- Le gouvernement, en tolérant des personnes à la nationalité douteuse occuper des postes de souveraineté et exercer dans les services de sécurité, y compris ceux qui ont occupée dans le passé les plus hautes fonctions et bénéficient encore de nombreux avantages de l’Etat tout en gardant une fausse identité, ne montre pas la volonté politique nécessaire de mettre fin à ces fléaux et de décourager la trahison et l’espionnage.
- La solution extrême de tuer ceux qu’on prend par sélection intéressée, dans les conditions d’une justice et d’une administration publique malades, ne garantit pas l’Etat de droit, mais favorise le bon fonctionnement du système de prédation.
Nous devons donc commencer par créer les meilleures conditions d’application des lois et d’exécution des peines.
Une nouvelle citoyenneté et une nouvelle manière de nous gouverner
Sans verser dans le débat pour ou contre la peine de mort, je propose une troisième voie et une analyse du réel, quelque peu éloignée du sensationnel. La voie de la refondation de l’Etat, permettant de repenser la citoyenneté congolaise et notre manière de nous gouverner.
Le camp des abolitionnistes a des arguments aussi percutants et valables à examiner et qui répondent à ceux des rétentionnistes de la peine de mort, et vice-versa. Je suis resté sur l’aspect pratique des choses, celui de la faisabilité et du possible.
On ne doit pas admettre de laisser l’Etat, par certains de ses animateurs et par une boiteuse justice, continuer à tuer. Le cercle vicieux du justicier-bourreau devra être arrêté par la Renaissance du citoyen et de l’Etat. Nous sommes dans une situation où le premier à pendre ou fusiller, c’est bien l’Etat congolais, s’il n’est pas encore définitivement mort. C’est après avoir
C’est l’Etat malade et agonisant, qui tue des millions de congolais à travers la misère et l’esclavage dans lequel la population est prise en otage par une minorité de capitalistes mondiaux et nationaux, qu’il faille placer dans la salle de la renaissance.
On ne doit pas continuer à se satisfaire de petites solutions éphémères et inefficaces pour s’attaquer à un problème de système ou globalisant.
Il ne faut pas exposer le Président Félix Tshisekedi aux effets pervers d’une délation programmée par les ennemis de la RDC
Les rwandais qui viennent en mission en RDC, que nous traitons d’espions ou de traîtres, sont en guerre et savent qu’ils courent le risque de mourir. Ce n’est pas la peine de mort qui les arrêtera. Pour eux, ils mourront au front avec honneur.
Par contre, ils se préparent à laisser les exécutions se faire pour les retourner contre nous dans les concerts des nations où leur voix porte plus haut. Habituée à des dénonciations motivées par des motifs de dramatisation du néant, les personnes exécutées porteront une ethnie, même si elle n’est pas la leur et deviendront les victimes de crimes de guerre. Fort dans la délation et la manipulation des émotions et des médias, les agresseurs seront en RDC toujours les victimes de ceux qu’ils agressent.
Si notre dénonciation du génocide congolais ne porte pas et passe sous silence, la peine capitale sera transformée en refrain d’un génocide tutsi en RDC et d’une violation massive des droits humains assimilables aux crimes de guerre, après que le Chef de l’Etat ait lui-même reconnu une justice malade. Il n’aurait peut-être pas le dire si haut.
Avant d’exécuter la peine de mort, il y a un recours obligatoire en grâce du ministère public. On exécute pas tant que la réponse du Chef de l’Etat n’est pas donnée pour accorder ou refuser la grâce. On l’accusera d’être responsable de la mort des personnes condamnées par une justice malade et qui n’ont pas bénéficié de la grâce présidentielle pour lui échapper. Cela a déjà commencé, rien que par la levée du moratoire. C’est lui qui est critiqué, alors même que c’est une décision du Gouvernement, dont le Premier ministre est le premier responsable.
Nous exposons inutilement le Président Félix Tshisekedi, alors que d’autres moyens existent pour traquer les traîtres, les espions et les voleurs en cette période de guerre.
Une culture d’irrespect de l’intérêt général et la peine de mort
Les autres traîtres et voleurs congolais sont ceux qui tiennent la justice par leur argent et influence politique, ethnique, coterique et autres, qui utiliseront la peine de mort pour leurs intérêts personnels, étant donné que le niveau de la considération et du respect de l’intérêt général est dans l’échelle de – 100 (moins cent) à 1 chez nombreux politiciens et dans la gouvernance judiciaire, en RDC.
On ne peut crier à une justice malade et à une administration publique décousue ou en dysfonctionnement très avancé et penser que leurs maladies ne vont pas influer sur leur capacité à dire le droit et à exécuter la peine de mort.
Relevons le niveau de notre combat et quittons les sentiers battus sur lesquels l’ennemi nous attend en comptant sur notre forte propension à la prévisibilité.
C’est un cercle vicieux d’où nous ne pouvons sortir que par une remise en question globale et totale et non par des petits pas de correction qui sont vites englouties par les grands pas du vice.
Bamuangayi K. Ghislain
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