D’une seule voix, les parlementaires africains participant à la première session ordinaire de la septième législature au sein de l’organe législatif de l’Union Africaine ont condamné, avec force, les violences infligées par les Sud-africains aux ressortissants africains résidant sur leur territoire. C’est à l’unanimité qu’ils ont adopté les deux motions sur la recrudescence des agressions xénophobes, « afrophobies », à l’issue d’un débat houleux conduit, avec maestria, par le président du Parlement Panafricain, Fateh Boutbig, le jeudi 30 juillet 2026. Parmi les interventions les plus pertinentes, figurent celles des parlementaires congolais Jacques Djoli Eseng’Ekeli, Marie-Thérèse Wangoie et Garry Sakata.
Quelque temps auparavant, les auteurs de deux motions se sont succédés sur la tribune, de manière démocratique, pour donner le contenu de chacune d’elles. La première motion sur « la recrudescence des agressions xénophobes contre des compatriotes africains en République d’Afrique du Sud » a été présentée par Lazare Yao Yao de la Côte d’Ivoire puis appuyée par Masamba Dieng du Sénégal. Quant à la seconde, celle « exhortant la République de l’Afrique du Sud à renforcer les mesures visant à prévenir et à éliminer les violences xénophobes contre les ressortissants africains sur son territoire », elle a été lue par Danson Mungatana du Kenya et appuyée par Joseph Kalasinga Majimbo également du Kenya.
Sans langue de bois, le Professeur Jacques Djoli s’est, au nom de la République démocratique du Congo, exprimé sur cette actualité de l’heure qui ne cesse de tenir en haleine tout le continent africain. Grâce aux deux minutes de plus lui accordé par son compatriote Alphonse Ngoyi Kasanji, l’élu du territoire de Boende a commencé par exprimer son désarroi sur le décès brutal du boxeur congolais surnommé « Bololo », mort brûlé vif. Un drame national en RDC. « La pauvreté, les frustrations [des Sud-africains] peuvent s’expliquer mais ça ne peut pas faire germer un concept aussi dangereux que l’« Afrophobie », autrement dit, la haine de l’Africain contre l’Africain, la haine du Noir contre le Noir. »
Et de poursuivre : « On pouvait tout imaginer dans ce pays [l’Afrique du Sud] qui nous a appelé à la renaissance africaine, sauf la création de ce concept. » Jacques Djoli Eseng’Ekeli a invité le Parlement Panafricain à se rapprocher du gouvernement sud-africain pour que l’« Afrophobie » soit inscrite comme un crime contre l’humanité et contre l’Afrique. A ses yeux, ceci est inacceptable.
Dans sa chute, le Rapporteur du Bureau de l’Assemblée nationale de la RDC a fustigé le langage ambigu du pouvoir politique sud-africain. Il cite, en exemple, les propos du ministre de l’Intérieur de ce pays hôte qui parle des mesures contre l’immigration illégale, mais aucun mot sur les actions contre ces groupes terroristes qui s’acharnent sur des pauvres femmes. « L’Ubutu », a-t-il rappelé, est un mot tiré de la sagesse africaine qui n’incite pas à la haine, à s’attaquer à un étranger.
Quant au député national Garry Sakata, il a commencé, dans son speech, par rappeler qu’au-delà de ce qui est perceptible et visible, « nous avons l’obligation d’attaquer cette question à la source », a-t-il indiqué. Il s’est ainsi appesanti sur ce qui est « invisible et inédit ». « Je constate que le mode opératoire de ce funeste scénario ressemble à celui qui s’est déroulé au 17ème, au 18ème et au 19ème siècle, lequel a permis de coloniser l’Afrique en commençant par l’affaiblir pour mieux l’assommer. Ainsi, je soupçonne qu’il ait des commanditaires dissimulés qui commencent par provoquer des conflits internes entre Africains. »
Garry Sakata affirme que ces commanditaires dissimulés ont adopté l’adage « Diviser pour mieux régner ». Et ce processus qu’il qualifie de « complot contre l’Union Africaine » et qui lui fait peur, ne fait que commencer. Qui seront les prochaines cibles ? s’est interrogé ce panafricaniste. Selon lui, ces malfrats vont, après leurs frères africains, s’en prendre certainement aux gens de couleur. Ils vont s’entretuer entre eux selon les provinces d’origine, puis selon les tribus d’origine.
« Cette tragédie, à mon sens, risque de faire tache d’huile en Afrique du Sud pour se répandre non seulement sur l’ensemble du territoire, mais également sur l’ensemble d’Afrique. Et, enfin, il ne restera rien. L’objectif des commanditaires aura été atteint : une Afrique divisée, sans ambitions, sans infrastructures. » Avant de rendre la parole, cet élu du peuple a recommandé que l’on apporte une aide humanitaire d’urgence par la prise en charge des migrants internes regroupés auprès de consulats en fournissant des abris, de l’eau et des soins médicaux.
C’est une femme, Marie-Thérèse Wangoie, qui a clos ces interventions pertinentes des élus congolais en soutenant la motion. « Les violences qui se passent en Afrique du Sud ne peuvent jamais contribuer à l’unité africaine. Aucun pays ne se développe par ses propres citoyens. Avant, la peur de ces violences était du côté de ceux qui vivent dans l’illégalité. Mais aujourd’hui, même ceux qui sont en ordre ou dans la légalité, qui contribuent d’une manière ou d’une autre au développement de ce pays vivent dans la peur. J’en suis moi-même un exemple. J’ai deux résidences et des enfants qui étudient, ici, depuis 2016. Sur les six enfants, trois ont fini l’université et sont rentrée au pays [RDC]. »
Cependant, les récentes violences xénophobes ont contraint cette mère de famille de prendre sa cadette de douze ans pour retourner avec elle dans son pays, le Congo, par peur d’être agressée un jour. « Au-delà de la violence, l’obtention du visa d’études à partir de l’Afrique du Sud devient un calvaire. J’ai des amis Sud-africains qui vivent dans notre pays, principalement dans la ville de Lubumbashi et qui y travaillent tranquillement. »
Elle a fini son intervention émouvante par une recommandation : l’Union Africaine est appelée à jouer véritablement son rôle d’unificateur en prenant, illico presto, des mesures qui mettront fin à ces violences qui risquent de dégénérer et causer des divisions qui n’apporteront pas la paix et l’unité de l’Afrique.
Jacques Djoli, Garry Sakata, Marie-Thérèse Wangoie ont ainsi porté haut la voix de la RDC et la pierre à l’édifice de la paix et de l’unité dans le continent africain. L’UA doit agir au plus vite pour épargner des vies humaines et favoriser, ipso facto, l’émergence du continent. La vie humaine étant sacrée.
James Mpunga Yende
Envoyé spécial à Midrand/South Africa
