(Par le Professeur Patience Kabamba)
Dans le style du monde de Sophie de Jostein Gaarder, le MDW d’aujourd’hui voudrait expliquer Karl Marx dans un langage extrêmement simple. Les auteurs qui ont influencés Marx sont généralement difficiles à lire ; je pense aux philosophes Hegel et Feuerbach et à l’anthropologue Morgan. Ces auteurs étant eux-mêmes difficiles à lire, cela a rendu la lecture de Marx aussi difficile et en proie à plusieurs contre-sens.
Pour Marx le monde est divisé entre d’une part, les bourgeois qui sont une infime minorité à l’instar des politiciens de chez nous qui ont tout et même plus que ce dont ils ont besoin. Et d’autre part, une grande majorité, le reste du monde qui est constitué de prolétaires. Cette division que nous vivons au Congo est le miroir de ce qui se vit dans le monde. Le prolétariat mondial est l’ensemble d’êtres humains qui n’ont aucun pouvoir sur leur existence, toute entière basée sur la dictature salariale des forces de production du capital.
Où travaille papa ? Il ne travaille pas. Il se débrouille. Nous avons défini le travail par le fait qu’il faut être exploité par un capitaliste qui vous paie un salaire chaque mois. Sans un salaire, il n’y a pas de travail, disons-nous. Une dame qui tresse les cheveux chez elle ne travaille pas, mais si elle fait la même chose dans un salon de coiffure où elle est une employée, nous disons qu’elle travaille.
Travailler est devenu synonyme de se faire exploiter par un employeur et surtout de faire dépendre sa vie d’un salaire sans lequel la vie n’aurait pas d’importance, pensons-nous. C’est cela que Marx appelle la dictature salariale des forces de production du capital. L’employeur s’oblige à produire pour la propriétaire du salon de coiffeur qui s’approprie la production de la coiffeuse. Le salon de coiffure doit toujours produire de l’argent, c’est une obligation ou une dictature.
La coiffeuse n’est plus maîtresse de son existence ; celle-ci est toute entièrement arraisonnée, accrochée et dépendant de son travail au salon de coiffure appartenant à la propriétaire qui représente le capitaliste parce que c’est chez elle qu’atterrie tout l’argent produit par la coiffeuse. C’est ce scenario que Marx appelle le spectacle de la marchandise.
Pourquoi spectacle ? Parce que cela se donne à voir et à observer par des personnes quasi hypnotisées. La marchandise est le fétiche qui cache toutes les exploitations, en l’occurrence, la vie confisquée par la corvée salariale. On voit la belle coiffure sur la tête d’une belle dame. Pour elle, c’est son argent qui lui a procuré cette coiffure, mais en fait, ce sont des heures de travail non-payées de la coiffeuse exploitée qui a produit cette coiffure.
L’argent de la belle dame est allé chez la propriétaire du salon. La marchandise occulte volontairement l’effort du travailleur exploité et attribue à l’argent la paternité du produit fini en le dépossédant de son véritable producteur, la coiffeuse. Selon Marx, le monde est gouverné par ce spectacle de la marchandise.
L’auteur du Capital ajoute que les hommes et les femmes ne se laisseront pas voler leur vie indéfiniment. Ils vont réagir et il y aura des mouvements révolutionnaires contre ce spectacle mondial du triomphe total de la marchandise. Il y aura un moment révolutionnaire. Les hommes ne laisseront pas indéfiniment la marchandise confisquée leur bonheur. Des enseignants qui vieilliront dans la pauvreté alors que des politiciens se vautrent dans l’abondance et envoient leurs enfants étudier à l’étranger. Les enfants des enseignants et infirmiers vont confronter dans leurs mouvements révolutionnaires les enfants des politiciens. Cette confrontation, selon Marx, sera pratique, concret et non théorique ou idéelle.
Nous sommes nombreux aujourd’hui à dénoncer le système d’inégalité qui s’érige partout dans le monde comme normatif sous le couvert du profit capitaliste. Cependant, les personnes avec des relents révolutionnaires demeurent encore éparses. Les professeurs ne rejoignent pas les enseignants du secondaire en grève; les infirmiers ne se rassemblent pas avec les fonctionnaires pour lutter contre leur exploiteur commun. D’après Marx, le moment viendra et on s’y approche où une crise de la production capitaliste unifiera et homogénéisera la conscience critique aujourd’hui éparse. Il y aura un développement mondial de l’anti-aliénation qui donnera aux uns et aux autres la capacité historique de pouvoir s’affirmer.
Marx pense que l’autodissolution du capital (de l’argent) va se déployer comme la voie inéluctable de l’auto-négation du prolétariat. Ce mouvement est inéluctable, inévitable et imparable. Les prolétaires marcheront sur ceux qui ont déstructuré leur vie pendant longtemps. Les mouvements de Lumumba, Sankara, Che Guevara, Mzee Kabila ou même Naanga dans une certaine mesure ne sont que des épisodes d’une histoire révolutionnaire en marche. Pour Marx, les capitalistes cherchent toujours à maximiser leurs profits aux dépens des prolétaires qui deviennent de plus en plus pauvres et plus en plus nombreux alors que les capitalistes seront de plus en en plus riche et de moins en moins nombreux. Les prolétaires se lèveront pour dire Basta, assez, fini, et la révolution restaurera à l’homme sa dignité d’être générique confisquée par l’argent et le capital marchand.
Prolétaires du monde entier, unissez-vous !
