(Par Zack Mudimbi, Analyste & Chercheur spécialisé sur les questions monétaires et économiques internationales)
Le Plan de Trésorerie prévisionnel de l’État (PTR) pour le mois d’octobre 2025 dresse un tableau budgétaire préoccupant. Les recettes mobilisées s’élèvent à 1.910,0 milliards de CDF, tandis que les dépenses exécutées atteignent 2.675,2 milliards de CDF, soit un déficit de trésorerie de 765,2 milliards de CDF. De janvier à octobre, les dépenses publiques sont restées supérieures aux recettes, confirmant la persistance d’un déséquilibre budgétaire structurel.
Structure des recettes
Les contributions des régies financières se répartissent comme suit :
- DGI : 48 %
- DGDA : 37 %
- DGRAD : 15 %
Malgré cet effort de mobilisation, les recettes demeurent insuffisantes pour soutenir un niveau de dépenses aussi élevé.
Poids de la dépense publique
Les dépenses exécutées ont atteint 2.420,0 milliards de CDF, soit 90,5 % des prévisions du plan de trésorerie.
Les décaissements ont principalement concerné :
- les salaires des agents et fonctionnaires de l’État ;
- les frais de fonctionnement des institutions et ministères ;
- les rétrocessions.
En clair, la structure de la dépense publique reste dominée par les charges courantes, au détriment des dépenses d’investissement productif, pourtant essentielles pour stimuler la croissance et l’emploi.
Pression sur la stabilité monétaire
Sur le plan monétaire, il faut souligner la résilience du franc congolais, qui s’est apprécié de 27,41 % sur le marché interbancaire et de 26,31 % au parallèle, suite aux mesures de stabilisation mises en œuvre par la Banque Centrale depuis la seconde moitié du mois d’août 2025.
Mais cet effort pourrait être neutralisé par la dérive des dépenses publiques. Une politique budgétaire expansionniste, sans rigueur dans l’exécution, exerce toujours une pression sur la liquidité et compromet la stabilité monétaire.
Contexte extérieur
Sur le plan extérieur, la balance provisoire des biens affiche à fin août 2025 un excédent de 9.893,99 millions USD, malgré une baisse des exportations de 15,8 % et une légère hausse des importations de 1,6 % par rapport à 2024.
Cet excédent, bien que positif, reste fragile en l’absence d’une discipline budgétaire durable et face à la forte dépendance structurelle aux importations.
Quel cap pour la politique budgétaire ?
Le véritable défi n’est plus seulement de mobiliser davantage de recettes, mais surtout de maîtriser la dépense publique.
L’État doit apprendre à mieux dépenser, en réorientant ses priorités vers les secteurs productifs et la création de valeur ajoutée.
Sans une gestion budgétaire rigoureuse, les efforts de stabilisation monétaire risquent d’être vains, et la crédibilité macroéconomique du pays pourrait en souffrir.
