Gouverner sans données fiables équivaut à piloter un navire dans le brouillard complet. Depuis quarante-deux ans, la République Démocratique du Congo navigue à vue, suspendue à des approximations statistiques héritées d’un autre siècle. L’annonce du lancement du deuxième recensement général de la population représente donc bien plus qu’une simple formalité administrative : c’est un acte de souveraineté indispensable pour ancrer l’action publique dans le réel. Le calendrier dévoilé impose une rigueur absolue.
Dès la fin de cette année 2026, la phase de cartographie numérique devra lever le voile sur les mystères démographiques de Kinshasa et des provinces, offrant un premier aperçu d’une population estimée à l’aveugle à plus de 110 millions d’âmes. Ce jalon crucial préparera le terrain pour le déploiement herculéen de juillet 2027
Durant deux semaines, une véritable armée de plus de cent mille agents arpente le territoire pour doter enfin chaque Congolais d’une identité statistique et, à terme, d’une reconnaissance civique concrète. Cependant, le scepticisme est permis face à l’immensité des défis logistiques et sécuritaires. Comment mener une opération d’une telle précision dans les zones meurtries du Nord et du Sud-Kivu, là où l’emprise de l’AFC/M23 prive l’État de son autorité régalienne ?
Vouloir compter les habitants sous la menace des armes est une promesse politique louable, mais son exécution s’annonce périlleuse. Le risque majeur reste l’exclusion de pans entiers de nos compatriotes déplacés par les violences, ce qui fausserait les résultats et fragiliserait la cohésion nationale.
Pour que ce projet à 200 millions de dollars ne devienne pas un mirage technique, les autorités doivent impérativement lier la rigueur scientifique à une sécurisation absolue du territoire. Sans une paix globale, ce miroir de notre souveraineté nationale restera fragmenté. Il est grand temps que le Congo se regarde en face, de manière exacte, inclusive et digne.
La Pros.