La visite officielle du Président congolais à Paris du 29 au 30 avril 2024 a été marquée par l’image d’un Chef de l’Etat déterminé à enrôler la France au grand défi sécuritaire afin de réinstaurer la paix à l’Est de la Rdc. Lorsque l’on analyse les retombées de ce déplacement à Paris, nous pouvons nous interroger sur les résultats de cette visite comme tout observateur voulant scruter ce voyage.
Concernant le volet sécuritaire
Même si Kinshasa a obtenu gain de cause dans le soutien de Paris pour rétablir la sécurité à l’est du pays, concernant les sanctions contre le Rwanda Emmanuel Macron ne les a pas évoquées clairement. Seulement on n’y a trouvé une lueur d’espoir dans le discours du Président français quand il a affirmé que « la France ne transigera jamais sur l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Rdc ».
Cependant, sur le registre des négociations qui sont au point mort, la position congolaise n’a pas bougé d’un iota.
D’ailleurs, c’est l’approche que nous défendons depuis longtemps.
Dans toute médiation, c’est le rapport de force qui permet de faire évoluer les choses. Le président Félix Tshisekedi l’a encore déclaré que la Rdc ne peut aller au dialogue avec Kigali qu’en position de force. Même si le Président français a haussé le ton contre le Rwanda sans, toutefois, nommer Paul Kagame, Macron a été plus direct en affirmant que « la Rdc ne doit pas être un butin de guerre, le pillage à ciel ouvert du pays doit cesser ».
Il faut souligner hic et nunc qu’une autre posture du président français doit interpeller Félix Tshisekedi qui continue d’être naïf en comptant davantage sur le soutien de la communauté internationale. Nous l’avions à maintes reprises souligné que la Rdc doit assurer sa propre défense en s’enracinant sur l’adage latin « si vis pacem, para bellum ».
Emmanuel Macron l’a même dit : « Depuis 1994 , vous n’avez pas été capables de réinstaurer la souveraineté. Il ne faut pas chercher des responsabilités à l’extérieur».
Mais pourquoi le Président congolais n’appréhende-t-il pas la quintessence du proverbe : « Aide-toi et le ciel t’aidera » ?
Ce sont eux-mêmes les congolais en premier lieu qui assureront avec acte d’abnégation la défense de leur pays.
Face à un voisin belliqueux qui change de rhétorique en mettant en exergue deux narratifs différents, l’un de l’épouvantail des rebelles FDLR en Rdc qu’il faut traquer et l’autre de l’injustice que subissent les tustsi en Rdc à travers la coquille vide des rebelles M23, comprenez que nous avons à affaire à un président qui trame une théorie conspirationniste.
Il faut bien lui infliger un carton rouge.
D’ailleurs, le 6 août 1998, nous nous rappelons très bien que Laurent Désiré Kabila avait pleinement raison quand il disait : « Nous devons nous préparer à résister à l’agression et à terminer la guerre chez les agresseurs », à savoir, le Rwanda.
En menaçant de porter la guerre chez Kagame l’ancien président savait que la Rdc était victime d’un vaste complot des tutshi qui veulent occuper notre pays et le diriger.
A fortiori quand on est chef de l’Etat, il faut maîtriser l’histoire politique de son pays, sinon on rame dans la médiocrité.
Il est temps de passer aux actes en coopérant davantage avec la France dans le domaine de renforcement de nos capacités militaires, en équipant nos troupes et de revoir à la hausse la solde des militaires . C’est impératif si nous voulons nous inscrire dans la durée et dans la logique de rapport de force.
In fine il ne faut pas trop compter sur E. Macron qui évolue sur une ligne de crête. Nul n’ignore que Paris a opéré un rapprochement diplomatique avec Kigali en reconnaissant les responsabilités de la France dans le génocide des tutsis de 1994 au Rwanda.
Même si cette visite a permis de renforcer les rapports de confiance entre les deux Etats, nous estimons que les congolais doivent avoir des doutes sur la volonté réelle de Paul Kagame de retirer ses troupes de l’est du pays. Il est donc urgent de monter en puissance dans la formation de nos militaires en légitimant les Fardc et mettre un plan de désarmement et encadrement de toutes les forces négatives qui écument l’est du pays et qui n’ont pas vocation d’y rester.
Privilégier la coopération militaire avec la France, les USA, l’Italie comme à l’époque de Mobutu demeure la meilleure des solutions au lieu de compter sur la présence des troupes africaines qui viennent pour des villégiatures en Rdc et nous perdons des millions de dollars, du temps par la présence sur notre sol des forces armées étrangères dont leur bilan reste piteux.
Quant au volet économique
Les investisseurs ne vont pas se bousculer pour venir booster le développement en Rdc comme le veut le chef du patronat congolais M. Robert Malumba .Ce dernier doit comprendre que l’environnement des affaires dans notre pays reste pollué en dehors de quelques petites avancées concernant le code des investissements et la fiscalité.
Il est évident, quand toutes les études établissent une nette corrélation entre climat des affaires et bonne gouvernance s’enracinant sur le cadre juridique des affaires, l’amélioration et la surveillance de l’environnement des affaires, le renforcement de l’éthique et de la prévention de la corruption dans le milieu des affaires, dans ce contexte le Congo n’est pas un bon élève et occupe la 183ème place sur 190 pays dans le Classement des économies-Doing Business.
La Rdc n’est pas attractive.
Selon plusieurs rapports internationaux, beaucoup d’investisseurs se plaignent en Rdc de système de taxation opaque souvent trop complexe et certaines agences gouvernementales exercent des pressions administratives sur les entreprises.
Dans l’ensemble, les investisseurs font face aux nombreuses difficultés qui demeurent la fragilité des infrastructures existantes, de la corruption qui est une pieuvre, des agences fiscales prédatrices, d’un manque de travailleurs qualifiés, d’un système judiciaire défaillant où parfois certains procureurs corrompus excellent dans leur excès de zèle, de l’émergence des violences sporadiques dans certaine régions du pays en l’occurrence, dans la province de Kwilu où les congolais ne prennent aucun risque de voyager par route de Kinshasa jusqu’ à Bandundu suite à la présence dans ce tronçon routier des voyous appelés « Mobondo ».
Le climat des affaires est un facteur déterminant dans l’attractivité d’un pays. Pour l’améliorer il faut une volonté politique forte pour éradiquer la criminalité économique surtout dans un pays où pullulent des affaires de détournements des deniers publics reflétant une image négative de l’Etat.
Pour mettre un terme à cette catastrophe nationale, il est impératif d’opérer un virage à 180 degré pour se débarrasser des acteurs politiques qui confondent biens publics et affaires privées, de tous ces voleurs de la république. La Rdc a besoin de discipline.
Il faut un changement radical en Rdc dans le climat des affaires pour que les investisseurs se bousculent pour placer leurs capitaux dans des projets productifs.
Il est nécessaire d’élaborer un vaste plan de rénovation des infrastructures de transport qui englobe tout le pays et non seulement Kinshasa : réseau routier, réseau ferroviaire et voies navigables dans le cadre de l’environnement des affaires, car les infrastructures stimulent la croissance, créent des emplois et améliorent la productivité.
Aujourd’hui, un investisseur qui aimerait implanter une usine à Bumba dans la province de l’Equateur ou à Bandundu dans le Kwilu, comment pourra-t-il acheminer des revenus des valeurs ou des matériels agricoles par exemple ?
C’est chimérique de croire que les grands investisseurs aujourd’hui viendront booster le développement de la Rdc dans un pays où le climat des affaires n’est pas assaini de manière efficiente.
Il faut imposer une discipline dans la gestion des finances du pays et remettre à la disposition de l’appareil judiciaire tous les fossoyeurs de l’économie nationale et améliorer la justice commerciale.
Professeur Florent Gabati
