(Par le Prof. Patience Kabamba)
Comme promis dans le MDW de la semaine dernière, ceci conclut notre Série des MDWs sur les États-Unis. La conclusion du dernier MDW était que la question sociale de la lutte des classes a été éclipsée par les problèmes sociétaux du racisme, de l’immigration, du LGBT et du transgenre.
Nous avons également constaté que les cours sur les transgenres et le LGBTisme sont généralement dispensés par des professeures femmes, souvent vivant dans des familles non traditionnelles. En abordant cette question, je voudrais d’abord reconnaître sa nature émotionnelle, qui pose un défi. Le féminisme militant est souvent misanthrope. Et quand on regarde les jeunes étudiants hommes sur le campus, on a l’impression qu’ils ont peur des femmes. Cependant, on ne peut pas en parler. Même en politique, le débat est impossible, car les hommes politiques ont aussi peur des femmes. Les femmes votent. Et c’est là que réside le problème de la démocratie représentative ; je sais que la situation est mauvaise, mais il n’y a aucun moyen d’y remédier car on a besoin de votes des femmes.
Notre horizon indépassable n’est pas la marchandise, comme le capital veut nous le faire croire. Nous pensons plutôt que l’horizon indépassable de la nature humaine est la lutte des classes pour l’émancipation, la jouissance et la satisfaction des êtres humains sans argent et sans État. Evidemment, l’Etat n’est pas une substance statique homogène. L’Etat est une pluralité contradictoire. L’État aujourd’hui est l’expression de la dictature du développement de la marchandise. L’université n’est pas dans un territoire neutre. L’université n’est pas dans un territoire neutre. Elle est par essence un rapport de production qui n’est pas hors sol; elle est dans le sol de la merchandise, le sol du crétinisme répandu dans le sol universitaire. L’analyse des femmes universitaires est donc située dans ce contexte de la dictature démocratique de la marchandise.
Comme je l’ai dit dans le MDW précédent, ayant été moi-même élevé par une femme seule, j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les collègues professeurs qui n’ont pas de familles traditionnelles. L’analyse présente aimerait introduire le débat dans le respect et l’objectivité pour ne pas esquiver la question. Pour cela, il y a deux sortes de discours dont j’aimerai me départir d’entrée de jeu. Premièrement, la remarque de J.D. Vance sur les « childless cat ladies » (Les femmes aux chats sans enfants) et deuxièmement, la remarque qui a valu à Larry Summers de perdre son poste de président de Harvard le 30 Juin 2006.
J.D. Vance, le colistier de Trump, est qualifié de misogyne pour avoir dit lors d’une entrevue en 2021 à peu près ceci :
Notre pays est dirigé par les femmes aux chats, qui n’ont pas d’enfants, Alexandra Ocasio Cortez, Pete Buttigieg, or Kamal Harris, etc. (Madame Harris et Monsieur Buttigieg ont bel et bien des enfants). Interpelé là-dessus lors de la campagne électorale, Monsieur Vance s’est expliqué en reconnaissant qu’en Amérique la politique de famille n’est pas encouragée. Pour lui, les familles avec enfants devraient être encouragées avec des allocations familiales. Il n’a jamais condamné, comme on voulait le faire croire, les femmes qui n’ont pas d’enfants, s’est-il défendu. Il a en revanche condamné les personnes qui sont devenues anti-familles et qui ne veulent pas avoir d’enfants. Il est de notoriété publique que la représentante Alexandra Ocasio-Cortez et la Vice-Présidente Kamala Harris, par exemple, ont dit que « le réchauffement climatique devrait nous mettre en garde pour avoir des enfants. » Ce débat me semble impératif, car une grande partie des dirigeants du monde n’ont pas d’enfants. Un jour, le président français Emmanuel Macron s’est même permis de reprocher aux Africains d’avoir beaucoup trop d’enfants. L’interrogation de Vance pourrait être prolongée en se demandant comment une personne qui n’a jamais fait l’expérience d’élever des enfants peut-elle penser à une autre politique familiale que l’avortement et la réduction des nombres d’enfants. Vance souligne l’existence d’une corrélation entre « élever les enfants » et les « éduquer ».
La deuxième remarque dont je voudrais me distancer est celle de Larry Summers, l’ancien secrétaire au Trésor de Barack Obama. Larry Summers pensait que les femmes n’étaient pas capables de faire les sciences dures. Selon Summers, la pénurie de femmes dans les sciences dures ou à des postes prestigieux était due à deux facteurs possibles :
1) Les femmes ne veulent pas être dans les sciences dures à un taux aussi élevé que les hommes. Ceci n’est pas faux !
2) La dispersion du Quotient Intellectuel (Q I) en STEM (Sciences, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) est en faveur des hommes. Ceci est discutable !
L’idée générale est que la courbe en cloche des hommes en ce qui concerne le QI, en particulier dans les matières de STEM, a tendance à être plus plate. Sur chaque bout de la courbe en cloche, il y a beaucoup de gars vraiment stupides et beaucoup de gars vraiment intelligents ; on ne trouve pas de femmes, selon Summers. Et dans les meilleures universités, il y a quelque chose dans cette disproportion (plus d’hommes en sciences que des femmes.) Summers a essayé d’expliquer que nos systèmes ne sont pas discriminatoires ; si nous nous retrouvons avec plus d’hommes que de femmes en sciences, c’est peut-être que les hommes postulent plus en STEM que les femmes et donc les hommes sont plus qualifiés, c’est tout à fait concevable. A cause de cela, il a été évincé de son poste de président de Harvard.
Après ces deux remarques emblématiques de notre temps, il nous faut souligner que le fait que la majorité des femmes universitaires proviennent de la culture féministe des années 1970s qui constituait la deuxième vague de militantisme féminin. La première vague date du 19eme siècle où quelques bénéfices pour les femmes avaient déjà été obtenus, notamment en 1920 avec le 19eme amendement qui donnait le droit aux femmes de voter. La seconde vague du féminisme a commencé vers les années 1970s et a adressé les questions des inégalités salariales entre les hommes et les femmes, et beaucoup d’autres droits fondamentaux des femmes qui incluaient:
- A) Les droits à la reproduction: le mouvement de femmes dans les années 1970s s’était battu jusqu’à obtenir en 1973 le droit fédéral d’avortement sans les limitations de différents Etats. C’est le Roe vs Wade que la Cour suprême venait d’inverser à une majorité de 6 contre 3.
- B) L’égalité des salaires entre hommes et femmes. En 1963 le mouvement féministe avait obtenu l’acte du congrès sur l’égalité de payement.
- C) Le Titre IX : En 1972, l’état fédéral a condamné la discrimination sur base de sexe.
- D) Le viol des femmes dans le mariage était criminalisé,
- E) La violence domestique est devenue un sujet publique grâce au mouvement féministe et enfin
- F) Les départements de genre et des études de femmes étaient introduits dans les universités.
Bref, les femmes dans les années 1970 ont pu obtenir des droits fondamentaux. Les femmes universitaires proviennent de cette culture des droits des femmes des années 1970. Cependant, si cela explique bien pourquoi les femmes universitaires sont responsables des cours sur le transgenre et le LGBTQisme, est-ce que cela explique-t-il pourquoi la grande majorité des femmes universitaires ne sont pas dans le mariage traditionnel ? Quel impacte cela a-t-il chez les jeunes étudiantes impressionnables. Est-ce que l’idéal qu’elles projettent dans leurs classes raisonne-t-il avec ces jeunes étudiants qui doivent projeter leur propre avenir et leur “devenir” ?
Ce débat est critique car depuis plus de 20 ans le secteur de l’éducation est dominé par les femmes. Un des résultats est que les jeunes garçons ont peur des femmes surtout au niveau des collèges. L’enseignement est au rabais excepté sans doute dans les écoles d’élites. Les jeunes qui arrivent au collège aujourd’hui n’ont pas de niveau requis. L’école n’est bonne que pour le capitalisme qui a besoin des ouvriers. L’école, – de K12 au collège – offre au capital les ouvriers dont il a besoin. Enfin notons que l’émancipation de la femme acquise grâce au militantisme des femmes des années 1970s, est une émancipation sous la dictature de la marchandise comme l’indique le dessin, ci-dessus.
