(Par le Prof. Patience Kabamba)
Le Congo venait de recevoir sa première femme, Première Ministre de la république. Le MDW est heureux d’exprimer sa joie de voir une dame présider à la destinée de la République Démocratique du Congo. Cependant, nous ne sommes pas naïfs car des deux premiers ministres de la première législature du président Tshisekedi, messieurs Sylvestre Ilunga Ilunkamba (2019-2021) et Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge (2021-2024), nous avons eu droit à deux performances diamétralement opposées, aux antipodes d’une de l’autre. Alors qu’Ilunkamba , un Mulubakat, se battait pour donner sens au rôle constitutionnel assigné au premier ministre, l’ancien premier ministre Sama jouait un rôle plutôt figuratif, il n’a jamais été réellement le chef du gouvernement. N’ayant jamais eu aucune majorité au parlement, monsieur Sama a laissé détruire la fonction du premier ministre, chef du gouvernement, en choisissant d’accumuler son argent de salaires plutôt que d’accumuler des progrès pour la nation. Madame Judith Tuluka Suminwa, la Première Ministre de la RDC nommée par le président Felix Tshisekedi pour son second mandat, a-t-elle vraiment le choix de fonctionner de façon à mettre ses talents de femme politique éduquée en œuvre pour (re) construire le Congo? Le doute est permis, mais aussi l’espoir parce que le pays semble avoir touché le fond de la piscine et a besoin d’un coup de pieds vers le fond pour remonter à la surface. Le mélange entre le doute et l’espoir habite la majorité des Congolais qui veulent avoir un gouvernement qui redistribuera équitablement les ressources nationales, un gouvernement qui pensera au panier de la ménagère pour lutter contre la malnutrition dans le pays, un gouvernement qui donnera aux gens la possibilité de vivre en paix à l’Est comme à l’Ouest, de ne plus mourir des maladies , jadis curables, et enfin d’envoyer leurs enfants dans des bonnes écoles. Je voudrais en profiter pour souligner un des fléaux qui gangrène et détruit les familles à Kinshasa. Les enterrements coutent extrêmement chers dans la ville de Kinshasa. Mourir à Kinshasa coute extrêmement cher aux familles car du prix de la conservation de corps à la morgue, aux bains de consolation, en passant par le prix du cercueil et du cimetière, vous atteignez facilement plus de 10.000$ US, une somme prohibitive pour près des 99% des familles congolaises. Madame la Première Ministre doit se libérer des pesanteurs d’une politique politicienne partisane pour regarder les Congolais en face. C’est là que le doute sur sa capacité de le faire envahi les Congolais. Nous lui demandons de sortir pour être le fer de lance du développement du Congo en cette jonction difficile de notre histoire. Traditionnellement, ce n’est pas le rôle assigné à la femme.
Dans la société traditionnelle, l’homme était le sujet de la lance et la femme était le sujet du panier. Pourquoi les premiers humains, des chasseurs-cueilleurs, ont -ils symbolisé l’homme par la lance et la femme par le panier?
La grossesse produit pendant huit, neuf ou dix mois une nécessité biologique affective d’une prise en charge de l’enfant qui est né, ceci produit une incapacité d’aller dans les grands mouvements extérieurs de violence de chasse et de danger. Pour les chasseurs-cueilleurs, il existait une division fonctionnelle, harmonique, et non-aliénatoire. Dans une immanence logique première, il y a eu une réciprocité des fonctions entre l’homme qui, avec la lance, produit des percussions de longues distances et de répercutions de violence sur l’objet de la chasse, nécessitaient un sortir et la femme qui, en protection du fœtus et dans la nécessité biologique de l’allaitement sur plusieurs années, produisait une nécessité de recueillir.
Les Congolais sont en difficultés parce qu’ils attendent de la femme qui a la fonction de cueillir, de recueillir de changer de rôle et de devenir le fer de lance pour le développement du le pays. Le panier symbolise l’allaitement, la tendresse de l’humanité primordiale. La lance est la masculinité, le courage d’affronter le danger de changement. L’enfant humain a besoin des deux représentants qui sont dans une complémentarité dialectique.
Sera-t-elle comme Sama ou comme Ilunkamba? Ni l’un , ni l’autre, et les deux à la fois. Comme panier , elle accueillera avec tendresse et douceur les attentes des congolais ; et il lui faut de la force égale à la répercution de la lance et le courage d’affronter le danger pour organiser le pays contre les charognards jouisseurs qui se battront becs et oncles pour garder le statu quo. Nous demandons une chose quasi impossible à notre Première Ministre : d’être à la fois une femme, le panier, et un homme, la lance. Si elle est Catholique, elle doit en avoir l’habitude car notre église demande à la femme d’être à la fois vierge et mère!
Nous parlons ici du Catholicisme institutionnalisé à partir de Constantin au IVème siècle. Mais, le Christ, en parole de radicalité, ne parle ni de l’homme ni de la femme , mais de l’être universel. Le Christ parle à des êtres humains en l’être de leur humanité. Les femmes étaient à ses côtés comme les hommes, abomination pour les juifs et pour les musulmans pour qui la femme est une périphérie. Le christ radical abolie les murs de séparation entre l’homme et la femme; il abolit la césure du Sanhedrin. Il s’adresse à l’assemblée des hommes et des femmes et les appelle tous à se retrouver en l’être de l’amour dans l’amour de l’être.
Bonne chance à madame Judith Tuluka Suminwa, la nouvelle lance et panier congolais, pour affronter les défis énormes qui l’attend dans un conditionnement politique déplorable!
