Sekimonyo, écrivain, théoricien, défenseur des droits de l’homme et économiste politique, passe en revue la situation actuelle de la RDC en démontrant que les congolais font face à deux défis majeurs pour combler le fossé social et économique. ‘‘Il s’agit des critères de sélection politique et la qualité des missions confiées. La Constitution, boussole morale de la nation, devrait guider le pays vers le progrès et la justice. Joseph Kabila a marqué par l’inefficacité et Félix Tshisekedi, loin de corriger la situation, semble l’aggraver’’, indique-t-il.
‘‘En République Démocratique du Congo, il est unanimement ressenti que la Constitution de 2006 doit être révisée pour répondre à l’impératif souvent évasif de modernisation sociale et économique. Pourtant, une paranoïa s’est développée parmi ceux qui perçoivent la politique comme un jeu d’apparences, nourrissant l’illusion d’opulence, plutôt que comme un levier capable de concrétiser une idéologie de gouvernance économique et sociale visant à améliorer véritablement la condition des citoyens’’, note l’écrivain.
‘’L’assaut des Tshisekedistes contre la résidence du sénateur à vie Joseph Kabila révèle une paranoïa grandissante face à la menace d’un retour potentiel au pouvoir de l’ancien Président. Pour les Kabilistes, cette agitation est un signe inquiétant, tandis que les Tshisekedistes, bercés par l’espoir de voir Félix Tshisekedi briguer un troisième mandat, croient voir là une opportunité en or, surtout si des ajustements constitutionnels leur permettent de prolonger leurs ambitions. Maintenant, Tshisekedi va plus loin en accusant Kabila de soutenir l’AFC-M23, l’accusant ainsi de haute trahison», déclare Sekimonyo.
Et d’enchaîner : ‘‘qu’il est également crucial d’éviter les ambitions aussi opportunistes que morbides, telles que celles de l’UDPS, qui envisageait de placer un membre de la famille Tshisekedi à la tête du Sénat en cas d’incapacité du Président. D’autres semblent également motivés par de telles aspirations sans avoir un contrat social et économique avec les électeurs primaires’’.
Quant aux Congolais, a-t-il déploré, ils sont fatigués de voir les mêmes visages se reproduire à chaque élection, ce qui alimente une frustration croissante. L’état actuel du pays semble être une tragédie absurde où les acteurs politiques, avec une désinvolture cynique, jouent leur rôle, laissant la majorité dans un profond désarroi.
Néanmoins, aussi ardu que cela puisse paraître, la bataille consiste à briser le cynisme congolais, à cet égard, à capter leurs émotions et motivations qui existent dans toute société. Pour cela, il est crucial de développer des arguments qui résonnent avec les réalités actuelles du pays et qui illustrent bien les maux et les injustices nationaux, a indiqué le professeur Sekimonyo.
Droits fondamentaux
‘‘Nous avons connu l’angoisse insupportable de la garde à vue, que ce soit pour nous-mêmes, nos proches ou des personnes relayées par les médias. Cette expérience écrasante d’impuissance face aux forces de l’ordre, civiles ou militaires, révèle l’unanimité de recours juridiques face à l’injustice flagrante. Pour mettre fin à cette dérive nous proposons : Article 6 : «… la garde à vue ne peut excéder quarante-heures, qu’elle soit opérée par la police ou les services de sécurité ». Passé ce délai, la personne doit être, soit libérée ou soit mise à la disposition de l’autorité judiciaire compétente.
En cas de non- respect de ce délai, la personne détenue ou sa famille a le droit de saisir la justice pour obtenir la condamnation de l’agent pour détention illégale et celle de l’Etat pour obtenir des dommages et intérêts.
De plus, a-t-il souligné, la liberté d’expression est le fondement incontestable de la démocratie. Hier, le journaliste Stanis Bujakera Tshimanga a été incarcéré pour avoir exercé son métier avec intégrité, et aujourd’hui, c’est au tour de Malafi Jlumire Niamba de souffrir de cette injustice. Pour mettre un terme à ce cycle répressif, il propose la révision de l’Article 7 stipulant : «… personne ne peut être poursuivi pénalement pour avoir critiqué une autorité publique, même de manière acerbe. Les membres de la presse et les artistes ne peuvent être poursuivis, recherchés, arrêtés ou détenus en raison des opinions exprimés dans l’exercice de leurs fonctions. Ils ne peuvent être jugés par leurs pairs que pour des faits commis dans l’exercice de leur profession, et les sanctions doivent être uniquement administratives et individuelles. »
Les Congolais commémorent des millions de victimes du ‘’Génocost’’, un crime atroce perpétré par les pays voisins pour des gains économiques. Cependant, souligne-t-il, la justice et les réparations restent illusoires. Le procès symbolique de Corneille Nanga à Kinshasa demeure une exception insuffisante pour dissuader les futures atrocités. Ainsi, les groupes armés continuent d’exploiter l’argument tribal pour justifier l’impunité des meurtres de Congolais. Voire l’article 4, 13 de la Constitution.
Michel Okaso
