Du 21 au 22 mai 2025, la capitale de la République Démocratique du Congo a été le théâtre d’un événement environnemental important : l’atelier régional d’information et d’appropriation de l’initiative ‘’Tropical Forest Forever Facility’’ (TFFF), ou Facilité pour les Forêts Tropicales Permanentes. Plus qu’un simple acronyme, le TFFF incarne une promesse, celle de valoriser durablement les poumons verts de la planète et d’en faire un véritable moteur de développement pour les communautés qui en dépendent.
Au cœur de cette démarche, un constat implacable, les forêts du Bassin du Congo, ce trésor écologique s’étendant sur 530 millions d’hectares, représentant 70% du couvert forestier africain et 91% des forêts denses humides du continent demeurent tragiquement sous-financées. Bien qu’elles jouent un rôle irremplaçable dans l’atténuation des émissions mondiales, se dressant comme le deuxième poumon écologique de la planète après l’Amazonie, elles restent l’enfant pauvre de la finance climatique. C’est pour briser ce paradoxe que le Brésil, rejoint par onze nations dont la RDC, a lancé cette initiative audacieuse. L’objectif et de forger un mécanisme financier climatique enfin adapté aux réalités et aux défis spécifiques des pays du Bassin du Congo.
L’ouverture de ces assises régionales a été marquée par l’intervention de la Ministre d’Etat, Ministre de l’Environnement et Développement Durable, Eve Bazaïba Masudi. Avec une conviction palpable, elle a lancé un appel vibrant : ‘’Il faut une action collective forte pour faire du TFFF un levier de développement durable’’. Ses mots ont résonné avec une urgence particulière alors qu’elle rappelait le rôle vital du Bassin du Congo, ce poumon le plus intact de la planète, dans la régulation du climat mondial. Un appel à la responsabilité partagée, à la solidarité internationale, mais surtout à l’action concrète.
Le Brésil, par la voix de son ambassadeur en RDC, Mr Roberto Parente, a immédiatement emboîté le pas, réaffirmant l’engagement indéfectible de son pays. Fort de son expérience avec le mécanisme REDD+, le Brésil met en avant les deux piliers du TFFF : une capitalisation mixte, alliant fonds publics et privés, et un financement basé sur des résultats tangibles. L’ambassadeur n’a pas manqué de saluer la RDC comme un partenaire-clé dans cette dynamique Sud-Sud, une alliance prometteuse pour l’avenir des forêts tropicales.
Les partenaires techniques et financiers, notamment le PNUD aux côtés du WWF, ont également souligné l’importance cruciale d’une coordination régionale sans faille. Mme Rokya Yé Dieng, représentant le PNUD, a insisté sur la nécessité d’un alignement stratégique entre le TFFF et les autres mécanismes de financement existants, afin d’éviter la dispersion des efforts et de maximiser l’impact. Elle a également mis en exergue l’aspect novateur des ‘’Foundations de testeurs’’ proposées par le Brésil, une approche qui pourrait révolutionner la manière dont les projets de conservation sont évalués et financés.
Durant ces deux jours, les travaux de l’atelier se sont attardés sur l’harmonisation des positions des pays de la région, à mobiliser toutes les parties prenantes, des gouvernements aux communautés locales, en passant par le secteur privé et la Société civile et à bâtir un socle commun solide. L’enjeu est de préparer un engagement fort et unifié en vue de la COP30. Il s’agit de faire reconnaître pleinement la valeur inestimable des forêts tropicales, non seulement pour leur capacité à séquestrer le carbone, mais aussi pour leurs fonctions écologiques uniques, leur biodiversité foisonnante et leur rôle essentiel dans la subsistance de millions de personnes.
En accueillant cet atelier, Kinshasa se positionne comme le porte-voix du Sud global en matière de gouvernance forestière. En catalysant les contributions techniques, politiques et financières autour du TFFF, la RDC et ses partenaires envoient un message clair au monde : ‘’la protection des forêts ne peut plus dépendre d’initiatives fragmentées et souvent insuffisantes. Elle exige un pacte mondial juste, équitable et durable’’.
Ces assises régionales sont l’aboutissement de trois journées intenses d’information et d’appropriation du mécanisme TFFF au niveau national en RDC, témoignant d’une volonté profonde de s’emparer de cet outil.
A six mois de la COP30, tous les regards se tournent vers le Bassin du Congo. Fort de cette nouvelle dynamique et d’une volonté politique affirmée, il est prêt à faire entendre sa voix, une voix légitime, forte et désormais incontournable sur la scène climatique internationale.
Nathan Mundele
