Les défis des éditeurs discographiques et scénographiques en République démocratique du Congo (RDC) à l’ère du numérique dans l’industrie musicale ont été abordés dimanche lors d’un débat en visio-conférence entre artistes, opérateurs culturels et chroniqueurs congolais des musiques.
«La diffusion et distribution numérique des œuvres musicales a profondément transformé le métier de l’éditeur dans le monde. Il est important de réfléchir et voir comment on peut sauver le domaine d’édition discographique et scénographique qui risque de disparaître en RDC, si les acteurs du secteur ne parviennent pas à s’y adapter face à l’émergence numérique et économique de l’heure dans l’industrie musicale », a déclaré Didi Kembwarss, opérateur culturel congolais évoluant en France.
«On doit se poser la question de savoir s’il existe encore des éditeurs de musique en RDC ? Est-ce que la multiplication des autoproductions par les artistes eux-mêmes n’est pas en train de tuer, ou n’a-t-elle pas déjà tué le métier d’éditeur en RDC?», s’est-il interrogé avant de proposer des pistes de solution.
Pour l’opérateur culturel, les enjeux numériques actuels ont poussé certains artistes musiciens à créer chacun une chaîne ‘‘Youtube’’ privée pour éditer et diffuser ses œuvres (chansons, clips vidéos, spectacles scéniques…) et pour contrôler personnellement leur vente (rentabilité en termes de vues).
« Malheureusement, ils se précipitent sans pourtant savoir certaines exigences professionnelles requises (administrative et juridique). Beaucoup d’artistes congolais ne savent pas rédiger de contrat d’exposition, ni protéger une œuvre scénographique complexe, ni gérer les litiges ou négocier des droits secondaires. Or, c’est souvent à ce niveau qu’intervient la mission de l’éditeur», a-t-il constaté.
Et d’expliquer : «Nos artistes ignorent le rôle d’un éditeur. L’éditeur a pour mission d’assurer la protection juridique de l’œuvre (copyright, dépôt, contrats), la valorisation nationale et internationale et la gestion des droits secondaires (exposition, merchandising, adaptations…). Il peut aussi aider à l’encadrement administratif (contrats, cessions, licences…)».
Des recommandations comme pistes de solution !
Par ailleurs, l’opérateur culturel a recommandé aux éditeurs congolais de réapprendre et réadapter le métier en tenant compte du contexte numérique.
«Nos éditeurs doivent se mettre ensemble et travailler en réseautage ; s’inscrire dans des bases de données internationales et participer dans des festivals, foires et autres rencontres mondiales des musiques», a-t il insisté.
« Ils doivent jouer un rôle actif dans la visibilité internationale des œuvres et développer des partenariats avec des maisons d’édition européennes, africaines ou américaines, canadiennes…», a-t-il ajouté.
Didi Kembwarss les a aussi appelés à développer des nouvelles stratégies avec des arguments probants pour convaincre l’artiste qui veut lui confier son œuvre.
« Les éditeurs congolais doivent développer des stratégies concrètes, crédibles et orientées vers la valeur ajoutée afin de séduire les artistes et les inciter à confier l’édition de leurs œuvres phonographiques et scénographiques», a-t-il soutenu.
Il est rationnel que les éditeurs ne se limitent pas à dire mais ils doivent aussi démontrer aux artistes ce qu’ils gagnent en lui cédant son œuvre. « Confiez-nous vos photos, nous les protégeons, les diffusons en Europe ou ailleurs, et vous percevez des revenus à chaque usage. Avec nous, ton travail ne dort pas à Kinshasa ; il voyage. L’artiste doit voir que l’éditeur lui apporte de la compétence », a préconisé Didi Kembwarss.
Il faut bannir les pratiques anciennes !
Toutefois l’opérateur culturel congolais à appeler les gestionnaires de maison d’édition des musiques à Kinshasa de bannir certaines pratiques archaïques qui ont fait que les éditeurs soient plus riche que les artistes.
«Verkys Kiamuangana était le dernier grand éditeur dans e la RDC, détenant quasiment le monopole et écrasant toute concurrence grâce à ces structures établies. Cet état de fait n’a pas causé de tort à l’édition en RDC? Est-ce que les règles ont été respectées comme il se doit? L’artiste avait son mot à dire? Il est temps de changer les choses. Un éditeur doit être un partenaire structurant, pas un simple exploitant », a-t-il recommandé.
Cette réflexion constitue une interpellation pour la corporation des producteurs et éditeurs des musiques (Copedim) en RDC dont la majorité de membres gèrent leurs catalogues.
« Pour l’instant, ils n’ont pas pu transiter vers le numérique. Sony Music avait acheté le catalogue de Michael Jackson si je ne me trompe, ça continue à générer des revenus. C’est à nous de voir comment aider nos éditeurs à se mettre à jour à l’ère du numérique », a conclu Herman Mbangi, chroniqueur des musiques.
J.Diala
