L’Association des Universités et Instituts Supérieurs Catholiques au Congo (ASUNICACO) que dirige le Professeur Abbé Léonard Santedi, a organisé, du jeudi 02 au samedi 04 mai 2024, un colloque placé sous le signe de « Enseignement supérieur catholique au service du développement humain intégral » dans le but de dégager des pistes susceptibles d’aider les établissements d’enseignement supérieur catholique à être des laboratoires d’humanisation où foi et raison s’embrasse. Cette activité a connu la participation des représentants du ministre de l’ESU, de l’UNESCO, de Son Éminence José Cardinal Tolentino, Préfet du Dicastère pour la Culture et l’Éducation ainsi que quelques sommités ecclésiastiques en l’occurrence Mgr Yevchuk, chargé d’Affaires de la Nonciature en RDC, le Cardinal Fridolin Ambongo, Marcel Utembi et Fulgence Muteba, respectivement Archevêque de Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi.
Ouverture du colloque
Lors de l’ouverture de ces assises de trois jours, Mgr Carlos Ndaka, Évêque Auxiliaire de l’Archidiocèse de Kinshasa a eu le privilège de présider une célébration eucharistique où dans son homélie inspirée de l’Évangile selon Jean au 10ème chapitre, du 11e au 17e verset, il a orienté sa méditation sur trois axes fondamentaux, à savoir : (i) l’université comme lieu pastoral, (ii) l’université au service de l’homme et intégral, et (iii) l’éducation comme œuvre d’amour.
Après cette célébration, s’en est suivi le mot d’ouverture prononcée par Mgr Marcel Utembi, Archevêque de Lubumbashi, les adresses de diverses autorités ecclésiales, politico-académiques, au cours desquels les uns et les autres ont reconnu la pertinence du thème choisi par l’ASUNICACO, surtout en ce temps où notre maison commune brûle et tant d’autres personnes souffrent. Face à l’urgence de renforcer l’identité des universités et instituts supérieurs catholiques dans une perspective solidaire pour le développement de l’Afrique et la RDC, chacune de ces autorités ont invité audacieusement les établissements catholiques à s’inscrire dans une logique solidaire et commune avec un esprit de savoir-savoir, savoir-être, savoir-vivre et savoir-faire. C’est seulement à ce prix, que l’université sera au service du développement de l’humanité et de l’intégralité.
Au terme de ce chapitre, le Professeur Isidore Ndaywel a animé la conférence inaugurale sous la thématique de l’«enseignement catholique et ses enjeux hier, aujourd’hui et demain ». Au cours de son allocution, cet éminent Professeur a fait un rappel du rôle des universités et a, en même temps, lancé une invitation aux universités catholiques à s’ouvrir davantage aux sciences profanes tels que les mathématiques.
Ateliers organisés sous trois axes
Dans une méthodologie purement et simplement participative, les différentes activités scientifiques ont été organisées sous trois axes majeurs, à savoir : (i) Identité et mission des universités et instituts supérieurs catholiques ; (ii) Organisation, viabilité et politique de recherche des universités catholiques ; (iii) Enseignement catholique et défis environnementaux, technologiques et éthiques et (iv) Enseignement catholique, recherche et service à la communauté.
À travers les différentes conférences prononcées dans l’axe relatif à l’identité et mission des universités et instituts supérieurs catholiques, les conférenciers ont réfléchi sur le rôle des établissements d’enseignement supérieur catholique dans la société. Au regard des embouteillages de culture et de savoir de notre heure, ces derniers ont estimé que la refondation des objectifs des universités est impératif car l’éducation, selon eux, est l’une des stratégies pour bâtir le travail en synergie, une communauté où il y a la cohérence entre la foi confessée et la vie concrète. Il s’agit de considérer les universités et instituts supérieurs catholiques comme des véritables foyers à la fois de transmission de connaissances et de la production du savoir-vivre et être.
Dans l’axe de l’Organisation, viabilité et politique de recherche des universités catholiques, Il s’est dégagé, à travers une conférence axée sur « l’enseignement supérieur catholique face aux enjeux environnementaux » animée par Mgr Fulgence Muteba, Archevêque de Lubumbashi, que la crise écologique que traverse notre monde actuel constitue un défi à plusieurs visages pour l’homme. Lutter contre ce défi est aussi une responsabilité ecclésiale de la part des universités et instituts supérieurs catholiques en s’inspirant de la doctrine sociale de l’église en rapport avec cette problématique.
Selon l’Archevêque de Lubumbashi, les établissements d’enseignement supérieur catholique doivent être des laboratoires pointus sur la question de l’écologie. Poursuivant son propos, Mgr Fulgence Muteba a indiqué que les universités et instituts supérieurs catholiques doivent former et sensibiliser en mettant en place des initiatives écologiques en termes de projets concrets. « On doit donc arriver à la construction des Universités vertes. La politique environnementale doit revendiquer la justice écologique en faisant payer ceux qui polluent plus, présenter les dossiers, passer sur des faits concrets de déclaration de l’écologie afin de purifier les enjeux qui entourent nos richesses du sol et du sous-sol. Il s’avère nécessaire d’anticiper la future guerre qui sera celle de l’eau. » a-t-il martelé.
Concluant ses propos, le Prélat catholique a invité les universités à écouter l’interpellation populaire. Car, dit-il, Il ne s’agit pas seulement d’éduquer, d’instruire mais aussi et surtout d’agir sur les consciences de jeunes, des étudiants. Pour ce faire, les Universités et Instituts Supérieurs Catholiques doivent épuiser les valeurs à partir de leurs devises respectives qui sont de véritables idéaux et programmes de vie. Il est évident que ces établissements disposent des atouts nécessaires pour assurer une formation de qualité car leur première mission est avant tout le développement de l’intelligence qui est une faculté ultime que Dieu a doté à l’homme.
Par ailleurs, au chapitre de l’enseignement catholique et défis environnementaux, les deux premières conférences de cet axe se sont enracinées sur la logique du thème. Les conférenciers ont insisté sur le rôle des Technologies de l’information et de la Communication (TIC) dans la modernisation et le développement des universités et instituts supérieurs catholiques où ils ont souligné que le monde évolue et le système éducatif ne doit pas rester en marge de cette évolution. Et donc on ne peut se passer aujourd’hui de ces technologies de pointe dans l’enseignement et dans la recherche car ils permettent l’accès à l’information, aux sources éducatives et au partage de la connaissance.
Déplorant la crise dans le domaine de l’enseignement, cet axe a épinglé les maux qui gangrènent l’enseignement tels que l’insuffisance des ressources financières qui a notamment comme conséquence l’insuffisance des infrastructures, le manque de matériels techniques, la baisse du niveau d’enseignement, l’obsession de diplômes qui produit davantage les diplômés analphabètes et sans compétences.
Au dernier chapitre relatif de l’enseignement catholique, recherche et service à la communauté, cet axe a fait à un état de lieux du système éducatif congolais et africain, et une réflexion pour une sortie de crise.
Intervenant sous la thématique de « l’échec de la pédagogie formative de l’étudiant en RD Congo), le Professeur Jean-Paul Yawidi a fait remarquer que le système éducatif congolais est défectueux, vicieux moralement et médiocre scientifiquement et étranger aux réalités congolaises. D’après lui, c’est un système qui forme de candidat étroitement lié à l’argent et non aux valeurs. Pour pallier ce problème, il a appelé à la fermeture de l’école pendant quatre afin de refonder ce système. Cependant, cette mesure n’est pas la solution définitive.
Envisagent de voies de sortie, le Professeur Yawidi a estimé qu’il faut se réapproprier de l’école en la réinventant conformément aux réalités congolaises et aux personnes de son développement en rompant avec le système éducatif actuel centré sur l’obtention de diplômes. Concrètement, il a souhaité que le Congo crée son école propre à sa culture, son histoire sans jeter dans les oubliettes cet héritage, disparu suite au refus des Universités congolaises à valoriser leur culture et à travailler pour le progrès du peuple.
Face à cet ensemble de choses, ce chapitre a évoqué la nécessité de former un nouveau type d’homme. Pour y parvenir, cet axe a épinglé deux préalables : la quête de l’excellence et que les organisateurs de l’enseignement déconstruisent le double mythe de l’université comme solution pour tout le monde et comme destinée à tout le monde. Ces préalables trouveront leurs matérialisation à travers 5 axes que l’université est appelée à emprunter : (i) suivre une approche personnaliste ; (ii) faire découvrir la riche de nos traditions ; (iii) revaloriser nos langues ; (iv) mener un plaidoyer pour la mise en place de politiques publiques de l’éducation nationale ; (v) monter de mécanismes de lutte contre la corruption.
Cérémonie de clôture
La cérémonie de clôture a été marquée par la lecture du rapport du colloque, le mot de remerciement du Professeur Léonard Santedi, Recteur de l’UCC et Président de l’ASUNICACO, ainsi que celui de Mgr Donatien Nshole, en représentation de Mgr Fulgence Muteba.
Par ailleurs, il sied de rappeler que ce colloque est le résultat de deux constants forts : le souci de créer un cadre de réflexion scientifique autour du thème général de ces assises par la volonté d’améliorer la gouvernance universitaire et de renfoncer le rayonnement d’un enseignement de qualité tant dans les établissements publics que privés comme le requiert dans le plan stratégique 2022-2026 de l’ESU, mais aussi le souci de promouvoir en milieu universitaire des valeurs de respect de la dignité humaine, d’assiduité au travail, de conscience professionnelle, de discipline, de rigueur, de transparence, d’équité et d’honnêteté.
Enock Mwaka
