(Par Dr David Menge, Conseiller municipal honoraire d’Ivry-sur-Seine/France)
Le matin du mercredi 12 mars 2025, nous, Congolais de la diaspora, avons été profondément choqués par une nouvelle relayée par le journal « La Prospérité » ainsi que par d’autres médias internationaux, tels que « Le Monde » en France. Cette nouvelle concernait les discussions de paix entre les rebelles du M23/AFC, soutenus par le Rwanda, et le gouvernement congolais, sous l’égide du président angolais. Selon les autorités de Luanda, ces discussions débuteront à partir du 18 mars 2025. Elles s’inscrivent dans le cadre du processus de Nairobi, maintenant fusionné avec celui de Luanda, et soulèvent de nombreuses questions quant à leur véritable objectif.
Depuis la Conférence Nationale Souveraine, de nombreux dialogues ont été initiés entre les parties prenantes congolaises, mais aucun n’a réussi à instaurer une paix durable. Cela s’explique par le fait que les problèmes fondamentaux n’ont jamais été clairement identifiés ni abordés. Par conséquent, il serait illusoire aujourd’hui de penser qu’un simple dialogue avec le M23/AFC suffirait à établir une paix durable en République Démocratique du Congo.
Dans l’ensemble, la majorité des Congolais rejette cette idée, particulièrement après les tragédies de Goma et Bukavu, plus récemment. D’un côté, le dialogue peut être un moyen efficace de trouver des solutions pacifiques et de mettre fin aux violences, à condition que les problèmes soient correctement identifiés et traités.
Cependant, d’un autre côté, les événements tragiques ajoutent une tension considérable à la situation et compliquent les négociations, surtout si celles-ci se limitent à un partage de pouvoir permettant aux rebelles pro-rwandais du M23/AFC, d’occuper des postes stratégiques dans l’armée, le gouvernement et l’administration. Il est donc fondamental d’impliquer des experts pour identifier les problèmes qui fragilisent le pays, ainsi que ceux causés par les interventions du Rwanda et de l’Ouganda.
Une fois ces problèmes identifiés, il est crucial d’analyser les causes profondes, de choisir des solutions appropriées, de les mettre en œuvre et d’évaluer leur efficacité. Cette approche méthodique est essentielle pour préparer une paix durable en RDC et dans toute la région des Grands Lacs.
Par ailleurs, la communauté internationale doit être sensible aux souffrances des victimes et éviter de forcer Kinshasa à accepter un dialogue sans fondement solide. Il est impératif d’identifier les problèmes et d’analyser les causes en profondeur. Si un dialogue doit avoir lieu, il doit être durable et inclusif, et les rebelles du M23/AFC doivent présenter des excuses à la nation pour les exactions commises. Il est également fondamental d’envisager l’indemnisation des victimes de guerre dans les résolutions du dialogue, voire la création d’une commission vérité et réconciliation. Telles sont les pistes à explorer pour un dialogue qui tienne compte des exactions du M23/AFC dans le Nord et le Sud Kivu.
Aujourd’hui, les Congolais de la diaspora se demandent si le Congo a réellement des alliés fiables. Bien que la Belgique ait exprimé son soutien, les Congolais restent sceptiques en raison des intérêts économiques et stratégiques en jeu. La déclaration de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC) de retirer ses militaires de l’Est du Congo, à la demande du président rwandais, montre que le Congo doit envisager de se défendre seul.
Une réévaluation de la pertinence de l’adhésion du Congo à la SADC et plus particulièrement à celle de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) s’avère donc indispensable et vitale pour la stabilité et la souveraineté de la RDC. Dans un monde où les alliances sont fragiles et où les intérêts priment souvent sur la solidarité, les autorités congolaises doivent impérativement renforcer l’armée pour assurer le respect et la sécurité dans la région, en tenant compte des neuf frontières à défendre.
Il est également essentiel d’investir massivement dans la recherche scientifique pour développer des moyens de dissuasion efficaces et assurer la protection durable du pays. Pour le reste, le dialogue avec le M23/AFC, bien qu’il puisse sembler être une voie vers la paix, ne doit pas être abordé sans une compréhension approfondie des dynamiques complexes qui sous-tendent le conflit en République Démocratique du Congo.
Les tragédies de l’Est ont laissé des cicatrices profondes, et tout processus de paix doit impérativement inclure la reconnaissance des souffrances endurées par la population. La RDC, par respect pour sa culture bantoue, doit faire le deuil et pleurer ses morts innocents pour enfin connaître une paix intérieure nécessaire au lancement du processus de reconstruction de la cohésion nationale.
Avec toutes ces guerres qui lui sont imposées à l’Est depuis maintenant trois décennies, les victimes congolaises équivalent à la somme des populations du Congo-Brazzaville, de la Guinée Equatoriale, de la République centrafricaine et du Gabon réunies, soit plus de 10 millions de morts. Pour que le dialogue soit véritablement constructif et mette fin une bonne fois pour toutes à cette souffrance, il est essentiel d’adopter une approche inclusive et méthodique, qui s’attaque aux causes profondes du conflit et assure la justice pour les victimes.
En outre, la RDC doit également repenser ses alliances internationales, en évaluant soigneusement ses partenariats régionaux et en renforçant ses capacités de défense nationale. Investir dans une armée robuste et dans la recherche scientifique pour développer des technologies de dissuasion peut offrir une sécurité durable et préserver la souveraineté du pays.
En fin de compte, la paix ne pourra être durable qu’à travers un engagement sincère et collectif de toutes les parties prenantes y compris et surtout de la société civile, tant au niveau national qu’international, pour construire un avenir où les intérêts de la population congolaise sont véritablement au cœur des préoccupations de tous.
