Les rebelles du M23 soutenus par l’armée rwandaise continuent leur progression dans le Sud-Kivu, se rapprochant par la même occasion de la frontière burundaise, où les troupes envoyées par Évariste Ndayishimiye se sont progressivement repliées.
Après la chute de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, fin janvier, et la prise de Bukavu le 16 février, la prochaine destination du M23, épaulé par l’armée rwandaise, semble toute trouvée. Située au bord du lac Tanganyika, la ville d’Uvira apparaît comme la prochaine cible majeure des rebelles qui poursuivent leur inexorable descente dans l’est de la RDC.
Le 18 février, les rebelles avaient déjà atteint la localité de Kamanyola, à environ 70 km d’Uvira, où les lignes de défense de l’armée congolaise se sont repliées après les derniers revers encaissés au Sud-Kivu. Ces derniers jours, la ville s’est progressivement vidée de ses habitants. Des affrontements entre militaires congolais et miliciens wazalendos ont également eu lieu à Uvira.
Plusieurs sources locales confirment que des groupes wazalendos ont renforcé leur présence dans la ville d’Uvira et ses alentours, et que la tension reste forte. La progression du M23 dans cette zone frontalière du Burundi fait aussi craindre depuis plusieurs jours une régionalisation accrue du conflit.
Moins de trente kilomètres séparent Uvira, dans le Sud-Kivu, de l’ancienne capitale burundaise et première ville du pays, Bujumbura. Dès le 1er février, le président Evariste Ndayishimiye a lui-même évoqué ce risque. Tout en alertant sur l’avancée des troupes rwandaises qui soutiennent les rebelles, il avait affirmé que son pays ne se « laisserait pas faire ».
“Impératif de sécurité nationale”
Ces deux dernières années, le Burundi s’est affirmé comme le principal soutien de la RDC dans la sous-région. Environ 10 000 soldats burundais ont été progressivement déployés pour combattre aux côtés de l’armée congolaise depuis la résurgence du M23, en novembre 2021. Cet engagement a suscité la colère de Kigali avec qui les autorités burundaises entretiennent des relations compliquées depuis plusieurs années.
Le Burundi a d’ailleurs fermé, en janvier 2024, sa frontière avec le Rwanda « pour des impératifs de sécurité nationale ». Gitega accuse Kigali de soutenir des mouvements armés qui lui sont hostiles, comme le Red-Tabara, présent dans le Sud-Kivu. Quant à Paul Kagame, il reproche à son voisin de combattre aux côtés de l’armée congolaise et des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Les récentes avancées du M23 ont compliqué un peu plus la donne et suscité des interrogations sur l’avenir du déploiement burundais en RDC. Selon plusieurs sources diplomatiques et sécuritaires, les troupes d’Évariste Ndayishimiye ont notamment encaissé d’importants revers militaires en amont de la chute de Minova – cité stratégique dont le M23 a pris le contrôle le 21 janvier, avant d’effectuer son offensive sur Goma.
Les lignes de défense burundaise ont néanmoins été renforcées après la chute de la capitale provinciale du Nord-Kivu, à commencer par la zone située entre Bukavu et Nyabibwe (Sud-Kivu).
Les troupes burundaises sur le départ ?
Mais les prises successives de l’aéroport de Kavumu, dernier point de ravitaillement dans la zone, et l’entrée, presque sans rencontrer aucune résistance, des rebelles dans la ville de Bukavu a confirmé les doutes sur la capacité de riposte de l’armée congolaise. Mais aussi sur celle de ses alliés, dont les Burundais, qui se sont alors repliés vers la plaine de la Ruzizi. « Les FNDB [l’armée burundaise] ne restent jamais si l’armée congolaise se replie », confirme une source sécuritaire en lien avec la présidence congolaise.
Le 18 février, Reuters a même annoncé le départ d’une partie des troupes burundaises après la chute de Bukavu. « Un certain nombre de camions remplis de militaires sont arrivés dans le pays depuis [le 17 février] », déclare un officier burundais cité par l’agence de presse. L’information, également confirmée à Jeune Afrique par une source diplomatique dans la région, a été démentie par Gitega le lendemain. « Les militaires déployés en RDC continuent à exécuter leurs missions dans leurs secteurs de responsabilité », a affirmé le porte-parole de l’armée burundaise, le général de brigade Gaspard Baratuza.
« Il n’y a pas vraiment de retrait », précise une source au sein de gouvernement burundais, joint par Jeune Afrique. Cette dernière précise toutefois que les troupes burundaises sont désormais « plus concentrées près des frontières communes ». S’il demeure difficile de déterminer l’état des forces encore présentes en RDC, ces propos suggèrent, a minima, que l’armée burundaise n’adopte aujourd’hui plus qu’une position défensive de son propre territoire.
Plan de paix
Tandis que l’escalade militaire s’intensifie, l’impasse diplomatique, elle, se poursuit. Le 14 février, au moment même où l’aéroport de Kavumu tombait entre les mains du M23, Évariste Ndayishimiye multipliait les entretiens bilatéraux avec ses homologues en marge du sommet de l’Union africaine. Le président burundais a également échangé avec António Guterres, secrétaire général des Nations unies.
Auprès de ses interlocuteurs, le chef d’État burundais a présenté un plan de paix pour une résolution « pacifique » du conflit. Il y recommande notamment le retrait des troupes rwandaises, le « démantèlement » par la communauté internationale de « toutes les forces négatives en RDC, dont les FDLR », et le retour du M23 dans le processus de Nairobi. Ces mesures, déjà évoquées dans le cadre d’autres processus de médiation, n’ont jamais été mises en application.
Le sommet de l’Union africaine a de nouveau été le théâtre de discussions houleuses sur ce conflit. « L’inertie de la communauté internationale nourrit les possibilités d’une guerre régionale et l’appétit du Rwanda à conquérir d’autres territoires de la RDC, pays souverain », dénonçait sur place une source diplomatique burundaise. L’absence de mention du soutien rwandais au M23 par le Conseil de Paix et Sécurité de l’Union africaine a notamment suscité la colère de la délégation congolaise, menée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Du côté de Kigali, les conclusions de cette réunion ont été accueillies avec satisfaction.
À Addis-Abeba, la représentation burundaise affirme toutefois s’être entretenue avec des « pays alliés du Rwanda », sans pour autant ouvrir de canaux de communication directs. « Nous pensons que le Rwanda va être raisonnable et qu’il ne va pas entrer en guerre avec le Burundi », affirme une source au sein de cette délégation.
Tiré de Jeune-Afrique
