(Par le Prof. Patience Kabamba)
La surprise était générale et heureuse lorsque les Sénégalais sont sortis en masse ce 24 mars 2024 pour porter au pouvoir Bassirou Diomaye Faye, le bras droit de Ousman Sonko, à la présidence de la République. À 44 ans, Diomaye Faye est le plus jeune président de la république du Sénégal, pays des élites franco-africaines, Senghor, Diouf, Wade et Macky Sall. Les deux leaders du Parti des patriotes africains du Sénégal, le PASTEF, croupissaient en prison il y a encore quelques mois. C’est au bout de 18 mois de prison que les deux amis sont sortis pour participer à l’élection présidentielle qui a donné au candidat du PASTEF 50 % des voix dès le premier tour. Les jeunes Sénégalais ont choisi de changer le cap quant à leurs relations quasi centenaires avec le pouvoir colonial français, emboitant ainsi le pas aux trois pays sahéliens qui ont coupé le cordon ombilical avec la mère patrie. Il s’agit du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Les élections sénégalaises donnent quelques espoirs à la marche africaine vers la libération du peuple. La première surprise vient du fait que l’ancien président sénégalais Macky Sall, qui avait voulu écarter son opposant principal, M. Ousmane Sonko et son adjoint Bassirou Diomaye Faye de la course à la présidence, s’est rencontré avec les mêmes pour les remplacer. De la prison Bassirou, Diomaye Faye et Ousname Sonko sont devenus respectivement Président de la république sénégalaise et Premier Ministre. Nous avons encore le souvenir de Nelson Mandela qui présida à la destinée de l’Afrique du Sud après avoir passé près de 27 ans en prison. La situation de prisonnier devenu président de la République ne s’arrêtera sans doute pas au président sénégalais. Le futur nous réserve aussi des surprises. En Amérique le futur rival du président Biden est sous le coup de plusieurs accusations en justice.
Au Sénégal, une chose extraordinaire s’est produite. L’ancien prisonnier du PASTEF, élu au suffrage universel à la magistrature suprême, c’est à dire Bassirou Diomaye Faye, accompagné de monsieur Ousmane Sonko, iront voir le président Macky Sall pour lui assurer une sortie honorable malgré le fait qu’il les avaient emprisonnés injustement. L’ancien président a donc bénéficié de la grâce orale de ses anciens prisonniers. Il a donc quitté le pays sans grand problème mis à part quelques huées des badauds. Le problème est que beaucoup de gens avaient aidé Macky Sall à faire emprisonner ses opposants en commençant par les juges inféodés au pouvoir politique et des policiers zélés qui ont arrêté et brutalisé les opposants. Macky Sall est parti en laissant derrière lui les policiers zélés et les juges et magistrats corrompus qui avaient acceptés de faire la salle besogne de mettre en prison des opposants. Ces juges, magistrats et policiers vont a présent confronter leurs anciens prisonniers devenus en attendant président et premier ministre. En bénéficiant de la clémence du nouveau président et de son premier ministre, l’ancien président Macky Sall a évité tout acte de vengeance contre lui, cependant les exécutants de ses décisions injustes sont encore au Sénégal et à leurs différents postes. Cette situation donne une bonne leçons à tous les exécutants des décisions injustes des chefs d’exécutifs ou des présidents de la république. A la fin de compte, celui qu’ils ont servi avec zèle va les abandonner entre les mains de ceux qu’ils avaient maltraités.
Le second élément que l’élection de Bassirou Diomaye Faye nous apprend est que les jeunes ne sont pas toujours des larbins des politiciens véreux comme nous le remarquons en République Démocratique du Congo. Les jeunes sénégalais du PASTEF ont articulé un programme de développement qui a attiré la population sénégalaise, et elle est sortie en masse pour choisir son président. La jeunesse sénégalaise a infligé une leçon de patriotisme à toute l’Afrique. Des jeunes gens sont capables de penser à une alternative viable sans être des larbins des politiciens qui détruisent leurs vies. En République Démocratique du Congo, la grande majorité des jeunes congolais sont devenus des applaudisseurs des politiciens pour des miettes qui leur sont distribués à la fin de chaque réunion. La jeunesse pensante congolaise est restée plutôt inaudible. Il existe au Congo-Kinshasa des Ousmane Sonko, des Bassirou Diomaye Faye, bref, des jeunes capables de transformer ce pays en un havre de paix et de prospérité, mais la différence avec les jeunes sénégalais est que la jeunesse congolaise consciente est sous la domination de la logique ethniciste. J’ai entendu des jeunes défendre des politiques du gouvernement destructives pour les populations simplement parce qu’ils sont de la même province que les dirigeants du pays. Au Sénégal, nous n’avons pas entendu des discussions sur les origines ethniques de Bassirou Diomaye Faye. Nous n’avons pas entendu des débats sur les origines d’Ousmane Sonko. Les débats ont eu lieu sur les projets de société plus souverains dont ils étaient porteurs.
L’Afrique de l’Ouest semble être en avance sur le Congo pour un certain nombre des faits de gouvernance. Que ça soit au Mali, au Niger ou au Burkina Faso, l’éveil politique est incomparable avec la torpeur que nous voyons au Congo. Pourquoi? L’ancien Premier Ministre togolais qui était envoyé à Kinshasa par l’Union Africaine pour servir de médiateur du dialogue inter congolais, Edem Kodjo, a expliqué cette différence entre les politiciens ouest Africains et les politiciens Congolais en mettant en avance le fait qu’au Congo les détournements des deniers publics se comptent en des centaines des millions de dollars alors qu’en Afrique de l’Ouest les plafonds sont dans les centaines des dollars. Les enjeux financiers au Congo sont tels que la population est dominé par ceux qui tirent de l’argent du trésor public. Un exemple : les députés nationaux sénégalais perçoivent comme émoluments l’équivalent de 700.000 FCFA, c’est-à-dire 1.200 $ alors que les députés nationaux Congolais qui recevaient déjà 21.000$ le mois ont augmenté leurs émoluments pour l’année financière 2024 à 33.000$ par mois. Les attitudes induites par ces salaires sont à la base de la différence de réactions entre les congolais et leurs amis Ouest Africains de même âge et assumant des fonctions semblables. Le Sénégal vient de nous donner une leçon sur le peuple d’abord alors que nous en avons fait un slogan pour ne pas l’appliquer.
