(Didi KEMBOLA, expert culturel et membre de Sacem en France)
La création d’un nouvel organisme public pour assurer et réglementer la gestion collective des droits d’auteur et droits voisins des créateurs des œuvres de l’esprit a été préconisée mercredi par un expert congolais pour résoudre le cycle des conflits infernaux qui divisent le secteur en République démocratique du Congo (RDC).
«Les conflits récurrents au sein de la Société congolaise des droits d’auteur et droits voisins (socoda) auraient pu être résolus depuis longtemps, s’il y avait réellement une volonté politique d’y mettre fin. Une réforme imminente favorisant la création d’une nouvelle société publique de gestion collective des droits d’auteur en RDC est une solution durable face à la crise actuelle qui divise les artistes », a suggéré Didier Kembola, expert culturel et membre de la Sacem (Société auteur- compositeurs et éditeurs des musiques) en France.
Et d’ajouter : «Même dans les batailles judiciaires les plus complexes, il existe toujours une instance supérieure dont les décisions mettent un terme définitif aux péripéties. Pour le cas de la gestion des droits d’auteur, il ne reste alors qu’une issue : une mobilisation massive des artistes pour pousser les plus hauts responsables politiques à agir.».
Selon l’expert congolais, la gestion actuelle par les artistes eux-mêmes vu le statut de la SOCODA qui est une coopérative privée, a montré ses limites sur tous les plans. Certains coopérateurs fustigent la non-transparence et le système de répartition qui est encore archaïque.
«Un autre problème majeur dans la gestion des droits d’auteur à la Socoda réside dans le mode de répartition. Celle-ci se fait par forfait intégral, et non sur la base de l’exploitation et de la diffusion réelles des œuvres. Il n’existe pas de feuillets d’exécution permettant de calculer objectivement la répartition », a déploré l’expert congolais.
Pour lui, l’Assemblée générale organisée récemment par le Président du Conseil d’administration de la Socoda, Jossart Nyoka Longo rend encore plus difficile toute réconciliation ou la recherche d’une solution unique entre les deux camps.
«Avec des désordres pareils, la vie des artistes et autres créateurs est sacrifiée. Le statut d’artiste en dépend aussi en quelque sorte. A quoi servirait d’avoir une carte d’artiste alors que la gestion collective de mon pays est sujette à des querelles interminables? Que l’Etat s’impose en tous cas ».
À ce stade, propose-t-il : « deux options semblent se dessiner soit envisager, comme dans le conflit israélo-palestinien, une solution à deux entités distinctes soit attendre un geste fort, une prise de position claire et ferme du gouvernement qui pourrait mettre un terme à cette impasse en disant stop ».
Et de conclure : « Le ministère de la culture doit impérativement mettre en place un organe officiel de gestion collective (OGM) qui va arrêter tous les désordres dans le secteur des droits d’auteur. Avec cette politique, il n’y aura plus du bicéphalisme de Socoda, ni de la cacophonie. Car l’Etat aura lui-même un œil regardant dans la gestion collective au profit des artistes ».
Jordache Diala
