La plénière du mardi 29 octobre dernier à l’Assemblée nationale consacrée au vote et à l’adoption de la loi portant reddition des comptes de l’exercice 2023 a été plus que choquant et trucident non seulement pour le président de cette Chambre basse du parlement, le professeur Vital Kamerhe, mais également pour la représentation nationale ainsi que l’ensemble de la population au sujet des révélations gravissimes sur les dépassements budgétaires payés en mode d’urgence.
Après son adoption, comme projet de loi, par le Gouvernement lors de sa dixième réunion du Conseil des ministres le vendredi 23 août dernier avec un chiffre en équilibre à hauteur de 32 456,78 milliards de FC, les élus membres de la commission Ecofin de l’Assemblée nationale s’en sont appropriés pour mieux l’étudier et apporter des rectifications en tenant compte des réalités actuelles des finances publiques.
Face aux révélations spectaculaires qu’a portées à nu ce projet de loi soumis au vote et à l’adoption par l’honorable Guy Mafuta, président de la commission Ecofin, le Speaker de cette Chambre des représentants nationaux n’a pas avalé sa langue si ce n’est de condamner la mauvaise gestion longtemps décriée au sommet de l’Etat. Avec un ton décent mais doloroso, le président Kamerhe a rappelé que les finances publiques n’étaient pas consacrées à satisfaire les conforts des individus mais plutôt à résoudre les différents problèmes liés à la Res publica. Ainsi, des responsabilités devraient être établies pour que les coupables répondent de leurs actes devant la justice.
«En ce qui concerne la reddition des comptes ici présentée, nous avons découvert, ici à l’Assemblée nationale et ensemble avec la population, des dépassements budgétaires incroyables concentrés sur des secteurs spécifiques pendant que d’autres secteurs ne reçoivent rien de consistant. Nous avons aussi relevé le fait qu’il y a aussi des imputations mensongères de transfert des fonds aux provinces et aux ETD que les provinces n’ont jamais vu et que les ETD n’ont jamais reçu. Nous avons également relevé les urgences qui ont dépassé les 51%. Vous avez aussi relevé que ce n’est pas le fait seulement du ministère de budget et des finances mais il est question que nous puissions établir les responsabilités de chaque responsable, de ces actes de mégestion », a-t-il déclaré.
Avant d’ajouter avec un ton alarmant :
«Quand vous dites que pour les PDL 145 territoires c’est 80 milliards seulement qui ont été décaissés pour l’exécution des travaux, soit 6% au moment où la dette non certifiée représente 450 milliards de FC alors on se demande où se trouve la priorité finalement de l’Etat congolais ? Est-ce que le Gouvernement n’a pas contredit tout ce que l’Autorité suprême, le Président de la République avait décliné comme priorité ? Et se concentrer finalement au confort des individus ? Puisque quand vous parlez de remboursement des dettes qui ne sont pas certifiées, pour avoir livré quoi ? Par exemple quand on dit des dépenses de 95%. 100% d’investissements sont de 85% pour les études, quelles études ? Alors que les ministères y compris même l’Assemblée nationale et le Sénat nous avons des bureaux d’études, directions d’études. Mais quelles études qui peuvent coûter autant d’argent ? Vous payez des dettes de 450 000 milliards de FC dont 51% en procédure d’urgence et pour les investissements qui devaient toucher les routes de desserte agricole, les écoles, les centres de santé, les routes d’intérêt général, l’agriculture avec sa mécanisation, …, tout ce qui touche à l’homme vous mettez 98 000 milliard FC dans le cadre du PDL 145 territoires qui est au fait le programme du Gouvernement qui traduit la vision du Président de la République.
Au regard des irrégularités et fautes de gestion relevées dans cette loi portant reddition des comptes de l’exercice 2023, la plénière a adopté la mise en place d’une commission d’enquête chargée d’établir individuellement les responsabilités de chaque membre du Gouvernement. Un travail qui sera dorénavant réalisé en amont en vue d’avoir, à la fin de l’année, des comptes de l’Etat plus ou moins conformes à la loi de finances telle que votée au Parlement. Le premier trimestre de l’exercice 2025 sera le ballon d’essai pour l’Assemblée nationale afin d’assoir la bonne gouvernance dans le pays tel qu’indiqué par Vital Kamerhe.
César Nkangulu
