(Par Prof. Antoine-Dover Osongo-Lukadi)
Bruxelles (Belgique), le 03 mars 2025
1.Faire la guerre pour recouvrer l’intégrité et la souveraineté de la République Démocratique du Congo comme priorité des priorités
Excellence Monsieur le Président de la République, nous venons d’apprendre que l’Occident, au travers l’un de ses nombreux organes métastasés, la Cour Pénale Internationale (CPI) en l’occurrence, vient enfin près des trois décennies de massacres, de génocides, de viols, de vols, de déplacements de populations et de destructions, d’envoyer son procureur en République Démocratique du Congo pour y enquêter comme si depuis toutes ces années, le Congo faisait partie d’une autre planète ! Certains diront, et ils n’auront pas tort, qu’il valait mieux tard que jamais. Et nous répondrons, à notre tour, qu’il ne s’agit nécessairement pas d’intervenir tôt ou tard, mais que nous nous inquiétons du fait des agendas cachés voire d’autres urgences inavouées sur le destin de notre pays. En effet on ne nous convaincra jamais que cette motivation tardive d’enquête ne dissimule pas quelque chose soit des discussions, des apartés, soit des conciliabules ; bref des agendas cachés ou des urgences motivées passés sous le paillasson. En tout cas il y a anguilles sous roche car comment expliquer cette indifférence de plus de trente ans, si quelque part les faiseurs des rois dans le Tiers-Monde ou dans le Sud-global n’avaient pas leurs propres raisons. Coïncidence ou hasard des circonstances, que la visite du patron de la CPI n’intervienne qu’aux lendemains de la chute de Goma et de Bukavu ? Dans ce contexte, dirions-nous ou prétendrions-nous que cette visite soit salutaire pour la République Démocratique du Congo ? N’est-elle pas un écran de fumée, une hypocrisie, une stratégie ? En tout cas rien n’est moins sûr. Apparemment c’est comme si le procureur de la CPI venait consacrer une situation de fait pour la partition ou la balkanisation de notre pays. S’il ne s’agit, de notre part, que d’une hypothèse scabreuse comment expliquer cette intervention tardive de la CPI en dépit de son armada de moyens et de structures ? Pourquoi avoir attendu la chute des chefs-lieux du nord et du sud Kivu pour enfin venir brandir la menace d’une enquête sur les crimes humains, économiques, miniers, culturels commis en République Démocratique du Congo depuis plus de trois décennies ? Alors que l’Occident et la CPI ont toutes les cartes en mains pour empêcher une déchéance d’où qu’elle provienne en Afrique. L’Afrique étant sous leur contrôle. C’est pourquoi nous restons convaincus que s’ils l’avaient voulu, le Congo n’aurait jamais perdu ces deux villes importantes, que sont Goma et Bukavu. Le fait que l’UE ait vociféré des menaces sur les sanctions économiques contre les rebelles voire d’interdire d’autres autre avancées vers UVIRA et ailleurs, au point de convaincre les rebelles rwandais du M-23 et de l’AFC, à y avoir raison gardée constitue une preuve ostentatoire sur l’influence grandiloquente de l’Occident-officiel sur ces rebelles qui dévastent la république Démocratique du Congo pendant toutes ces années ; la preuve également que cette multitude de groupes armés en sont l’émanation. Pourquoi, du reste, ne pas s’imaginer dans le même ordre d’idées que la chute des villes de Goma et de Bukavu s’est faite en vue du dessein macabre de la balkanisation voire de la partition du Congo ? Dont depuis Patrice-Emery Lumumba jusqu’à ce jour, le Congo la vit comme une épée de Damoclès sur la tête ? Quand on est Congolais, et qu’on est en guerre perpétuelle depuis son accession à la souveraineté internationale, on ne peut pas ne pas être marqué par la phobie de la balkanisation. C’est ainsi qu’à la lumière de ce qu’il se passe, on se dit que le Congo ne serait pas loin du schéma soudanais ou de l’ancienne Yougoslavie.
Excellence Monsieur le Président de la République, cela n’est d’aucun secret pour personne que depuis l’arrivée du sieur Bill Clinton au pouvoir et de son administration démocrate, munis et auréolés de la « théorie du domino » qui a fait ses émules à l’ex Yougoslavie, tout observateur averti sait que le pari démocrate a constamment consisté à aligner la République Démocratique du Congo dans les pays balkanisables. Heureusement qu’ils se sont toujours heurtés jusque-là avec la particularité congolaise consistant, en dépit des certaines velléités tribales, ethniques avérées, à jurer par le « nationalisme-lumumbiste », qui devint par héritage le « nationalisme zaïrois authentique-mobutiste » où sont mises en évidence les valeurs traditionnelles bantu africaines de solidarité, de communautarisation, de justice, d’amour du prochain, etc. ; bref de l’unité autour de l’Etat comme un pari ou un gage. Pourtant il y a lieu de craindre qu’avec la prise de Goma et de Bukavu, si on n’en comprenait pas les enjeux ou si on restait évasif, vulgaire, inutile, sénile, charlatan de la démesure, immature, l’impérialisme nous tende cette fois-ci un piège qui nous conduise vers une balkanisation, une partition, ou un gouvernement parallèle de fait. Exactement comme cela se passe maintenant au Soudan où, après seulement deux ans ou trois ans d’affrontements, deux gouvernements se partagent désormais le pays avec d’un côté les forces gouvernementales et de l’autre côté les forces de soutien rapide. De telle sorte que si une force ne l’emporte pas définitivement sur l’autre ou si les rois et décideurs du destin du monde n’y arrivaient pas, il y sera décidé de « somaliser » le soudan. En même temps que rien ne les empêchera de « somaliser » la République Démocratique du Congo, à son tour.
Excellence Monsieur le Président de la République, clairement, nous essayons de vous dire que la CPI ne nous paraît que comme une parenthèse, mais nullement ni une priorité ni nécessité pour la reconquête de Goma et Bukavu voire encore d’autres territoires importants. Si vraiment l’Occident, qui nous exploite en tant qu’un réservoir minier, qu’il nous envoie à défaut de nos FARDC encore déliquescentes, une force militaire (comme il le fît au Koweït, en Afghanistan, en Lybie ou en Syrie) pour pouvoir venir chasser les forces rebelles des positions qu’elles occupent aujourd’hui afin de rétablir l’autorité du pouvoir central. Pourquoi nous envoyer la TPI alors que nous sommes un pays occupé depuis des années et endeuillé à hauteur des millions de citoyens assassinés et des femmes violées ? Il lui est possible d’envoyer effectivement la CPI comme l’Occident l’a fait, mais en même décidé de l’intervention militaire. Il y a des années derrière, les forces françaises et belges, risquaient la vie de leurs soldats pour le Zaïre de leur ami Maréchal Mobutu. Nous ne croyons pas que l’interpellation des génocidaires ou leur incarcération par la CPI ou le gel des avoirs desdits rebelles ou criminels, nous rendront Goma, Bukavu et d’autres villes, territoires sous leur contrôle.
Monsieur le président de la République, c’est en temps difficiles, de guerre comme en ce moment-ci, qu’on compte ses soutiens, frères et amis. Nous concernant même si beaucoup de nos publications médiatique et scientifique pour soutenir votre guidance politique n’ont peut-être pas encore été prises en compte tant par votre entourage commis pour ce faire que par vous-même son Excellence Monsieur le Président de la République, sachez que nous continuons à vous apporter notre modeste soutien, le Congo étant notre patrimoine commun. Reste qu’avant de nous plonger dans notre monologue philosophico-politique, permettez-nous de nous poser quelques questions utiles susceptibles de garantir et de sauvegarder la stabilité de notre pays : Depuis quand et dans quel pays, le régime des sanctions a-t-il arrêté une guerre ? Dans quel pays l’ONU a-t-elle été d’une certaine efficacité soit pour servir d’interposition entre belligérants soit pour aider un camp à gagner une guerre contre un autre camp ? Depuis quand et dans quel Etat la CPI a-t-elle été crédible voire opposable à tous les justiciers ? Ces questions valant ce qu’elles valent, dans un contexte qui est le nôtre, dans un pays où vous avez été élu à plus de 80 pourcents de voix, ne consistent qu’à vous encourager à redoubler d’efforts pour reprendre les territoires aux mains des forces rebelles, en vous rappelant de ne compter que sur votre énergie personnelle, plutôt que sur les métastases de l’UE, qui ne feront rien, mais alors rien du tout, pour vous.
Excellence Monsieur le Président de la République, parce que l’occident-officiel n’a jamais eu d’amis mais que des intérêts à gagner et à sauvegarder. Or ses intérêts ne sont pas à l’ouest-Congo mais plutôt à l’Est-Congo. Nous ne vous apprenons absolument rien mais vous savez aussi par vous-mêmes que la CPI connaît aujourd’hui un discrédit sans pareil. C’est un organisme sur le déclin pour la seule et simple raison qu’elle devient, elle aussi, dépendante de la logique des intérêts humains-stratégiques, économiques et financiers. Deux exemples suffisent : premièrement Vladimir Poutine, c’est l’expression même de la force militaire, nucléaire, politique et économique, frappé par la CPI mais il reste imprenable et intouchable. Deuxièmement Netanyahou c’est l’exception onusienne, protégé des étasuniens et des européens, interdit de circuler mais c’est comme si c’était le contraire. La CPI n’a plus qu’une valeur symbolique en Occident, car de plus en plus dénigrée, controversée, critiquée, remise en cause à raison principalement de son deux poids deux mesures sur tant de questions et d’interpellations. A telle enseigne qu’à l’image de tous les médicaments périmés, c’est en Afrique que la CPI garde encore toute sa valeur. Donc si la CPI est encore dissuasive, elle l’est en Afrique, mais dans une moindre mesure, car avec le temps, les gens ont compris que les condamnés s’y en sortent quand même et si possible réintègrent la politique voire reprennent leurs activités repréhensibles passées, auxquelles pourtant ils avaient été arrêtés et condamnés à l’instar du sieur Thomas Lubanga en Ituri. En fait il s’agit pour nous de vous expliquer de ne pas nous contenter des déclarations circonstancielles et voraces du procureur de la CPI (les Occidentaux n’enverront jamais en prison les pitres qui travaillent pour eux, après tout, le pire qu’ils pourront faire c’est de les faire taire physiquement), mais au contraire de trouver quelques moyens financiers et matériels pour organiser, encourager, gâter en primes ou en salaires mirobolants les FARDC, car seule une victoire militaire sur le terrain consolidera votre pouvoir et votre notoriété de garant de la nation.
Excellence Monsieur le Président de la République, quand un peuple est associé à l’élaboration de la loi, à la conception d’un projet de société, le législateur suprême favorise son épanouissement social, moral, culturel, économique, politique, technologique. Parce qu’il n’est pas réduit qu’au diktat politique ou autre, ni au rôle de simple spectateur, mais au contraire en tant qu’acteur. C’est pourquoi, vous devriez sentir la prédation et le machiavélisme dans certains de vos collaborateurs en tous genres. Faire la révolution, c’est s’occuper de l’occupant, c’est envahir l’envahisseur, c’est pourchasser le « pourchasseur », en l’occurrence le néo-colonisateur, c’est-à-dire l’impérialiste. Mais également infléchir l’hégémonisme, c’est réduire l’impérialisme à l’immobilisme, c’est cannibaliser le capitaliste sauvage. Un révolutionnaire ne met pas au point que des idées nouvelles pour combattre un oppresseur de quelle que nature qu’il soit, mais il dispose également de cette fierté que n’a pas l’impérialiste (le bourgeois, le capitaliste, l’exploiteur, l’esclavagiste, le colonialiste, le raciste). La vie est certes sacrée mais jamais quand on est au pouvoir, dans un pays comme la République Démocratique du Congo. Il ne s’agit pas nécessairement d’y aller jusqu’au sacrifice suprême comme Lumumba ou Mzee Kabila, mais de connaître et reconnaître les arcanes de la vertu sacrificielle, car n’est pas président du Congo qui veut au regard des envies mortelles contre ce pays. Or nous avons, comme pour tous vos prédécesseurs, la conviction que vous êtes le choix de Dieu. Que vous êtes, vous aussi, son envoyé pour libérer le Congo de ces envies nauséabondes, de l’esclavage des impérialistes occidentaux. Le but de la révolution n’est pas la mort, autrement dit de mourir avant même de voir la fin de sa lutte. Le révolutionnaire n’est pas l’ascète de la mort. Même si en s’y engageant, le révolutionnaire est déjà convaincu et préparé à mourir.
Excellence Monsieur le Président de la République, le révolutionnaire n’est pas un fasciste. Il n’est pas celui qui doit appeler à son tour -, même s’il combattait le terrorisme d’Etat ou de n’importe quel autre statut-, à la mort des citoyens innocents. Cela n’est jamais acceptable ni tolérable. On ne défend pas sa cause, en achetant la mort des gens innocents. Le révolutionnaire est un citoyen du monde. International, il n’est ni tribaliste, ni raciste, ni ethniciste, ni encore moins claniste. Le terrorisme d’Etat est pratiqué par l’Occidental ; un terrorisme qui tue des milliers, des millions de citoyens aux quatre coins du monde, mais le révolutionnaire digne de son nom n’engage pas le terrorisme comme moyen de sa lutte pour atteindre une fin. Barak Obama dans sa Préface du livre de Nelson Mandela Madiba intitulé « Conversations avec moi-même. Lettres de prison, notes et carnets intimes (préface de Barak Obama), Paris, Noyelles, 2010, fait un témoignage instructif voire instruisant sur l’icône Nelson Mandela suivant lequel « Comme tant de gens à travers le monde, j’ai tout d’abord entendu parler de Nelson Mandela alors qu’il était détenu à Robben Island. Pour beaucoup d’entre nous, il n’était pas seulement un homme – il était un symbole de la lutte pour la justice, l’égalité et la dignité, en Afrique du Sud ainsi que dans le monde entier. Son sacrifice était d’une telle ampleur qu’il imposait à chacun d’entre nous d’entreprendre tout ce qui était en son pouvoir pour essayer de faire progresser l’humanité », et poursuivant comment « A ma très modeste façon, je fais partie de ceux qui ont essayé de répondre à cet appel. La première fois que j’ai participé à une action politique, à l’université, ce fût à l’occasion d’une campagne pour l’abolition de l’apartheid en Afrique du Sud. Aucune des difficultés personnelles que j’ai dû surmonter dans ma jeunesse ne peut se comparer à ce que les victimes de l’apartheid ont subi chaque jour, et je ne peux qu’imaginer le courage qu’il a fallu à Mandela pour vivre dans une cellule pendant tant d’années. Par ses choix, il nous a clairement montré que nous ne sommes pas obligés d’accepter le monde tel qu’il est – mais que nous pouvons tous jouer un rôle pour le rendre tel qu’il devrait être ». Telle est, la figure du révolutionnaire, plutôt que l’image du terroriste que l’impérialiste et séparatiste Sud-africain avait injustement et volontairement, pour uniquement ternir son image de marque, affublé à Mandela, qui combattait, le racisme, l’apartheid et le terrorisme occidental.
Enfin, Excellence Monsieur le Président de la République, pour l’amour et l’avenir de la République Démocratique du Congo, nous vous déconseillons vivement d’ouvrir un dialogue avec la rébellion, d’ouvrir un dialogue national, de nommer un énième gouvernement d’union nationale (ceux qui courent derrière les postes peuvent aller se faire enrôler dans les FARDC). En effet ces initiatives, légitimes furent-elles, ne nous semblent ni opportunes ni appropriées pour le moment ; franchement c’est impossible de nous comporter comme en temps normal, alors qu’il est question de tous nous mobiliser afin de trouver des voies et moyens susceptibles de recouvrer l’intégrité territoriale de notre pays. Comme nous le disions précédemment, plus précisément à l’époque où certains charlatans de la démesure déambulant en vestes et cravates dans leurs cabinets respectifs (la plupart du temps sans rien entreprendre de constructif pour le pays), ministériels, de la présidence de la république, du sénat et de l’assemblée nationale, en dansant, en chantant et en ne jurant que sur la révision constitutionnelle, nous mettions quant à nous en évidence la caducité voire l’inappropriation de cette révision de la constitution (au moment où la guerre couvait à l’est et menaçait particulièrement la ville de Goma), et en priorisant la guerre tout azimut comme condition sine qua non pour bouter hors du territoire national tous les mouvements rebelles. Parce que quant à nous, faire la guerre aux rebelles et la gagner constituait la meilleure façon de rassembler les Congolais autour de son président pour penser et exécuter la révision constitutionnelle. De même aujourd’hui non plus le président de la République n’a pas d’autre priorité que la guerre pour regagner Goma et Bukavu d’abord et d’autres territoires ensuite. C’est dans ce contexte qu’une fois de plus, nous nous opposons au remaniement du gouvernement dont le but consiste à faire des joyeux (qui viennent pour s’enrichir) et des tristes (auxquels on arrache le bifteck de la bouche, et qui vont s’appauvrir dans le mois suivant), et qui sont des personnes nommées pour du beurre car n’ayant aucun esprit sacrificiel ni patriotique. Si nous nous y adonnons c’est qu’alors en âme et conscience que nous avons accepté la partition de fait de notre pays en deux gouvernements parallèles l’un à Goma et l’autre à Kinshasa. Ce que nous n’accepterons jamais, autant mourir. La patrie ou la mort, ensemble nous vaincrons. En revanche, s’il vous faut malgré tout un remaniement gouvernemental, nous vous conseillons, de nommer exclusivement des militaires, encadrés par des conseillers de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, qui se contenteront d’un salaire au rabais comme à leur habitude, mais résolument convaincus derrière votre suprême autorité, sans broncher.
- La guerre est l’essence de la paix, elle fait et précède la paix : « Je fais la guerre donc je suis et on ne met pas la main sur moi »
Excellence Monsieur le Président de la République, notre spécialité est la philosophie. Chaque mère ne donnant que ce qu’elle a, vous nous permettrez, s’agissant de notre impératif à la guerre totale et à l’importance de la militarisation de la société congolaise, de vous énoncez deux principes existentiels suivants : premièrement « Je fais la guerre, donc je suis et on ne met pas la main sur moi » ; deuxièmement « La guerre est l’essence de l’homme, elle fait et précède la paix ».
Excellence Monsieur le Président de la République, Dieu lui-même, créateur de la Terre et du Ciel, est le modèle archétype même de la guerre. Son combat perpétuel avec l’un de ses anges, Lucifer, qui s’est transformé en une lutte millénaire entre le Bien et le Mal, est le symbole même de cette essence guerrière de sa créature raisonnée et réfléchie que nous sommes – nous les humains. C’est ce qui justifie notre formule « la guerre est l’essence de l’homme ». Elle est son instinct primordial. Chacun en naissant, en grandissant, en vivant et en mourant fait sa petite ou grande guerre pour se maintenir comme existant (Sartre) ou ek-sistant (Heidegger). Il en est ainsi fait de notre environnement. Ce qui n’est pas nécessairement toujours de mauvais augure. Car en effet il n’y a pas de paix, sans guerre et inversement de guerre, sans paix. La guerre précède et transcende la paix. C’est la guerre qui amène la paix. Qui veut la paix, prépare la guerre, est-il écrit. Tout en effet part de cette recommandation divine « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front », et « Aide-toi et le Ciel t’aidera ». Pour bien assoir nos antithèses et particulièrement notre première antithèse, nous allons essayer de comprendre, d’analyser, d’expliquer, en confrontant Thomas Hobbes et Emmanuel Kant, qui parlent respectivement de l’essence de la guerre dans l’être humain et de la paix perpétuelle en tant que vertus salvatrices de l’être humain. Olivier Dekens note comment Grotius (1583-1625), juriste et philosophe hollandais (était) l’un des principaux représentants de la doctrine du droit naturel ; comment dans son Droit de la guerre et de la paix, il définit les fondements de l’Etat juste et les différents modes possibles de relations entre les Etats ; enfin comment il a élaboré surtout une théorie de la guerre dont l’influence a été considérable (Olivier Dekens, Projet de paix perpétuelle. Texte intégral, Bréal, 2002, p. 29). Pour bien préciser la pensée, O. Dekens signe cette déclaration de Grotius : « Sur le point de traiter de traiter du droit de la guerre, nous devons voir ce que c’est que la guerre, ce que c’est que le droit dont il s’agit. Cicéron a défini la guerre : « Un débat qui se vide par la force. » Mais l’usage a prévalu de désigner par ce mot non pas une action, mais un état ; ainsi la guerre est l’état d’individus qui vident leurs différends par la force, considérés comme tels. Cette définition générale comprend toutes les sortes de guerres dont il sera parlé par la suite ; car je n’en exclus pas la guerre privée qui, étant plus ancienne que la guerre publique, et ayant incontestablement la même nature, doit pour cette raison être désignée par ce seul et même nom, qui lui est propre » (Grotius cité par Olivier Dekens, Projet de paix perpétuelle. Texte intégral, Bréal, 2002, p. 29).
Excellence Monsieur le Président de la République, commençons avant tout par la thèse de Th. Hobbes où l’image de l ’homme et de la société est peinte par le philosophe politique anglais du XVIIe siècle (Osongo-Lukadi A-D, Cours d’Introduction à la Philosophie, Premier Graduat, Faculté de Philosophie, Université Catholique du Congo, années académiques 2013-2020, inédit) dans cette formule devenue virale selon laquelle « L ’homme est un loup pour l’homme. En latin : « homo homini lupus » (Thomas Hobbes, De Cive, 1642-1647). ». Ainsi, auteur des Éléments de la loi naturelle et politique en 1640, du Citoyen (De Cive) en 1641 et du Léviathan en 1651, Thomas Hobbes est l’un des premiers philosophes contractualistes qui tente de refonder la légitimité du pouvoir des dirigeants sur autre chose que la religion ou la tradition. Son projet est de fonder l’ordre politique sur un pacte entre les individus, afin de faire de l’homme un acteur décisif dans l’édification de son propre monde social et politique. Sa réflexion politique est fondée sur son anthropologie, qui fait de l’homme un être mû principalement par la crainte et le désir. Il doit ainsi sortir de l’état primitif et fonder un état artificiel sur les bases de la raison : c’est le passage de l’état de nature à l’état civil. L’Etat de nature. Hobbes est un des premiers à imaginer un état de nature préexistant à la société humaine, afin d’y déceler comment les hommes y agiraient sans puissance commune qui les maintienne en respect. C’est là une idée déjà ancienne et reprise et instrumentalisée dès le XIIIe siècle par les adversaires qu’étaient alors l’empereur Frédéric II du Saint-Empire et plusieurs papes successifs, pour justifier leur propre pouvoir. Toutefois, cet état de nature est un état mythique et non réel. Hobbes se démarque nettement de la tradition politique qui reposait à la fois sur Aristote, pour qui l’homme est un être naturellement politique, et sur Thomas d’Aquin ou Cicéron pour lesquels il existerait une « loi naturelle » immuable. Il considère l’homme comme sociable, non par nature, mais par accident : c’est par crainte de la mort violente qu’il fait société avec ses semblables. L’état de nature est un état de la « guerre de tous contre tous » (Bellum omnium contra omnes).
Excellence Monsieur le Président de la République, pour Th. Hobbes, la puissance anarchique de la multitude domine à l’état de nature. Doué de raison, c’est-à-dire de la faculté de calculer et d’anticiper, l’homme prévoit le danger, et attaque avant d’être attaqué. Chacun est donc persuadé d’être capable de l’emporter sur autrui et n’hésite pas à l’attaquer pour lui prendre ses biens. Des alliances éphémères se nouent pour l’emporter sur un individu. Mais à peine la victoire est-elle acquise que les vainqueurs se liguent les uns contre les autres pour bénéficier seuls du butin. Cette guerre est si atroce que l’humanité risque même de disparaître. C’est une situation proprement humaine et qui n’est pas dépourvue de relations sociales, mais qui aboutirait à une vie « solitaire, besogneuse, bestiale et brève ». À ceux qui penseraient que cette vision de l’humanité est pessimiste, Hobbes rétorque que même à l’état social où pourtant existent des lois, une police et des juges, néanmoins nous fermons à clef nos coffres et nos maisons de peur d’être détroussés. Or l’état de nature est sans loi, sans juge et sans police… C’est l’angoisse de la mort (la mort violente) qui, résultant de l’égalité naturelle, est responsable de l’état de guerre et fait peser sur la vie de tous une menace permanente. Cet état, fondamentalement mauvais, ne permet pas la prospérité, le commerce, la science, les arts, la société. Si ce n’est pas là une conception de la situation humaine comme telle, c’est précisément qu’elle est une fiction : elle fait abstraction des rapports politiques qui ont toujours accompagné les sociétés humaines, pour mieux mettre en lumière une tendance de la vie sociale humaine, comme Galilée fait abstraction de l’air et de tout milieu ambiant pour dégager la tendance propre de la pesanteur, dans la chute des corps. L’état de nature ne fonde pas l’anthropologie et la théorie hobbesienne de la société, et c’est pour cela que dans tous les ouvrages qui exposent la pensée anthropologique et politique de Hobbes, le chapitre sur l’état de nature est toujours précédé des chapitres d’anthropologie, qu’il ne fonde nullement.
Enfin, Excellence Monsieur le Président de la République, quant à l’Etat civil, c’est l’incarnation du pouvoir souverain. Une humanité livrée à elle-même, sans ordre social coercitif, aurait fini par disparaître. Ce qui va fonder a priori l’état civil, chez Th. Hobbes, c’est un contrat passé entre les individus, qui permet de fonder la souveraineté. Par ce contrat, chacun transfère tous ses droits naturels, à l’exception des droits inaliénables, à une « personne » qui est appelée le Souverain, dépositaire de l’État, ou « Léviathan ». Chacun devient alors « sujet » de ce Souverain, en devenant aussi « auteur » de tous les actes du souverain. Par ce contrat, la multitude des individus est ramenée à l’unité du souverain : « Le seul moyen d’établir pareille puissance commune, capable de défendre les humains contre les invasions des étrangers et les préjudices commis aux uns par les autres, […], est de rassembler toute leur puissance et toute leur force sur un homme ou une assemblée d’hommes qui peut, à la majorité des voix, ramener toutes leurs volontés à une seule volonté ; ce qui revient à dire : désigner un homme, ou une assemblée d’hommes, pour porter leur personne ; et chacun fait sienne et reconnaît être lui-même l’auteur de toute action accomplie ou causée par celui qui porte leur personne, et relevant de ces choses qui concernent la paix commune et la sécurité ; par là même, tous et chacun d’eux soumettent leurs volontés à sa volonté, et leurs jugements à son jugement. C’est plus que le consentement ou la concorde : il s’agit d’une unité réelle de tous en une seule et même personne, faite par convention de chacun avec chacun, de telle manière que c’est comme si chaque individu devait dire à tout individu : j’autorise cet homme ou cette assemblée d’hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et autorises toutes ses actions de la même manière. ».
