(Par le Prof. Patience Kabamba)
En ce week-end pascal, le MDW aimerait réfléchir sur une des vertus qui disparaît à notre époque, l’amitié. Aujourd’hui, nous avons dévalué le mot « ami ». Ce mot a été mis à toutes les sauces. Sur Facebook, on peut avoir 500 amis et parmi eux des gens que l’on n’a jamais vus. On a aussi des potes, des camarades, des copains, etc… Souvent, on confond l’amitié avec les relations qu’on a avec les bons copains. Tout le monde ne peut pas être mon ami. Je ne peux pas avoir 100 amis. Un ami n’est pas un copain, qui n’est pas un compagnon. Lorsqu’on a la chance de connaitre l’amitié, il y a une virilité : vir signifie qu’il y a de l’humain dans l’homme.
L’amitié est la grande vertu romaine. On meurt pour son ami. On donne tout pour son ami. L’ami est l’alter ego, l’autre moi-même. Dans l’amitié, on entend le respect, l’admiration, la fascination, la séduction, la douceur et la bienveillance. En effet, la douceur et la bienveillance sont essentielles à l’économie de l’amitié. L’amitié est une vertu exigeante et exclusive. Elle exige courage, patience et modestie. Elle permet la sincérité cordiale, pas la dissimulation. Elle est une consolation ; il y a du plaisir dans l’amitié. L’amitié n’est amitié que quand elle rend possible le surhumain. L’amitié permet de faire la paix avec soi, c’est le ciment social à travers la pratique de la bienveillance.
Quand le christianisme arrive, surtout le christianisme paulinien (Jésus vivait une amitié avec ses disciples), on demande d’aimer son prochain comme soi-même. Le sentiment électif qui fait qu’une personne dise de quelqu’un qu’il est mon ami n’est pas pensable dans le christianisme qui dit que tout le monde est mon ami en Dieu. L’amitié antique n’est plus pensable parce qu’il ne faut de l’amitié qu’en Dieu. Dans le Christianisme, il n’existe pas d’amitié pour elle-même, pour le plaisir qu’elle offre, pour la jubilation et la volupté. Les pères de l’Église et les scolastiques écrivaient contre l’amitié en dehors de l’amitié avec les seigneurs. Un de mes amis me lance toujours cette boutade : « J’étais ami dans le seigneur avec beaucoup de gens quand j’étais jésuite, et comme le « dans le seigneur » a disparu après ma sortie de la compagnie des jésuites, nous ne sommes plus amis.» C’est dommage.
Définition et comparaison de l’amour et de l’amitié
Nous définissons l’amitié comme l’amour sans le sexe, l’amour sans le corps.
L’amour est grand et beau, mais extrêmement fragile. Il n’y a rien de plus beau dans le monde que l’amour. Seulement, le temps l’abime. Si on ne sait pas transformer l’amour en amitié, le temps abime l’amour qui disparait, alors que l’amitié se bonifie avec le temps. La meilleure chose qui puisse arriver à l’amour, c’est d’être transformé en amitié.
Si vous êtes amoureux et que vous découvrez que votre amant a un petit copain ou une petite copine, cela abime l’amour.
Si vous êtes dans une relation d’amitié et que vous découvrez que votre ami a d’autres amis, vous serez content pour lui. Entre l’amour et l’amitié, il existe une complicité qui n’est pas la même.
La première histoire de volupté qui arrive met en péril l’histoire d’amour. Cela signifie que ça ne pèse pas lourd. Si on n’est pas capable de dire que c’est une histoire d’un soir, c’est compliqué. Dans l’amitié, ce n’est pas le cas.
L’amitié, c’est comme le grand vin. Le temps transforme le mauvais vin en vinaigre, alors qu’il rend le bon vin extrêmement bon. Le temps bonifie le grand cru, comme il bonifie l’amitié.
Replaçons pour l’instant l’amitié romaine dans son contexte. À une certaine époque, chez les Romains, les mariages se faisaient par obligation et par nécessité. «Tu dois épouser quelqu’un qui est dans la même classe sociale que toi.» Le mariage était une association de noms de famille. Cela me rappelle aussi les familles riches de Butembo qui se marient entre elles pour préserver leurs fortunes et ne pas laisser des nouveaux venus dans le club. On se marie donc pour le besoin de la cause, pas nécessairement par amour. Le mariage, qui est, en principe, le lieu dédié pour l’affection pure et la tendresse, n’en est plus à cause des arrangements familiaux chez les Romains (J’en profite pour dire que les Romains sont très disparates comme population ; il existe des plébéiens, des patriciens, des esclaves et les hommes libres, etc…). La question qui se pose est alors celle de savoir ce qu’on fait de l’affection et de la tendresse. Avec les mariages arrangés chez les Romains, l’affection se déambule. Alors, l’amitié devient un point de fixation. L’amitié est le lieu dédié à l’affection pure et à la tendresse. L’amitié est donc l’amour sans le sexe. Elle est une histoire entre deux hommes ou deux femmes.
En conclusion, nous pouvons dire qu’il n’y a rien de plus beau dans une histoire d’amour que l’amitié qu’elle génère.
Au prochain MDW, nous parlerons de l’élection au Sénégal de Bassirou Diomaye Faye à 44 ans comme président de la République sénégalaise.
