Lettre ouverte à Madame la Première Ministre, Judith Tuluka Suminwa
(Par Kinzonzi Makabu Djessy, jeunesse congolaise)
Votre Excellence,
C’est avec un sentiment de fierté doublé d’un cœur joyeux que j’ai appris votre triple nomination : d’une part, par le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, au poste de Première ministre ; et, d’autre part, par l’Histoire comme première femme Première ministre de la République démocratique du Congo, ainsi que comme première Premier ministre issu de la grande et prestigieuse province du Kongo central.
Je vous en félicite très chaleureusement.
Votre Excellence,
Je m’adresse à vous non pas en tant qu’un jeune exceptionnel, mais comme une jeunesse, car mes valeurs et mes préoccupations de jeune sont identiques à celles de ma génération.
D’abord, envie de vous rappeler que la RDC est un immense pays avec des défis multiples et épineux, vous rappeler les responsabilités qui sont dorénavant vôtres, comme vous en aviez si bien fait mention lors de votre discours de circonstance le soir de votre nomination. Cependant, ces responsabilités ne sont pas que celles de redevabilité vis-à-vis du peuple congolais et/ou de la personne qui vous a nommé, mais aussi vis-à-vis de l’histoire. Car, voudrais-je encore vous rappeler au passage que vous avez le devoir de faire revivre et de réaffirmer les valeurs oubliées du « MUKONGO », mais aussi celui de faire repenser le rôle et le statut de la femme dans la société moderne.
Envie de vous rappeler qu’au-delà de ses immenses ressources naturelles du point de vue du sol et du sous-sol, la RDC a aussi l’avantage d’être la quinzième plus grande puissance démographique du monde, et la quatrième du continent africain, derrière le Nigéria, l’Ethiopie et l’Egypte. Il s’agit là d’une richesse qu’il faut mettre à profit, car, je ne vous l’apprends peut-être pas, la ressource humaine est celle qui donne sens au matériel.
Le pays dont vous avez la responsabilité aujourd’hui de piloter l’Action publique compte plus de 100 millions d’habitants dont près de 70% sont des jeunes, selon les dernières études. Un atout essentiel pour le pays mais qui, au plus grand regret, demeure inexploité. L’insouciance des dirigeants d’hier face à cette réalité a fomenté les défis de l’État congolais d’aujourd’hui, et la nécessité du progrès tant social, économique, scientifique que démocratique vous impose une ambition objective pour la jeunesse congolaise, car l’ampleur desdits défis est considérable. Vous vous devez d’être à la hauteur et de ne renoncer à aucun idéal pour aller vers le Congo plus beau qu’avant.
Madame,
Envie de vous dire que nos pères (vos prédécesseurs) ont étouffé les ambitions et ont tari les espoirs que votre avènement doit restituer. Avec un esprit optimiste, nous nous autorisons de chanter : « maman ayé, nzala esili ».
Et l’occasion faisant le larron j’en profite pour vous faire part de mes désidératas traduits par les questionnements, ci-après :
Pourquoi doit-on passer sa vie à quémander un emploi dans son propre pays après plus de dix années de formation scolaire/universitaire ? Pourquoi doit-on demeurer dans un système éducatif qui étouffe nos capacités au lieu de les entretenir ? Pourquoi doit-on être disqualifié par le marché de l’emploi national et international sous prétexte que la formation donnée dans son pays n’est pas de qualité ? Pourquoi doit-on créer son entreprise et être obligé de la fermer quelque temps après parce que l’État nous impose des taxes et impôts exorbitants ? Pourquoi doit-on dormir la nuit avec le rêve de migrer parce que les difficultés et les réalités de votre pays vous obsèdent ? Pourquoi doit-on culpabiliser chaque fin de journée de ne pas avoir pu rapporter la nourriture à ses dépendants malgré les efforts ? Pourquoi les bars et les églises doivent-ils devenir des refuges pour nous extirper des maux sociétaux ? Pourquoi les opportunités de réussite ne localisent-elles que les politiques et leurs familles ? Pourquoi doit-on nous consulter qu’après 5 ans (pour solliciter nos voix électorales) ? Pourquoi ne constituons-nous pas la priorité de l’Etat ? Pourquoi l’État nous pointe-t-il du doigt au lieu de nous soutenir ? Sommes-nous les mal-aimés de la République ?
Madame,
Envie de vous dire que comprendre l’importance de répondre à toutes ces questions vous inscrirait dans la réflexion qu’exige vos responsabilités. Car, dans un sens général, mettre la jeunesse au centre de votre action politique est un moyen efficace pour répondre aux défis du Congo d’aujourd’hui ; et former la jeunesse revient à façonner des esprits critiques, des citoyens conscients, ambitieux et aptes à prendre à bras le corps son destin et à répondre efficacement aux défis du Congo de demain. Le voulez-vous vraiment ?
Envie de vous dire qu’il est cependant trop impliquant pour s’y engager sans armes intellectuelles et émotionnelles. L’intelligence vous en avez sans nul doute, l’émotion est une prédisposition naturelle en tant que femme (espérant que vous ne soyez pas du lot de l’exception).
Mais, au-delà de ces deux facteurs essentiels, il vous faut forcément de la méthode. Dans le fond, il s’agit là de penser aux mécanismes nécessaires pour vous doter d’une équipe solide et efficace, car dans le travail bien fait la réussite devient une loi de la nature. La philosophie atteste bien cela : la loi de la correspondance. Aussi, pour paraphraser mon aîné, le professeur KINKANI MVUNZI KAMOSI, la vraie politique ne vaut-elle que par la
qualité de ses acteurs, ceux qui sont capables de lever une espérance inattendue, d’atteindre des résultats exceptionnels et de convaincre par l’exemple.
Envie de vous dire qu’aujourd’hui comme hier et comme demain, la jeunesse congolaise est ambitieuse, efficace, intelligente, emplie de passion, d’enthousiasme, et j’ose…d’amour pour son pays. Je crois en cette jeunesse, je crois que chacun des jeunes congolais a des valeurs à mettre au profit de notre république et à partager avec la société. Elle a juste besoin d’être encadrée, d’être considérée et d’opportunités pour qu’elle s’épanouisse.
Envie de vous dire que le Congo va mal parce que la jeunesse va mal et non l’inverse.
Le Congo a besoin de se retrouver autour de valeurs, de partage, de projet et de vision d’avenir où chacun a sa place ; la jeunesse fera sa part mais pas seule, elle a besoin de votre implication, elle doit être mise au centre de votre action gouvernementale, car, dit-on, la jeunesse constitue le centre de gravité de toute initiative de développement. La jeunesse est une richesse, ne vous passez pas d’elle !!!
Votre Excellence,
Envie de vous rappeler qu’il y a un Congo à sauver et une histoire à écrire.
Avec mes respects patriotiques et mes vœux de vous voir réussir votre mandat.
Fait à Mbanza-Ngungu, le 04 avril 2024
