La décision est tombée comme un couperet. Par un Arrêté Ministériel rendu public le 13 avril dernier, le Ministre des Finances, Doudou Fwamba, a suspendu Alain Lungungu Kikoso de ses fonctions de Coordonnateur national de la Cellule d’exécution des Financements en faveur des États Fragiles (CFEF). En toile de fond : des accusations lourdes, mêlant présumée mégestion et contre-performance dans l’exécution du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T), l’un des projets phares du Gouvernement. Une décision qui n’a pas laissé indifférent le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL). Bien au contraire. L’organisation a rapidement salué cette suspension, tout en appelant à faire toute la lumière sur la gestion des fonds publics engagés depuis 2021.
Dans un ton ferme, le CREFDL insiste sur la nécessité d’un examen approfondi :
«Le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL) appelle à un audit indépendant de la gestion de tous les projets de développement confiés à cette entité publique depuis 2021 », indique son communiqué du 17 avril 2026.
Derrière cette prise de position se cache un contentieux ancien, nourri de révélations, de démentis et de tensions croissantes entre les deux structures.
Un rapport accablant
Déjà, en avril 2025, le CREFDL avait jeté un pavé dans la mare. A l’issue d’une mission de contrôle citoyen de six mois menée dans plusieurs provinces notamment, le Kasaï, le Kwilu, le Kwango et le Kongo Central, l’organisation avait dressé un tableau préoccupant de l’exécution du PDL-145T.
Dans son rapport, l’organisation détaillait sans détour les anomalies constatées : «Le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL) a mené pendant six mois, une mission de contrôle citoyen de l’exécution du premier volet du Programme de développement Local des 145 territoires (PDL-145T) … Au cours de cette mission, plusieurs faits ont été notés, qui nécessitent aussi de recevoir votre point de vue. A l’issue des enquêtes de CREFDL, il a été retracé deux Plans de Passation des Marchés Publics (PPM). Ces documents ne renseignent pas le budget alloué à chaque projet d’infrastructure. Par ailleurs, ils ne respectent pas non plus le modèle type élaboré par l’Autorité de Régulation des Marchés Publics. Pour le premier volet du PDL-145T… le Gouvernement a alloué le montant de 511 millions de dollars. Lors des descentes effectuées, le constat était le même dans tous les territoires. Nous avons relevé notamment : le mauvais mélange de ciment, les portes posées faites avec du bois de mauvaise qualité alors que l’un des objectifs du programme est de doter les territoires d’infrastructures modernes et durables. Le gouvernement provincial a construit quelques écoles à 80.000 $. Le plafond de coût de construction d’une salle de classe s’élève à 13.500 USD. Mauvais traitement du personnel et exploitation de la main d’œuvre locale… CREFDL a échangé avec quelques ouvriers afin d’avoir des informations de terrain », avait relevé le CREFDL dans son rapport.
La riposte de la CFEF
Face à ces accusations, la CFEF n’était pas restée silencieuse. Dans une correspondance officielle, elle avait vigoureusement contesté la crédibilité du rapport du CREFDL, remettant en cause tant la méthodologie que la légitimité de la démarche.
«La CFEF émet une opinion avec réserve sur la transparence du processus et la méthodologie de votre contrôle citoyen. Nous n’avons aucune information sur les Termes de référence et le profil de vos équipes de contrôle. Votre démarche étant entachée d’irrégularités majeures, nous serons contraints de récuser les conclusions de votre rapport et à en tirer les conséquences prévues par les Lois et Règlements de la République. »
Un désaccord qui a rapidement dégénéré en bras de fer ouvert.
L’affaire a pris une tournure encore plus sensible en novembre dernier, lorsque le CREFDL a dénoncé la confiscation à l’Aéroport de N’djili, du passeport de son coordonnateur, Valery Madianga. Selon l’organisation, cette mesure serait liée à une plainte déposée par Alain Lungungu pour imputations dommageables et propagation de faux bruits.
Dans un communiqué empreint d’inquiétude, le CREFDL dénonçait alors une entrave au contrôle citoyen : « CREFDL Asbl regrette ce comportement visant à empêcher le contrôle citoyen des fonds publics et se dit très préoccupé par cette situation. »
Vers un audit décisif ?
Aujourd’hui, avec la suspension de l’ancien coordonnateur de la CFEF, le dossier semble entrer dans une nouvelle phase. Le CREFDL appelle désormais les institutions de contrôle à prendre leurs responsabilités.
« Cet audit devrait porter sur l’exécution du Programme de Développement Local des 145 Territoires ainsi que sur les projets exécutés dans le cadre de la Zone Économique Spéciale de Maluku. », a martelé cette structure de la Société civile.
Et de conclure en sollicitant directement les organes compétents :
« CREFDL demande à l’Inspection Générale des Finances et à la Cour des Comptes d’amorcer une mission de contrôle pour éclairer les Congolais ».
Nathan Mundele
