Présidée par son président Joseph Olenghankoy Mukundji, le Conseil National de Suivi de l’Accord et du Processus Electoral (CNSA) a rendu public son communiqué officiel faisant suite à sa réunion hebdomadaire tenue ce mardi 16 décembre 2025 à son siège situé dans la commune de la Gombe. Une communication qui se situe dans le contexte post « processus de Washington » et de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, tout en notant l’échec partiel du « processus de Doha » concernant le conflit avec le groupe armé AFC/M23 dans l’Est du pays. Il argumente que les solutions purement militaires ou diplomatiques ont atteint leurs limites et que seule une « discussion politique large », incluant toutes les forces vives de la nation (majorité, oppositions armées et non armées, société civile), peut amener une paix durable et consolider la cohésion nationale.
L’intégralité de la correspondance est coulée ci-dessous.
COMMUNICATION DU CNSA N°052/CNSA/2025 Du 16 décembre 2025
Vu la Résolution 2348 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, adoptée à sa 7910ᵉ séance le 31 mars 2017, prenant acte de la création du CNSA ;
Conformément à la Loi organique n° 18/023 du 13 novembre 2018 et aux chapitres V et VI de l’Accord politique global et inclusif du 31 décembre 2016 ;
Le Conseil National de Suivi de l’Accord et du Processus Électoral, en sigle CNSA, s’est réuni le mardi 16 décembre 2025 en session ordinaire hebdomadaire dans la salle des réunions, sise immeuble du Cinquantenaire, avenue Isiro n°28, Commune de la Gombe, sous la présidence de Monsieur Joseph Olenghankoy Mukundji, son Président.
Un seul point était inscrit à l’ordre du jour, à savoir :
Quelles perspectives au lendemain de l’achèvement du processus de Washington ?
Le CNSA s’est penché sur les perspectives à exploiter après l’achèvement du processus de paix de Washington par l’entérinement par les deux Présidents, de la RDC et du Rwanda, le 4 décembre 2025 de l’Accord de Paix du 24 juin 2025. A ce sujet, le CNSA constate, certes, l’irréversibilité de cet Accord qui est entré en vigueur, mais qui a besoin, de toute évidence, que les deux parties en respectent toutes les clauses contenues dans l’intérêt de la paix librement recherchée et conclue par elles.
Par ailleurs, le CNSA, tout en reconnaissant les obligations juridiques que doit respecter le Rwanda en rapport avec son soutien à l’AFC/M23, n’oublie pas que les parties elles-mêmes ont entendu réserver le règlement définitif du conflit entre ce mouvement et le Gouvernement au processus de Doha, et regrette les ratés actuels de ce processus qui prolongent les hostilités ainsi que ses conséquences sécuritaires et humanitaires pour nos populations des zones soumises à l’AFC/M23.
Le CNSA, sur la base de ces constatations, croit nécessaire d’attirer l’attention de tous les compatriotes, de quelque bord politique ou géographique que nous soyons, sur les souffrances indicibles que nos frères et sœurs habitant l’Est subissent dans leur chair et dans leur cœur, souffrances que la distance géographique empêche les populations des autres régions de ressentir dans leur brutalité et leur violence et qui ne suscitent chez ces populations qu’une sorte d’apitoiement lointain.
Dans ces conditions, le CNSA est convaincu que le vrai patriotisme, en ce moment précis, doit être commandé par une réelle empathie avec les victimes de la guerre à la place des incantations belliqueuses et guerrières d’autant plus hypocrites et creuses qu’elles émanent des gens qui sont loin du théâtre des combats, et qui montrent plutôt une indifférence coupable. Pour le CNSA, il est temps de tout faire pour privilégier ce qui concourt à la fin des hostilités, qui devient une priorité non seulement humaine mais stratégique, de manière à, enfin, tourner les efforts vers un processus souvent évoqué mais pas encore entrepris, le processus politique, alors qu’on est toujours dans la combinaison entre l’option militaire et l’option diplomatique.
De fait, il n’y a plus de doute que, sans devoir parler d’échec comme certains ont plaisir à le clamer, certes les progrès diplomatiques sont un pas significatif qui permet aux parties en guerre de se parler, mais le choix de la guerre à tout prix que prônent certains, outre qu’il contredit l’heureuse initiative d’engager les négociations de paix, conduit ostensiblement à une impasse qui rend du reste stérile le progrès diplomatique constaté.
Pour le CNSA, c’est non seulement sage mais aussi vital que l’accalmie relative permise par l’étape actuelle de la diplomatie soit considérée par les deux parties belligérantes non comme une occasion pour affûter les armes pour reprendre de plus bel les combats, mais comme une opportunité à saisir et exploiter pour explorer les voies politiques dont les chances sont encore intactes. En effet, pour indicative que la suspension des hostilités, dans une situation de conflit sans vainqueur ni vaincu, est un facteur propice pour, en plus des questions militaires et sécuritaires entre combattants, penser aux aspects politiques de cette crise que tout esprit normal vit comme multiforme et multidimensionnelle, tant il est vrai que si par bonheur la dimension militaire et sécuritaire était réglée, la dimension politique, incontestable dans notre crise, demeurerait et nous rattraperait. En effet, la crise n’ayant pas été totalement soldée, tous les enjeux politiques, déjà présentés au cours des négociations entre parties notamment à Doha, demeureraient et constitueraient les germes de conflits à venir.
C’est pourquoi, pour le CNSA, rencontrant le souhait général et rationnel, il est temps de penser sérieusement à l’organisation et à la tenue de ce Dialogue National inclusif, il est temps de commencer à en explorer la faisabilité. Il n’est pas vrai que le dialogue n’a jamais rien donné et qu’il ne résoudra pas le problème. Notre histoire nous enseigne que tous les gains politiques significatifs de notre société ont été permis par une sorte quelconque de dialogue ; qui peut regarder la société congolaise dans les yeux et affirmer que la Table Ronde de Bruxelles n’a rien donné (une accession globalement pacifique à l’indépendance politique, que la CNS n’a rien donné (la fin de la dictature), que le Dialogue Inter-Congolais de Sun City n’a rien donné (la fin de la guerre de 1998-2002, la réunification du pays, l’édification de la gouvernance démocratique, avec une constitution adoptée par le peuple, plusieurs cycles électoraux, édifice démocratique qui subsiste malgré des soubresauts).
Ce sont, là, des avancées historiques indéniables que nous devons attribuer au succès de l’arbre à palabre africain. Mais, surtout, nous tirerons d’un tel Dialogue la consolidation de la cohésion nationale, qui va dorénavant, être l’arme de la RDC contre toutes les velléités étrangères d’envie de quelque portion que ce soit de notre territoire et de nos richesses.
C’est ainsi avec raison que le CNSA affirme sa profonde conviction dans un Dialogue Inclusif, bien préparé, avec des objectifs bien circonscrits et des enjeux et défis bien répertoriés et abordés avec sincérité et franchise ; il invite tout le monde à, déjà, se placer dans une attitude positive en réfléchissant, tous dans nos milieux socio-politiques et professionnels, à ces enjeux et défis, sur la base de l’expérience nationale des assises de ce genre en tirant les leçons de ce qui a été mal fait ou pensé.
Pour le CNSA, cette expérience nationale, justement, nous instruit que le succès de ce genre d’assises est tributaire de certains facteurs, dont un haut degré de confiance non seulement entre les parties prenantes mais aussi dans les capacités de la société congolaise à percevoir la priorité nécessaire de la paix et la primauté de l’intérêt général, sur la base des atouts d’un Etat de droit, fort de l’autorité reçue de la loi et des moyens qu’il tire de la Puissance publique. Un tel Etat, toujours dans le cadre de ce climat propice pour le succès d’un dialogue inclusif, n’a pas besoin de faire des démonstrations gesticulatoires de force en marge de sa force constitutionnelle et légale légitime. C’est pourquoi, lorsqu’il a le droit d’agir, l’Etat, dans sa légitimité, n’a pas besoin de se mettre en dehors de la loi comme s’il avait peur de qui que ce soit, au contraire il doit inspirer la peur et le respect de ceux envers qui il engage une action tant que celle-ci s’inscrit dans les procédures naturelles de l’Etat de droit qu’est la RDC. Cela implique le respect de la loi, ainsi que celui des droits que l’Etat de droit reconnaît aux citoyens, respect de l’inviolabilité du domicile privé de tout citoyen.
Le CNSA déplore en particulier les violations répétées du domicile de l’ancien Président de la République.
De même, le CNSA insiste sur le respect de la loi pénale notamment concernant l’intervention ou la perquisition aux domiciles privés ou concernant les interpellations des journalistes, des communicateurs de partis politiques et de toute autre personne à des heures indues. Ce sont la Constitution et les lois de la République qui fondent la légitimité des actes de l’Etat et leur donnent l’autorité à laquelle est due l’obéissance des citoyens, se mettant en dehors de la loi, l’Etat affaiblit sa propre force.
Ce climat propice à un dialogue inclusif implique également, entre les Parties en négociations, le maintien d’un degré satisfaisant de confiance, par toute mesure, y compris sur le terrain, de nature à consolider l’accalmie obtenue grâce au gel des hostilités, de manière à convaincre davantage de la bonne volonté et de la bonne foi mutuelles et à accroître les sentiments d’œuvrer ensemble à l’édification de la paix.
Pour sa part, le CNSA, en vue d’encourager chez tous la volonté de s’engager dans l’esprit de dialogue et de se placer dans une position politique et psychologique propice à celui-ci, poursuit sa propre préparation et engagera les contacts utiles avec les personnalités et organisations convaincues de l’utilité et de la nécessité du dialogue, pour des échanges en vue de conjuguer les efforts propres à concrétiser ce projet de salut public. Ainsi, nous contribuerons tous à la réalisation du vœu d’une paix prometteuse d’un avenir de cohabitation pacifique de toutes les composantes de notre société et de la reconstruction et du développement de notre pays.
Ce vœu est, en effet, l’aspiration de la société congolaise dans son ensemble. D’une part, l’on constate que le Président de la République, Chef de l’Etat, en tant qu’il représente la Nation et en sa qualité de « symbole de l’unité nationale », ne s’est jamais opposé au principe de la tenue d’un Dialogue National. D’autre part, toutes les composantes de la population congolaise, congolais de toutes les conditions et de toutes nos régions, personnalités y compris l’ancien Président de la République, ainsi que forces politiques et sociales, soutenant ou non les institutions c’est-à-dire : la majorité au pouvoir, l’opposition politique non armée vivant au pays ou en exil, l’opposition armée AFC/M23, la société civile dans sa diversité et les confessions religieuses, souhaitent voir la guerre se terminer dans un climat favorable à l’unité nationale, à l’intégrité de notre territoire et au renforcement de notre souveraineté, climat mis en place par tous dans un Dialogue National Inclusif. Faisons, tous, que l’année qui vient soit ainsi celle de la réalisation de ce rêve.
Que l’Eternel Dieu nous guide.
Commencée à 10 heures 00 minutes, la séance plénière a pris fin à 23 heures 28 minutes.
