« Manque de transparence », « mauvaise gouvernance » : les langues se délient chez les Indimi dont deux filles accusent leur père d’avoir réduit leur participation dans l’entreprise familiale. À leur insu.
Si l’argent ne fait pas le bonheur, il ne garantit pas non plus la paix des familles. Et ce ne sont pas Ameena et Zara, deux des vingt enfants de Mohammed Indimi, qui diront le contraire. Il a beau être l’un des hommes les plus riches du Nigeria, ses deux filles l’accusent d’intimidation à la suite du refus de sa société, Oriental Energy Resources, de leur verser leur dû sur les 435,1 millions de dollars de dividendes déclarés.
Couverture de magazines
Au Nigeria, la famille Indimi est une institution, un symbole des grandes familles du nord. Les mariages de sa descendance avec des membres de la haute société en ont fait une abonnée des couvertures de magazines au cours des dernières décennies. En 2004, Rahama Indimi a épousé Mohammed, le premier fils de l’ancien chef d’État Ibrahim Babangida, qui avait accordé à Oriental Energy Resources une licence de prospection pétrolière quatorze ans auparavant. En 2016, Ahmed Indimi a épousé Zahra, la fille du Président Muhammadu Buhari, lors d’un somptueux mariage qui s’est déroulé dans la villa présidentielle.
Sur les vingt enfants de Mohammed Indimi, au moins cinq siègent au conseil d’administration de la société d’exploration et de production pétrolière, Oriental Energy Resources fondée en 1990. Et pourtant, une action en justice intentée par deux des filles, Ameena Indimi Dalhatu et Zara Indimi, contre la société et la commission des affaires de l’entreprise vient révéler au grand jour les lignes de fracture qui déchirent le clan.
Ameena, ancienne directrice générale d’Oriental Energy, et sa sœur Zara, ont saisi le tribunal fédéral parce qu’elles accusent leur père d’avoir réduit leur participation dans la société de 5 % chacune à 0,6 %, à leur insu. Ameena, ancienne directrice générale, a déclaré sous serment que sa sœur et elle possédaient chacune 5 % des actions d’Oriental Energy, ce qui porte leur participation totale à 10 %. La société ayant déclaré des dividendes d’un montant de 435,1 millions de dollars, cela signifie que les deux sœurs ont droit à un total de 43,51 millions de dollars. Ameena et Zara réclament à leur justice d’ordonner à la société de leur verser ce qui leur revient de droit, et de leur restituer leurs actions.
99,94 % des actions
Ameena soutient que les deux sœurs n’ont jamais signé de résolution spéciale qui les faisait renoncer à leurs actions ou à leurs dividendes. Elle qualifie de « fausse » une lettre envoyée par l’entreprise à la commission des affaires corporatives pour l’informer du transfert de leurs actions. « Il est vrai que, de temps en temps, le président nous contraignait à signer des documents », se souvient-elle, précisant qu’une fois, en 2016, son père les a contraintes à signer certains documents sans leur donner le temps de les lire ou d’obtenir un avis juridique.
Il se trouve que ce document signé à leur insu était un mandat par lequel elles renonçaient à leurs actions au profit de leur père, qui devenait alors détenteur de 60 % de toutes les actions. « Après avoir été contraint de signer le document, aucun des actionnaires n’a été autorisé à l’examiner ou à en conserver une copie pour ses propres dossiers. Aucune explication n’a été donnée et tout le monde a signé par respect, par peur et par déférence envers le président, qui se trouve être son père », justifie Ameena. L’ancienne directrice générale explique que cet acte singulier avait fait passer la participation de son père dans la société de 60 % à 99,94 %, tandis que leurs propres actions individuelles étaient ramenées à 0,6 % chacune.
Punie pour avoir divorcé
Ameena accuse Mohammed Indimi de ne pas avoir mis en place des structures de gouvernance adéquates dans l’entreprise, notant qu’en 2012, les autorités fiscales fédérales avaient rejeté ses états financiers vérifiés. L’ancienne directrice générale invoque cette décision pour expliquer que son père a commencé à prendre des mesures pour priver les actionnaires de leurs dividendes.
Elle affirme qu’Oriental Energy s’est toujours « caractérisée par une mauvaise gouvernance d’entreprise et un manque de transparence dans ses affaires, ce qui expliquerait l’action entreprise par son président pour priver les actionnaires de leurs droits ».
Mohammed Indimi est soupçonnée par ses filles d’utiliser sa position pour punir ses enfants et les obliger à se plier à sa volonté. Zara n’aurait jamais été convoquée aux réunions du conseil d’administration par « punition pour avoir divorcé de son mari » parce que leur père « prétendait qu’elle avait déshonoré la famille ». Ameena note que sa sœur n’a commencé à être invitée à siéger au CA qu’après s’être remariée.
Après les couvertures de magazines, les affaires familiales vont se régler au tribunal, même si Oriental Energy Resources n’a pas encore apporté de réponse juridique aux accusations des sœurs Indimi.
(Avec Jeune Afrique)
