Quatre jours après avoir tenu des propos incendiaires contre les généraux au pouvoir, le chef du gouvernement malien a été relevé de ses fonctions par le président de la transition, Assimi Goïta.
Le couperet est tombé. Quatre jours après avoir publiquement accusé la junte de le tenir à l’écart et réclamé une rectification de la transition au Mali, Choguel Kokalla Maïga a été relevé de ses fonctions. L’annonce a été faite ce mercredi 20 novembre dans la soirée, sur les ondes de la télévision nationale, par le secrétaire général de la présidence, Alfousseyni Diawara.
La décision n’a sans doute pas surpris le locataire de la primature, nommé à ce poste en 2021. Ces derniers jours, les soutiens des généraux au pouvoir à Bamako réclamaient sa tête. En cause : les propos qu’il a tenus le 16 novembre.
Ce jour-là, Choguel Maïga avait profité de la commémoration de la reprise de Kidal, un an plus tôt, pour solder ses comptes avec les généraux au pouvoir. Se disant mis à l’écart par la junte, le chef du gouvernement – caution civile du pouvoir — avait notamment souligné « l’impérieux besoin de clarification politique au Mali [et d’une] réorientation de la transition ».
« Premier ministre, Premier ennemi »
Cette déclaration lui avait immédiatement attiré les foudres des soutiens des généraux au pouvoir. Réclamant qu’il soit débarqué, plusieurs mouvements de soutien à la transition avaient investi l’amphithéâtre du Centre international de conférence de Bamako (CICB) pour exhiber leurs banderoles « Carton rouge pur Choguel Kokalla Maïga, tandis que des t-shirts « Premier ministre, Premier ennemi » étaient arborés lors de rassemblements dans la capitale.
Certes, ce n’est pas la première fois que l’on prophétisait le limogeage de Choguel Maïga qui, jusqu’alors, s’était maintenu malgré ses différends avec le général Assimi Goïta. Mais le report du Conseil des ministres, prévu ce mercredi 20 novembre, était venu nourrir les spéculations, finalement confirmées dans la soirée. Selon nos informations, le chef du gouvernement et ses ministres avaient été priés de ne pas se rendre au palais présidentiel de Koulouba pour ce rendez-vous hebdomadaire.
Mis au « placard » après son AVC
A son retour de convalescence en décembre 2022, quatre mois après avoir été victime d’un AVC, Choguel Kokalla Maïga avait été relégué à des fonctions de représentation par les militaires, qui avaient fait du ministre d’État Abdoulaye Maïga un Premier ministre de fait. Mais Choguel Maïga a-t-il jamais eu la moindre prise sur la transition ?
« C’est un Premier ministre fantôme. Un faire-valoir pour les militaires. Son rôle a toujours consisté à donner un habillage idéologique au pouvoir des militaires. Depuis sa nomination, son activité [a consisté] à régler ses comptes politiques. Cela plaît beaucoup aux militaires, car cela a permis de casser les forces populaires et le mouvement insurrectionnel », confiait à ce sujet l’opposant Oumar Mariko, dans une interview à Jeune Afrique en avril 2024.
Un temps, Choguel Maïga a espéré être celui qui rendrait au peuple malien une transition « confisquée par les militaires », selon ses propres dires. Mais il aura tout au plus servi de vernis civil à un exécutif et une administration fortement militarisés. Décrié par la classe politique, placardisé par les militaires, il était depuis des mois isolé au sein même du M5-RFP. Ce mouvement, qui avait mené la fronde contre Ibrahim Boubacar Keïta en 2020 et dont il fût le président, lui avait largement tourné le dos.
Plus isolé que jamais, Choguel Kokalla Maïga a-t-il joué son va-tout en passant à l’offensive contre les généraux, à l’heure où plusieurs signaux laissent penser que des élections pourraient avoir lieu au Mali dans les mois à venir ? Il pourrait en tout cas tenter d’apparaître comme une alternative à la transition menée par les hauts gradés.
(Avec Jeune Afrique)
