C’est un cri silencieux, mais assourdissant, qui a accueilli le mercredi la Ministre d’Etat, Ministre des Affaires Sociales, Actions Humanitaires et Solidarité Nationale, Eve Bazaïba Masudi. En mission d’assistance humanitaire dans la province de la Tshopo, elle s’est rendue sur le site de la Paroisse Saint-Gabriel, dans la commune de Makiso à Kisangani, un refuge précaire pour des centaines d’âmes brisées par la violence. Au nom du Gouvernement de la République, elle est venue apporter non seulement une aide matérielle, mais aussi un message d’espoir et un engagement ferme pour un avenir meilleur.
Accueillie par le curé Pacomé Yemonya, la Ministre d’Etat a immédiatement pris la mesure de la tragédie. Sur ce site, près de 276 ménages, soit plus d’un millier de personnes, survivent dans des conditions d’une précarité extrême. Fuyant les conflits intercommunautaires sanglants entre les communautés Lengola et Mbole, ces familles ont trouvé refuge dans les annexes de Caritas et sous des tentes de fortune, dressées à la hâte sur le terrain de la paroisse.
Ici, la vie est suspendue. La promiscuité est alarmante, l’intimité un luxe oublié, et la peur une compagne de tous les instants. Au cours d’un entretien avec le curé, puis lors d’échanges directs et empreints d’émotion avec les familles, un seul souhait revenait sur toutes les lèvres : regagner leurs villages d’origine, retrouver leurs terres et reconstruire leurs vies.
La réponse du Gouvernement
Face à cette détresse, la réponse du Gouvernement, portée par Eve Bazaïba, se veut concrète et structurée. Dans l’immédiat, une aide substantielle en vivres et non-vivres a été distribuée pour soulager les besoins les plus urgents.
Cependant, la Ministre d’Etat a surtout dévoilé un plan en trois temps pour sortir ces familles de l’ornière :
- Relogement temporaire et sécurisé : Conscient que le site de la paroisse n’est pas une solution durable, le Gouvernement a décidé de reloger temporairement les déplacés à l’Orphelinat national. Cette mesure vise à leur offrir un cadre de vie plus digne et sécurisé en attendant la suite.
- Autonomisation par la formation : Pour préparer l’avenir et briser le cycle de la dépendance, des programmes de formations professionnelles seront mis en place. L’objectif est de doter ces hommes et ces femmes de compétences nouvelles pour favoriser leur autonomisation économique.
- Garantie de réintégration : Eve Bazaïba a été formelle : « Le Gouvernement garantira la réintégration de chacun. » Cet engagement fort vise à organiser un retour volontaire, sécurisé et digne dans leurs localités respectives, une fois les conditions de paix et de sécurité rétablies.
Le président des déplacés du site, Abukua Kirongozi Victor, originaire du village Bakukuana, a exprimé le soulagement de sa communauté. « Cette aide est une bouffée d’oxygène, mais c’est surtout l’engagement du Gouvernement à organiser notre retour qui nous redonne espoir », a-t-il confié.
Par ailleurs, des victimes de violences extrêmes ont été présentées à la délégation ministérielle. Les témoignages, portés par des corps meurtris, ont révélé la profondeur de la barbarie. Parmi eux, le cas de la petite Sophie Matululu, une fillette d’à peine 8 ans, amputée de ses deux bras, est devenu le symbole insoutenable de ce conflit. A ses côtés, sa sœur aînée, survivante de viol, porte des cicatrices invisibles mais tout aussi profondes.
Un autre homme, le crâne déformé par un morceau de bois qui lui a été enfoncé, a raconté son calvaire : des pertes de connaissance fréquentes, des céphalées insupportables et des crises d’épilepsie qui le hantent depuis son agression.
Visiblement touchée par ces récits poignants, la Ministre d’Etat Eve Bazaïba a promis un accompagnement médical et psychosocial renforcé. Elle a assuré qu’un suivi rigoureux serait mis en place pour les cas les plus complexes, afin que ces survivants ne soient pas abandonnés à leur sort.
La Pros.
