(Par Albert Lutete)
- Contexte sécuritaire analogue :
A bien des égards, la RDC et la Corée du Sud vivent une situation semblable sous la menace d’un voisin ayant des ambitions militaires et territoriales démesurées. Ici, la guerre persiste depuis trois décennies, tandis que là, la guerre froide sépare la péninsule en deux Etats rivaux.
Inévitablement, dans les deux cas, la loi relative à la conscription figure au centre de la stratégie de défense. En effet, le régime de conscription vise à enrôler une partie de la jeunesse dans l’armée afin d’effectuer un service militaire.
- Loi relative à la conscription en Corée du Sud :
Concernant les hommes âgés de 18 à 28 ans, le service militaire obligatoire dure de 18 à 22 mois et est considéré comme un rite de passage à la maturité pour les jeunes sud-coréens.
Cette obligation fut instituée par la Constitution promulguée en 1948, en son article 39 ainsi libellé : « Tout citoyen doit participer à la défense nationale dans les conditions prévues par la loi. »
C’est à partir de 1957, après la guerre de Corée, que le gouvernement avait décidé de rendre le service militaire obligatoire pour les jeunes hommes, du fait que le pays est toujours officiellement en conflit avec la Corée du Nord.
La durée de service est de 18 à 22 mois, en fonction du corps d’armée choisi : 18 mois pour l’armée de terre, 20 mois pour la marine et 22 mois pour l’armée de l’air.
Une fois enrôlés, les conscrits reçoivent un salaire mensuel suivant le barème en vigueur dans l’armée. Ils passent les premières semaines de leur service dans un camp d’entraînement, avant d’être affectés au sein de l’armée.
Cependant, les femmes sont exemptées de faire leur service militaire, bien qu’elles puissent s’enrôler volontairement dans l’armée.
Un service civil alternatif, incluant des missions dans des institutions publiques, peut être proposé aux athlètes ayant gagné des médailles aux Jeux olympiques, aux musiciens classiques reconnus internationalement, ainsi qu’aux hommes présentant des problèmes de santé. (Service militaire en Corée du Sud — Wikipédia)
- Apport de la conscription dans la construction et la prospérité de la Corée du Sud :
Dans une nation menacée de l’extérieur comme la Corée du Sud, le service militaire obligatoire est le socle sur lequel la nation est bâtie. La conscription est devenue un véritable incubateur ou centre de formation des jeunes à leur engagement patriotique, au civisme, à l’intégrité et à la dextérité professionnelle. A l’instar du rite d’initiation traditionnelle qui préparait les jeunes à leurs responsabilités de parents, de citoyens, de patriotes et, de nos jours, de porter haut le drapeau national dans la compétition mondiale sur les plans socioéconomique, scientifique, technologique, sportif et militaire.
Si bien que le certificat d’avoir accompli son service militaire est exigé pour pouvoir postuler à des emplois dans l’administration publique ou dans de grandes entreprises, car le dossier militaire est systématiquement demandé aux hommes.
De fait, les institutions, l’administration publique, les services et établissements publics, les entreprises, les écoles et universités, les organisations sociales sont tenues avec rigueur, efficacité et intégrité par des cadres et agents voués au service de la nation et au bien-être collectif, sans discriminations raciale, ni religieuse, ni politique.
Cela est tellement primordial que les jeunes qui se dérobent de cette obligation patriotique s’exposent à une véritable stigmatisation sociale, voire à l’emprisonnement.
C’est comparativement les mêmes valeurs civiques et patriotiques que le régime de conscription a apporté naguère dans l’édification et la prospérité des nations en Occident.
- Régime de conscription dans les pays occidentaux
A leur âge d’or, la plupart de ces pays, adoptèrent le système de défense populaire à côté des forces spéciales professionnalisées. De nos jours, ils réinstituent progressivement la conscription face à la menace d’invasion venant de la Russie.
En France, le gouvernement a décidé, en juin 2018, que le service national universel (SNU) prenait une forme mixte, entre service civique et militaire. Il concerne tous les jeunes, filles et garçons, âgés de 15 à 17 ans. La deuxième phase facultative prend la forme d’un engagement pour une durée pouvant varier de trois mois à un an, concerne les jeunes de 16 à 25 ans et doit s’effectuer dans un cadre en lien avec la défense et la sécurité (armée, police, gendarmerie, pompiers, sécurité civile), la préservation du patrimoine ou l’environnement. Elle peut également être accomplie dans le cadre de l’actuel service civique.
En Israël, la loi 5747 – 1986 sur le service militaire s’applique à tous les citoyens, aussi bien en Israël qu’à l’étranger, même s’ils ont une autre nationalité, et même s’ils habitent de manière permanente à l’étranger. Le service militaire est obligatoire pour chaque personne apte à le faire, entre 18 et 29 ans compris.
L’armée est considérée comme un passage essentiel à l’intégration au point de constituer le creuset de la nation, l’agent par excellence de mobilisation des citoyens à la cause nationale et au rayonnement économique, géostratégique, scientifique, sportif et militaire du pays.
Dans le vieux continent, sept États-membres de l’Union européenne (UE) maintiennent un service militaire obligatoire : Grèce, Finlande, Suède, Danemark, Estonie, Lituanie, Autriche. En Lituanie, il a été réactivé de façon temporaire en 2015 face à la menace russe.
- Conditions de réussite de la conscription en RDC
Pour ce qui concerne la RDC, la sécurisation du patrimoine national face aux appétits des puissances voisines, appelle une défense nationale basée sur la conscription, en plus de l’armée des professionnels de carrière.
Dans notre pays, l’article 63 de la Constitution stipule que « Tout Congolais a le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace ou à une agression extérieure. Un service militaire obligatoire peut être instauré dans les conditions fixées par la loi ».
Cependant, il n’existe pas encore la Loi sur la conscription. Pour que la loi sur la conscription en gestation soit salutaire pour la sécurité de notre pays, il faudrait la rendre attractive auprès des jeunes, notamment les diplômés de l’enseignement secondaire et des universités, en prévoyant des privilèges socioéconomiques pour les conscrits après l’expiration du délai imparti pour le service sous le drapeau.
Ainsi, les actions suivantes devraient accompagner la loi relative à la conscription :
- Amélioration des infrastructures et techniques de formation ;
- Programmation et budgétisation de l’affectation, intégration et cantonnement des conscrits ;
- Conception d’un modèle économique de réinsertion après la démobilisation, particulièrement un paradigme de regroupement des anciens conscrits dans les coopératives de leur propre création en fonction d’un business plan approuvé par un jury, à l’issue de la formation des démobilisés auprès du Service National ;
- Délivrance d’un certificat d’accomplissement de service militaire conditionnant tout accès aux emplois dans la fonction publique, les services, établissements et entreprises de l’Etat. (https://share.google/WIJ9CwcrZ2G0jQo6n)
- Nécessité d’organiser les démobilisés et anciens combattants en sociétés coopératives opérant dans l’agriculture et dans toutes les autres filières socioéconomiques du monde rural, après une formation de 6 mois auprès du Service National :
La loi relative à la conscription ou service militaire obligatoire (notamment pour les diplômés des universités et instituts supérieurs) devrait intégrer des dispositions alléchantes telles que la démobilisation après 18 mois de service militaire par une formation professionnelle de 6 mois auprès du Service National. Cette période de professionnalisation sera couronnée par la conception d’un business plan relatif à un projet à réaliser en groupes de 10 conscrits démobilisés regroupés en société coopérative. Le financement du capital de démarrage sera assuré par un Fonds public spécial avec l’accompagnement pour l’implantation du projet coopératif dans les zones rurales et, comme clé de voûte, l’intégration de toutes les sociétés coopératives des conscrits démobilisés dans une plate-forme coopérative de vente des produits vivriers locaux ou le réseau national intégré de commerce des produits made in Congo. (www.cerpecs.com)
Le Gouvernement pourra gérer les vagues successives des démobilisés après leur service de 18 mois à travers une formation professionnelle et le regroupement des conscrits en sociétés coopératives suivant leurs lieux de résidence et les métiers choisis. Ce système pourrait être élargi aux anciens combattants.
A cet effet, le Service national devra ouvrir ses centres d’instruction dans les 26 provinces et Kinshasa pour recevoir les circonscrits à démobiliser et les anciens combattants, en vue de la formation professionnelle et regroupement en coopératives pour la réalisation de projets d’affaires conçus par eux avec le financement de l’Etat. (Cf. article 3 du Décret-Loi n° 032 du 15 octobre 1997 portant création du Service National)
Cela permettra leur réinsertion principalement dans l’agriculture vivrière et les autres filières de l’économie rurale (agriculture, élevage, pêche, transformation des produits, habitat, petite manufacture, garage, menuiserie, production artisanale, eau, énergie, cantonnier de village, etc…), en facilitant leur accès aux intrants et équipements, en apportant l’expertise technique aux fins d’amélioration du système d’exploitation, et dans la promotion d’une plateforme coopérative de vente des produits locaux (et vente en ligne).
L’Etat n’aura plus à traiter avec les individus isolés, mais établir un partenariat avec les sociétés coopératives des démobilisés et anciens combattants, en vue de la réinsertion sociale et professionnelle des militaires démobilisés ainsi que des anciens combattants dans la vie civile.
A la fin de la formation, il pourra les accompagner dans la création de leurs propres coopératives exploitant des activités formelles rentables, au lieu de continuer à œuvrer dans les activités de survie du secteur informel.
Cela pourra améliorer les conditions de vie des démobilisés et anciens combattants et assurer une meilleure autonomisation et réinsertion sociale et professionnelle dans la vie civile.
- Conclusion et recommandations
En dernière analyse, la conscription est une stratégie qui repose sur deux axes : obtenir le renforcement des effectifs de l’armée et, corollairement par la réinsertion des conscrits démobilisés et anciens combattants dans les chaînes de valeurs de l’économie rurale, accroître la production agricole et assurer la sécurité alimentaire de notre pays.
Après le service militaire, il sera prévu une formation professionnelle de 6 mois au Service National, couronnée par un projet d’entreprise sous forme de société coopérative avec 10 associés, sur base d’un business plan certifié par le jury du Service National. Le capital de démarrage sera financé par un Fonds public chargé de la démobilisation et réinsertion des conscrits et anciens combattants. Toutefois, les anciens conscrits vont accroître les effectifs des réservistes à rappeler en cas de nécessité de défense.
En conclusion, il faudrait attirer les jeunes instellectuels au service militaire obligatoire avec, à la sortie du service, la capacitation professionnelle et la création en groupe de 10 associés d’une entreprise coopérative dont le capital initial sera financé par le Gouvernement.
En tant que Nation, la priorité est de rebâtir un pays fondé sur le droit et la justice, en toute piété et probité, d’autant plus que l’acceptation de la parole de Dieu produit la paix et la prospérité. (Sous l’inspiration du livre du prophète Esaïe 32 : 15-18 et à la lumière de la première épître de Pierre 2 : 1-10).
Fait à Kinshasa, le 23 janvier 2026
Albert Lutete
Expert consultant du Centre de Recherche CERPECS ASBL
