Dans un communiqué conjoint publié ce mardi 12 mai 2026, une coalition de onze mouvements citoyens de la province du Sud-Kivu a exprimé une opposition catégorique à toute modification de la Loi fondamentale. Ces organisations dénoncent ce qu’elles qualifient de manœuvre pour un « troisième mandat déguisé » du Président Félix Tshisekedi.
Alors que le débat sur une éventuelle révision de la Constitution de 2006 refait surface dans les cercles du pouvoir, la société civile de l’Est du pays monte au créneau. Onze mouvements citoyens majeurs, parmi lesquels les figures de proue LUCHA (Lutte pour le Changement) et le Front Citoyen, ont officiellement « haussé le ton » à travers une déclaration commune.
Un rejet catégorique du « troisième mandat »
Le point de rupture semble avoir été atteint suite au point de presse tenu par le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, le 6 mai dernier. Bien que les intentions de la présidence restent officiellement floues, les signataires du communiqué y voient les prémices d’une stratégie visant à verrouiller le pouvoir.
« Nous rejetons fermement toute tentative de révision de la Constitution ainsi que tout projet de troisième mandat déguisé », martèlent les organisations. Pour ces mouvements, toucher à la Constitution dans le contexte actuel équivaudrait à une trahison des principes démocratiques pour lesquels le peuple s’est battu.
« Inopportunité » face à l’urgence humanitaire
L’argumentaire des mouvements citoyens ne se limite pas à la seule question juridique. Ils pointent du doigt un décalage flagrant entre les préoccupations de la classe politique à Kinshasa et la réalité tragique du terrain, particulièrement dans l’Est du pays.
Selon la déclaration, il est « inopportun » d’ouvrir un tel débat constitutionnel alors que la nation fait face à trois défis majeurs :
1. La guerre à l’Est : l’insécurité persistante et les affrontements avec les groupes armés qui continuent de meurtrir les populations.
2. La crise humanitaire : es millions de déplacés internes vivant dans des conditions précaires.
3. La pauvreté : une situation économique qui ne cesse de se dégrader pour le citoyen moyen.
Une accusation d’instrumentalisation sécuritaire
L’accusation la plus grave portée par la LUCHA et leurs partenaires concerne la gestion du conflit sécuritaire. Les mouvements citoyens accusent ouvertement le Chef de l’État de vouloir « instrumentaliser » l’instabilité dans l’Est pour justifier un maintien au pouvoir au-delà de l’échéance de 2028.
Pour ces activistes, le pouvoir utiliserait l’argument de l’état de guerre ou de l’instabilité pour retarder les processus électoraux ou modifier les règles du jeu, qualifiant cette démarche de manœuvre de diversion face aux échecs sociaux et sécuritaires du Gouvernement.
Vers une mobilisation accrue ?
Cette prise de position forte du Sud-Kivu pourrait être le déclencheur d’une vague de contestation plus large à travers le pays. En rappelant que le mandat actuel doit être le dernier, ces organisations se posent en rempart contre ce qu’elles considèrent comme une dérive autoritaire.
Alors que l’horizon 2028 semble encore loin, la bataille pour le respect de l’ordre constitutionnel, elle, semble bel et bien lancée. Le Gouvernement n’a pas encore réagi officiellement à cette déclaration, mais la pression de la rue, particulièrement dans une province aussi stratégique que le Sud-Kivu, sera un facteur déterminant dans les mois à venir.
César Nkangulu
