Directeur Général de la Société Nationale d’Electrification (SNEL S.A), Fabrice Lusinde était co-intervenant à plusieurs panels du 10ème Forum Makutano, tenu du 15 au 17 novembre 2024, à Kinshasa. Prestant, tout d’abord, au panel portant sur le « Déficit énergétique : et si les miniers apportaient la lumière ? », il a spécifié que l’Etat dépense environ 4 milliards de dollars américains dans le marché du charbon de bois, communément appelé « makala ». Ce qui dresse, pour lui, un tableau inquiétant : celui du charbon de bois dominant le paysage énergétique national, représentant à lui seul 67 % du marché.
Un modèle énergétique insoutenable
Pour Fabrice Lusinde, la mesure forte à opérer est évidente : « Nous avons le devoir de réduire cette dépendance », a-t-il déclaré. Selon lui, même un faible transfert vers l’électricité pourrait amorcer une transition. Les expériences pilotes menées par la SNEL dans des zones électrifiées montrent des résultats prometteurs : lorsque les ménages accèdent à des solutions énergétiques abordables et fiables, leur consommation de makala diminue significativement.
En RDC, où le bois-énergie représente jusqu’à 94 % du mix énergétique selon certaines études, le makala est bien plus qu’une source d’énergie : il est un pilier économique, mais aussi un catalyseur de désastres environnementaux. Cette dépendance alimente une déforestation galopante, accélérant le réchauffement climatique et menaçant des écosystèmes uniques.
Une opportunité pour l’électrification
La domination du makala dans le paysage énergétique cache une opportunité inédite. Avec une demande énergétique annuelle de 6 milliards de dollars, dont seulement 1,2 milliard consacrés à l’électricité, la RDC possède un marché que la SNEL et d’autres acteurs du secteur peuvent encore conquérir. Les miniers, évoqués lors du panel, pourraient jouer un rôle clé en investissant dans des infrastructures durables, notamment pour électrifier les zones rurales et réduire la pression sur les forêts.
Un avenir en clair-obscur
Cependant, cette transition n’est pas sans défis. Le faible taux d’accès à l’électricité, les infrastructures vétustes et l’absence de politiques incitatives freinent l’adoption des énergies modernes. Mais une chose est sûre : le makala ne peut continuer à être la colonne vertébrale énergétique d’un pays aux ambitions climatiques et économiques élevées.
La RDC est à un tournant : poursuivre sur la voie du charbon de bois et ses impacts dévastateurs ou embrasser une transition énergétique durable. La réponse pourrait bien définir l’avenir énergétique et écologique du géant africain, endormi à ce jour par la dictature de Makala, comme le nuance souvent l’économiste en chef au sein de Al& Legacy, Al Kitenge.
Cap sur le Grand Inga
Intervenant au panel consacré à la thématique : « Où en est-on avec le Grand Inga ? », Fabrice Lusinde s’est exprimé en ces termes : « La priorité c’est construire la phase 1 du Programme Inga soit : le barrage de la Bundi et l’usine de Inga 3 pour commencer ! Pour y arriver – comme ce fut le cas pour la construction de Inga 1 entre 1968 et 1972 – il faut créer une Société de Projet Inga 3 », a-t-il affirmé.
Parlant de la phase 1, il préconise ce qui suit : « La construction du barrage de la Bundi (travaux de génie civil) et de l’usine de Inga 3 (y compris la commande des 2 premières turbines) devrait prendre 5-6 ans. Si on démarre les travaux en 2026 on devrait terminer la 1ère phase en 2032. La priorité c’est donc de finaliser les études d’ensemble d’ici 2026 et ensuite de se focaliser sur le financement du barrage et de l’usine de Inga 3 (avec les 2 premières turbines) et sur la formation des ingénieurs congolais qui exploiteront Inga 3. Tout le reste viendra après. Combien faut-il mobiliser pour la phase 1 entre 2025 et 2032 ? Sans doute autour de 8-9 milliards $ soit 1,5 milliard$ par an ».
Au sujet de la phase 2, il aborde : « Avec l’achèvement de la phase 1 de Inga 3 d’ici 2032, la vente de l’électricité produite par les 2 premières turbines installées servira à financer les autres turbines de Inga 3 qui pourront être fabriquées, installées et mises en service entre 2032 et 2040 ».
Enfin, sur la phase 3 et suivantes, il explique : « A terme, on pourra envisager à partir de 2032 la construction des autres centrales : Inga 4, Inga 5, Inga 6, Inga 7 et Inga 8 qui devra être couplée avec le programme d’industrialisation pays 2035-2050. Les revenus de Inga 4, 5, 6, 7, 8 pourront servir à rembourser le coût de construction des travaux de génie civil du barrage de la Bundi ».
Pour clore ses propos, Fabrice Lusinde a également donné un aperçu du programme des projets structurants et intégrateurs de la SNEL pour la période 2025-2029 et ce dans le cadre de la Politique des entreprises du Portefeuille adoptée par le Conseil des Ministres le 20 septembre 2024.
John Ngoyi
